Aachen : la fin du couple franco-allemand

Le président a choisi l’escalade dans la polémique transalpine en rappelant l’ambassadeur en Italie (cela se fait en cas de guerre), et a vitupéré contre les pays d’Europe centrale et de l’est qui penchent vers le nationalisme. Or, post-Brexit, les affaires étrangères les plus importantes restent nos relations avec l’Allemagne. Le traité d’Aix la Chapelle masque mal le divorce de part et d’autre du Rhin.

Divergence historique

Du temps de la RFA, l’alliance franco-allemande était dictée par la nécessité de résister au bloc soviétique et à la prédominance américaine. De Gaulle, Schuman, et Giscard, qui parlaient allemand (ces 2 derniers étaient nés en Allemagne), l’avaient en tête.

F.Mitterrand a ensuite laissé H. Kohl à sa réunification (Wiedervereinigung), que les Allemands appellent « unité » (Einheit), sans obtenir de contrepartie.

Avec les ordonnances Travail, E. Macron a pu donner l’impression de combler l’écart avec les lois Hartz allemandes. Mais la convergence juridique semble s’être arrêtée là.

Un pseudo parallélisme politique

Les deux pays sont malades politiquement : A. Merkel n’est plus à la tête de son parti la CDU, cédée à AKK, et la contestation dans la rue se poursuit en France. Ensemble, ils ont tenté une opération de communication avec la signature du Traité d’Aix la Chapelle.

Ce « traité » a été dénoncée (à tort) par les nationalistes des 2 côtés du Rhin comme une trahison. Il s’agit d’une réitération d’engagements déjà en cours depuis le traité de l’Elysée 55 ans auparavant (Coopération économique, parlementaire, scolaire, …).

Pour E.Macron c’était une marque de son europhilie. Pour A. Merkel, c’était ramener un trophée sur son sol (quoiqu’aux confins avec les Flamands), comme Charlemagne avait ramené un éléphant blanc dans cette capitale.

Les 2 pays n’ont pas la même culture politique : jacobinisme parisien versus régionalisme Outre-Rhin.

E.Macron a proposé un partage du financement d’une armée européenne. A.Merkel a répliqué par la suggestion du partage du poste Français au conseil restreint de l’ONU (à savoir un représentant toujours français mais représentant l’UE). Officiellement, la France demande juste à ce que l’Allemagne y siège aussi.

Des divergences diplomatiques

La France prône la dureté dans le Brexit, contrastant avec l’ouverture allemande. E. Macron n’ira pas à la conférence sur la sécurité à Munich (drôle d’endroit pour parler de sécurité européenne). E. Macron fustige des pays de l’Est, alors que l’Allemagne travaille intensément avec ses voisins centraux et orientaux.

Avec le Brexit, l’UE à 27 se retrouvera avec un leader économique allemand. Ce dernier n’aura plus besoin d’alliance politique avec la France pour peser face au RU et son allié « spécial » américain. D’ailleurs, la relation entre E. Macron et D. Trump s’est gravement détériorée.

Pour parler à l’UE à 27 (désormais considérée Outre Atlantique comme une organisation internationale et plus comme un pays), D. Trump discutera plus volontiers directement avec l’Allemagne. Sa famille est d’origine écossaise (Mac Leod), mais aussi largement allemande (de Rhénanie Palatinat), comme son nom (dérivé de Drumpf) le rappelle.

Les divergences économiques

Les sous-jacents à l’économie diffèrent : vieillissement démographique Outre-Rhin, poursuite du chômage de masse en France (créations nettes d’emplois divisées par 3 en 2018). Au global, il y a encore un écart de population de 15 millions d’habitants en faveur de l’Allemagne. Pour faire face à son vieillissement, l’Allemagne aura besoin de 10 millions de travailleurs dans les 40 prochaines années, quand la France aurait besoin de 5 millions d’emplois productifs.

Les déficits publics et commerciaux s’aggravent en France, contrastant avec les excédents commerciaux, des équilibres budgétaires et la baisse de la dette en Allemagne. L’Allemagne ralentit en entrainant la France (+1,3% de PIB prévu). Au total, la somme des écarts budgétaires et commerciaux entre les deux pays excède 400Md€ sur un an.

En cas de « tempête » économique, comme annoncé par la directrice générale du FMI, l’Allemagne pourra faire de la relance budgétaire, mais pas la France qui a épuisé ses marges de manœuvres.

Les divergences industrielles

La France ne soutient pas le gazoduc NordStream2 désiré par la Russie et l’Allemagne.

Le rapprochement Alstom-Siemens a échoué, par « bête » application des règles européennes sur la concurrence, sans que l’on songe à les remettre à jour (la concurrence est aujourd’hui mondiale : Chine, Amérique, etc).

La France poursuit sa prédominance nucléaire (l’écologie n’étant pas dans l’ADN de LREM), quand l’Allemagne redéveloppe le charbon (ce qui accroît le CO²).

Divergence financière

Grâce à la zone euro et au quantitative easing pas encore résorbé, le « spread » de taux OAT-Bund n’est pas aujourd’hui significatif, mais les sous-jacents divergent.

La BCE pourrait préparer la scission de la zone euro en rapatriant de l’or (l’or du Rhin !).

La France a prôné l’accélération de l’Union bancaire, mais l’Allemagne a tenu bon pour un maintien du rythme de sénateur des discussions (pas de fonds payés par les allemands pour renflouer des banques méditerranéennes, pas de fonds monétaire européen, etc).

E.Macron a demandé un budget zone euro. Avec A.Merkel, cela ne sera qu’une simple esquisse, et encore (in cauda venenum), seulement pour ceux qui respectent les critères de Maastricht (donc pas pour la France).

 

Admettre objectivement la fin du couple franco-allemand, ce n’est pas viser la fin de l’Union Européenne. C’est la possibilité réaliste au contraire, de bâtir une nouvelle étape qui ne soit pas fondée sur un couple chimérique.

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