Brexit : la fin du Royaume-Uni ?

T. May a rejeté le programme de Brexit de la Commission Européenne. Les contorsions oratoires de T. May s’expliquent par une série de déconvenues (dissolution ratée, repeal bill, démissions de son gouvernement, etc). T. May, surnommée T. Maybe, était contre puis pour le Brexit, a indiqué que la question irlandaise était réglée sur le principe, puis dormais que la proposition est inacceptable.

Plus précisément, T. May avait affirmé qu’il y allait avoir un accord. Or, de 3 choses l’une, toutes inacceptables:

  • On recrée une frontière entre l’Eire et l’Ulster, mais c’est contraire au processus Good Friday (accord du Vendredi Saint 1998) et serait très dommageable aux échanges de la république d’Irlande. Le DUP (les unionistes d’Ulster et alliés de T. May) s’était opposé à cet accord.
  • On maintient l’absence de frontière. Pour cela :
    • Soit l’ensemble du Royaume-Uni a des règles UE compatibles et c’est la perte de souveraineté recherchée par les Britanniques dans le Brexit.
    • Soit seule l’Irlande du Nord a des règles UE compatibles et c’est la césure avec la Grande-Bretagne. Voire le début de la réunification irlandaise, honnie par le DUP, et donc la fin du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.

M. Barnier a présenté son document, visant cette dernière solution. Le rejet par T. May a été explicite à la Chambre des Communes, feignant la surprise d’une solution qu’elle avait elle-même co-esquissée plus tôt.

Le gouvernement indiquait qu’il n’y aurait pas de chèque à la sortie et 80Md€ semble aujourd’hui plus réaliste (après 0 annoncé Outre-Manche, puis 40 ou 50 et récemment 60Md€ évoqués). Le Gouvernement britannique bloque également sur les expatriés récents (en tout, 5 millions d’expatriés de part et d’autre), notamment ceux dans la période transitoire (de mars 2019 à fin 2020). Un mauvais traitement de la question provoquerait un « Brexodus ».

Parmi les présentations fallacieuses, les Brexiters ont omis d’indiquer les risques d’explosion du RU. Outre l’Irlande du Nord, l’Ecosse de N. Sturgeon pourrait être tentée de demander le même traitement. Dans l’esprit des autonomistes écossais, la reine resterait souveraine d’Ecosse*, mais l’Ecosse pourrait continuer à échanger avec l’UE, contrairement à l’Angleterre.

Scénario catastrophe en vue

Le sujet ne touche pas seulement les 70Md€ d’activités et les 400 000 personnes qui seraient impactées par la restauration d’une frontière en Irlande. Ce serait la fin du Royaume-Uni, et le retour à avant O. Cromwell (en 1649, création du Commonwealth et campagne d’Irlande), refermant la parenthèse à 370 ans de « Rule Britannia ».

La « dead line » approchant (mars 2019, avant une éventuelle période transitoire jusqu’à fin 2020), on est passé de l’impréparation au blocage. Il se trouve encore des groupes financiers pour affirmer que le Brexit n’aura pas de conséquences sur eux. On en est très loin : la Livre a rechuté à 1,12€, l’inflation et les taux s’accélèrent, l’économie décélère, les conditions de transactions financières UK-UE sont incertaines, etc…

La finance britannique continue le « wishful thinking » en pensant que l’UE maintiendra la reconnaissance des opérations financières (de compensation notamment) réalisées à la City. Or, avec le rejet du travail de l’UE par T. May, la probabilité d’un « no deal » refait surface (ce qui aurait un impact de plus de 5% du PIB) et la Livre accuse le coup.

Un drame shakespearien

Et si W. Shakespeare nous revenait ? Le gouvernement de sa majesté rêvait d’un Brexit « As you like it », tandis que les europhiles espéraient encore un « Romeo and Juliet ». Mais ce serait plutôt aujourd’hui un mélange de « the comedy of errors » et de « the tempest ».

Les intrigues des politiciens britanniques semblent plutôt s’inspirer de Macbeth, d’Othello ou de Hamlet. Espérons quand même que cela devienne « All’s well that ends well », voire « Much ado about nothing » si le RU renonce au Brexit.

Il serait temps pour la France de tirer son épingle du jeu. Jusqu’à présent, il n’y a pratiquement pas d’avancées dans le domaine (l’attribution à Paris de l’Autorité bancaire européenne (EBA) s’est faite par tirage au sort). J.P. Jouyet, ambassadeur du France au RU, est celui qui a fait la carrière d’E. Macron. Ne pourrait-il pas assurer le service après-vente de son poulain, en donnant à la France une position privilégiée post Brexit ?

*Pour les nostalgiques, la France devrait réfléchir à restaurer la « Auld Alliance » de 1295. Après tout, Marie Stuart, reine d’Ecosse, a bien été brièvement reine consort de France.

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