Banques digitales phase 2

Les menaces qui planent sur les banques sont nombreuses. Les taux restent trop bas (et rognent les marges). Le code monétaire et financier est obèse (merci à CRD4/Bâle 3, DSP2, etc). Une concurrence vient de certains assureurs (possibilité de replacer l’assurance emprunteur). Et le digital explose le paradigme des business models actuels.

Une concurrence multiforme

La concurrence ne vient pas directement des GAFA, mais principalement des groupes financiers eux-mêmes, via leur filiales de banques en ligne (Fortunéo/Crédit Mutuel Arkea, BforBank/Crédit Agricole, ING Direct, Hello bank!/BNPP, Monabanq/CM-CIC, Boursorama/SG) ou via leurs autres filiales (BNPP a racheté Compte Nickel, le partenaire des buralistes).

C’est la « phygitalisation », c’est-à-dire le mélange de réseaux physiques et d’applications digitales. Cet ajout du canal digital est relativement maitrisé. L’Inspection des Finances truste non seulement les directions générales des banques (sauf BNPP, suite à l’amende exceptionnelle reçue aux USA), mais aussi celle d’autres groupes qui se développent dans la banque (La Poste, Orange).

D’autres banques spécifiques émergent, comme les distributeurs (C-Zam/Carrefour) ou les acteurs étrangers (N26, banque directe venue d’Allemagne). Cette explosion de l’offre est une nouvelle étape dans la concurrence, après la montée en charge de La Banque Postale.

Orange aux avant-postes

L’offre de la « m-banque » d’Orange avait été décalée cette année. Elle se veut très complète : carte bancaire (+ chéquier éventuel), compte rémunéré, paiement mobile sans contact,… Bien sûr, l’ambition sera d’élargir la gamme des produits au crédit et même à l’assurance. En effet, Groupama a gardé 35% dans Orange Bank, le reste ayant été vendu à Orange (Groupama s’était au préalable éloigné de son partenariat avec SG). Orange Bank avait indiqué viser les 400M€ de chiffre d’affaires en 2018 et a confirmé viser 2 millions de clients en 10 ans (soit 25% du marché de la banque en ligne).

Orange Bank ne sera probablement pas l’unique banque liée à un opérateur téléphonique ou à des applicatifs, à émerger en France. On prête à SFR un projet bancaire pour 2019. Le smartphone a notamment l’avantage d’être disponible 24h/24h. Les opérateurs téléphoniques ne s’étant pas concentrés à l’occasion du passage épique de Bouygues Telecom, ils vont devoir croître par les services.

Les Fintechs assurées de gagner ?

Les Fintechs, avec leurs applicatifs, leurs API (application programming interface), leurs robo-advisors (conseil financier), leurs comparateurs permettant de choisir le meilleur prestataire bancaire par service,… vont tirer les marges des banques traditionnelles vers le bas.

A partir du 25 mai 2018, le Règlement Général sur la protection des Données Personnelles (RGDP) entrera en vigueur. Certains craignent que, fort de cette directive, des prestataires puissent « travailler » le fichier des banques. Bien sûr, on ne peut pas disposer des données personnelles sans le consentement de l’intéressé.

Le risque pour les banques traditionnelles « du coin de la rue » est justement de se retrouver cornérisées, comme porteurs du risque de transformation, tandis que d’autres porteront la bonne partie de la chaîne de valeur (applicatifs avec du service payant, réseaux commissionnés par leur apport d’indications, agrégateurs de services,…).

Orange est la couleur sacrée chez les Hindous, les Protestants, et la couleur du feu sacré chez les disciples de Zarathoustra. La téléphonie mobile va-t-elle mettre le feu aux bricks & mortar de nos vieilles banques ?

Partager l'article

Commenter