Brexit : le Royaume-désUni

Dans quinze jours à Londres, la Chambre des Communes devra décider du sort du Royaume-Uni. T. May vient de lui soumettre le projet d’accord sur le Brexit, accepté à l’unanimité par l’Union Européenne dimanche 25 novembre.

T.May passera-t-elle l’hiver ?

Soit T. May réussit son chantage (son plan de Brexit ou le chaos) et il restera à négocier le traité des conditions futures. Mais le DUP (les Unionistes irlandais) menace alors de renverser T. May, car ce plan porte en germe la réunion de l’Irlande du Nord à la république d’Irlande. Le Premier ministre suivant devrait alors mettre en œuvre une période transitoire éprouvante. Le RU, dans ce cas membre passif de l’union douanière, deviendrait « rule taker » et non plus « rule maker ». Les accords post divorce seraient à discuter sur base d’une déclaration politique de l’UE assez floue (qui rime avec loup).

Soit T. May ne réussit pas à imposer le seul plan qui soit sur la table (l’UE ne renégociera plus). A ce jour, environ 80 tories (Conservateurs), 10 DUP (Unionistes), le SNP (Ecossais) et le chef du Labour ont indiqué qu’ils voteraient contre le projet de Brexit. Alors, ayant échoué, T. May devrait démissionner, car elle s’est exposée en se positionnant comme négociatrice en chef du Brexit.  Selon sa couleur politique, le prochain Premier ministre devra choisir entre départ (catastrophique) sans accord, ou pas de départ du tout (si un second référendum allait dans ce sens).

Impacts dolosifs

En cas d’absence d’accord, la France subirait des impacts. Certes, il existe un projet d’ordonnance habilitant le gouvernement à prendre toute mesure nécessaire en ce cas. Mais il resterait de nombreux sujets de frictions (transports, pêche, migrants de Calais, budget européen, commerce Transmanche, industrie automobile et aéronautique, résidants étrangers, etc).

Au global, si l’impact d’un no deal est une baisse de 5% du PIB britannique (la Bank of England a fait une estimation en ce sens), on peut estimer à plus de 0,5% l’impact sur le PIB Français (manque annuel de 11Md€ du PIB hexagonal). On doit y ajouter les manques à gagner à l’échelon européen (chèque de sortie manquant pour 39Md£, disparition de la participation britannique au budget européen).

Même en cas d’acceptation de l’accord, de nombreuses incertitudes demeurent. Pas seulement sur la frontière entre Gibraltar et l’Andalousie (cette frontière a bien été fermée sous Franco), excentrique sujet depuis le traité d’Utrecht il y a 3 siècles.

Pour la France, premier pays continental depuis l’Albion, il y aura bien plus que la question de la pêche.  Les Anglais ne consomment usuellement que 4 ou 5 types de poissons, les Français pêchent dans les eaux britanniques et peuvent ramener les autres. Ce n’est donc, de loin, pas le sujet le plus difficile. Les îles anglo-normandes, les règles d’équivalence en finance, Eurotunnel, PSA, Airbus, les accords nucléaires, les expatriés, ou les normes (pharmaceutiques, alimentaires, etc) seront bien plus compliqués à traiter.

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