AXA : épilogue d’une aventure

L’affaire du rachat de XL group par AXA est en cours de digestion financière interne, mais la pilule ne passe toujours pas auprès des marchés. XL se réfère à l’expression eXcess of Loss, c’est-à-dire la réassurance non proportionnelle en excédent de sinistres. Mais, XL rappelle aussi l’acronyme d’eXtra Large en anglais. Cette acquisition aurait-elle dépassé la taille requise ?

Un financement bouclé

Parmi les sources de financement, l’Initial Public Offering d’un quart d’AXA Equitable a été menée à la bourse de Wall Street, mais avec un prix décoté (à 20$, soit 20% de moins que prévu). Cela contraste avec la surcote d’un tiers officiellement (en réalité 39%) lors de l’achat de XL group.

Avec cette introduction en bourse, et ajouté à l’émission de 750M$ d’obligations échangeables et aux opérations de restructuration financière avant IPO, AXA a bouclé peu ou prou son financement.

Le rééquilibrage des activités d’AXA, vers la réassurance et vers l’assurance de dommages, écrase un peu les activités de « protection financière », l’ancien Leit Motiv d’AXA. Proposer de la réassurance quand on est cédante présente un défaut substantiel. Cela peut décourager des cédantes de se réassurer chez un concurrent.

De plus, l’aspect « Bermudes », à connotation de paradis juridique et fiscal, de XL n’était pas non plus pour rassurer les actionnaires traditionnels d’AXA.

Les fantômes d’AXA et la politique

Thomas Buberl est en première ligne dans la presse de l’assurance et de la finance qui critique cette opération. Mais cette décision n’a pas été prise sans le board, dont le président, D. Duverne, était le financier du groupe depuis 15 ans, du temps où son camarade (d’HEC et de l’ENA) H.de Castries dirigeait le groupe.

Pendant ce temps, ce dernier, après avoir soutenu F. Fillon au-delà même de la présidentielle, assume toujours la présidence de l’Institut Montaigne (fondé par C. Bébéar, qui a soutenu E. Macron). Un certain rapprochement semble s’opérer puisque E. Macron est venu au « Collège » des Bernardins devant les représentants du clergé (en réalité, c’est un couvent du XIIIème siècle, restauré et pratiquement « consacré » par la venue de Benoît XVI)*.

Sanction boursière

La sanction boursière se maintient. Le titre AXA était plus performant que son indice de référence en début d’année, avant de plonger de plus de 10% après l’annonce du rachat de XL. Cette décote par rapport aux autres assureurs européens se maintient.

La sanction est excessive puisque la perte en capitalisation correspond environ à la valeur d’acquisition de XL (15Md$), moins le goodwill d’acquisition, comme si XL ne valait rien. Les marchés ont été surpris du revirement stratégique (passage de « pas d’acquisition d’ampleur » à l’annonce du rachat de XL). Ils ne pardonnent d’autant pas que le titre AXA Equitable a été décoté lors de la mise sur le marché à Wall Street.

 

*C’est une première dans la Vème république laïque, où les présidents gardaient une séparation entre vie publique et cérémonies connotées religieusement. Les dîners du CRIF ou les rencontres avec le CFCM ne se passent respectivement ni dans une synagogue ni dans une mosquée. Certes, E. Macron tente d’amadouer les catholiques avant une loi sur la PMA et la GPA, mais cela a surpris les frères (notamment les réactions indignées du Grand Orient) qui ont largement soutenu sa campagne.

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