AG2R-La Mondiale & Matmut : un mariage de raison ?

Le rapprochement de Matmut, Ag2r-La mondiale, un acronyme qui va faire M.A.L. ?

Un mariage inégal

Avec 6200 collaborateurs, Matmut avait atteint les 2Md€ de chiffre d’affaires en 2016. Tandis qu’avec 11 000 collaborateurs, AG2R La Mondiale a comptabilisé dans le même temps 10,1Md€ de chiffre d’affaires en assurances (en léger tassement), et gère 18,2Md€ en retraites complémentaires.

Avec ce rapprochement (annoncé pour le 1/1/2019), le nouveau groupe ainsi constitué ferait un bond dans le classement des groupes d’assurance, passant légèrement devant BNP Paribas Cardif, Société Générale Insurance, Generali, Groupama et devançant largement Aviva France.

AG2R avait réussi à emporter Réunica, avec un projet plus alléchant que ceux des groupes paritaires concurrents. AG2R-La Mondiale avait aussi attiré Viasanté. De son coté, Matmut a abandonné l’année dernière son projet Sferen avec MACIF (et également MAIF initialement). Mais Matmut s’était diversifiée en intégrant Ociane, puis en se liant très récemment avec Solimut. Cela a rompu avec l’ancien pacte tacite de partage mutualiste : à la FNMF la santé, à la Matmut l’assurance de dommages du particulier mutualiste.

Tous deux nés en 1955, les 2 dirigeants se connaissent de longue date. Du temps où D. Havis commençait à présider le Gema et où A. Renaudin finissait d’être le délégué général de la FFSA, il n’y avait pas eu de rapprochement FFSA-GEMA. La ROAM (que préside aujourd’hui A. Renaudin) blaguait même sur la « porsherie » de D. Havis, gros collectionneur de véhicules de Stuttgart.

Certains bien-pensants traditionnels avaient prétendu que le rapprochement AG2R et La Mondiale était voué à l’échec, car mariant carpe et lapin. Que diront-ils cette fois-ci, maintenant que l’on rajoute une dimension en assurances dommages ?

Recomposition du paysage

Cette annonce est une nouvelle secousse dans la tectonique des plaques de l’«économie sociale et solidaire», qui touche surtout les mutuelles santé, avec divers regroupements (Vyv, Aesio,..) ou la recherche de partenaires (MG notamment).

Le monde du code de la Mutualité a connu un effritement des parts de marché dans le domaine de la santé et un effondrement du nombre d’acteurs. La perte du statut d’Organisme à But Non Lucratif, la soumission aux contraintes financières de solvabilité 2 et au contrôle de l’ACPR, la généralisation de la complémentaire santé (qui bénéficie plus aux Institutions de Prévoyance) et celle du tiers payant (qui déresponsabilise la consommation médicale et coûte plus par conséquent) jouent contre les acteurs du code de la Mutualité.
Le monde de la retraite sera également sujet à remise en cause en 2018, selon le programme présidentiel d’E. Macron qui vise à étendre à l’ensemble des régimes, le système en points.

Cette annonce de mariage repose la question du sort de Macif, après l’échec de Sferen et la remise en cause des partenariats dommages avec BPCE (Natixis Assurances a racheté en septembre les parts de Macif et de Maif dans BPCE Assurances).

Le rapprochement entre Malakoff-Médéric et MG s’était soldé par un échec, la sommitale ayant jugé que les demandes de MG étaient exagérées. Cela oblige MG à trouver un autre partenariat, voire un adossement.

Quelle structure juridique ?

« Rapprochement » ne veut pas dire fusion, et d’ailleurs un assureur dommages ne saurait fusionner avec un assureur de personnes. AG2R-La Mondiale dispose d’une SGAM « prudentielle », telle qu’approuvée en AG du 24 mai 2017, et d’une SGAPS (Société de groupe assurantiel de protection sociale).

Une particularité peut aider : Matmut et La Mondiale sont des mutuelles relevant du code des assurances et non du code de la mutualité. L’ACPR aura son mot à dire, mais gageons qu’elle sera bienveillante. En tout cas, univers non capitaliste oblige (quoique les filiales de type SA fourmillent dans les groupes), il ne s’agira pas d’un rachat (et tant mieux pour les ratios de solvabilité d’AG2R-La Mondiale).

Les assureurs, institutions de prévoyance et mutuelles ont connu des harmonisations fiscales (tous à l’IS, puisque l’Etat ne les reconnaît plus comme non lucratifs), réglementaires (tous -ou presque- sous solvabilité 2) et de supervision (tous -et d’autres- contrôlés par l’ACPR). Ce nouveau mouvement concourt à abattre les dernières cloisons entre organismes des 3 codes (Assurance, Sécurité Sociale, Mutualité).

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