20 ans de l’Euro

20 ans est normalement un bel âge. Pour l’anniversaire de la zone Euro, c’est plus ambigu. L’expansion de la zone Euro ralentit, comme celle de l’Union Européenne (intégration repoussée de certains états de l’ex Yougoslavie, départ du Royaume-Uni, etc).

Un succès par défaut

On sait depuis Aristote qu’une monnaie a principalement 3 fonctions : échanges, mesure, et thésaurisation. Sur ce dernier point, l’Euro n’est pas parvenu à supplanter le Dollar. Et même pour les autres critères, le pétrole est toujours coté en dollars, ce qui pose problème lors de boycott de pays par les USA.

Les volontaires pour le retour au Franc sont moins nombreux avec les affres du Brexit. Les partis populistes ou extrêmes européens arrivés au pouvoir ont pris soin de rester dans l’UE et dans la zone Euro.

Côté UE, les échanges ont été facilités, et l’inflation a été limitée. La BCE est à Francfort, qui est phobique à l’inflation. Mais la France était addicte aux dévaluations compétitives. Fautes de celles-ci, notre industrie s’est effondrée et notre balance commerciale est catastrophique.

Sans dévaluation, les pays latins sont moins compétitifs qu’avant (contrairement aux produits « nordiques » qui jouent la qualité plutôt que le prix). Les QE ont produit de la croissance aux USA, alors que l’UE reste dans une relative atonie.

Quel est le problème ?

On a mis la charrue avant les bœufs. L’Euro est une monnaie sans la responsabilité d’un Etat. Les USA viennent de même déclasser UE de pays à organisation internationale. Il aurait fallu au préalable à l’Euro une convergence financière (l’Union bancaire est en cours), budgétaire (les critères de Maastricht ne sont pas vraiment respectés), fiscale et sociale, etc. La convergence des taux est très relative (zone Med versus pays nordiques).

Lors de la crise de 2008, la BCE n’a pas assez ouvert les vannes. Inversement, elle a inondé de liquidités lorsque la croissance allait mieux (80Md€/mois alors que la croissance était de 2,3% en France en 2017 par exemple). Maintenant que la croissance ralentit, la BCE normalise (tapering)  sa politique monétaire. La BCE est donc procyclique, à l’inverse de sa mission.

Pire encore, la BCE nous met dans une situation dont on ne sait pas comment sortir. Avec 4500Md€, le bilan de la BCE excède celui de la Fed (moins de 4500Md $). De plus, celui de la Fed baisse quand celui de la BCE s’accroît encore. Pourtant, les bourses américaines ont rebondi après la crise de 2008. Depuis 2009, le S&P 500 a fait +270% quand l’Eurostoxx 50 faisait +70%. Comment résorber cette bulle monétaire et par conséquent de crédit ?

Sursaut européen

Le projet européen est largement à l’arrêt (pratiquement pas de grands projets). Les propositions précédentes d’E. Macron ont été mal perçues sur la forme et challengées sur le fond :

  • Le budget de la zone Euro sera pour ceux qui respectent les critères (donc pas la France),
  • L’armée européenne est conditionnée au partage du poste de la France au conseil de sécurité de l’ONU,
  • L’union bancaire, déjà en cours, ne sera pas accélérée.

La France ne respecte pas les critères de Maastricht (100% de dette au lieu de 60%, 3,2% de déficit au lieu de moins de 3%, pas assez de diminution du déficit structurel), sans compter que les autres déficits reprennent (2,5Md€ de déficit pour SS+FSV, déficit commercial aggravé à 5,1Md€ en novembre). Il faudrait restaurer les résultats de la France avant qu’elle ne puisse redevenir un moteur européen.

Les élections européennes sont l’occasion d’un sursaut des projets européens (digital, environnement, défense, etc). Aucun pays européen n’est de taille, seul face aux USA ou à la Chine. Ce sursaut suppose une concertation européenne et pas de donner des leçons depuis un pays qui ne saurait donner l’exemple aujourd’hui.

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