Brexit : plus qu’un an

Dans un an jour pour jour, le Royaume-Uni (RU) ne sera plus membre de l’Union Européenne (UE), même si une période transitoire est accordée jusqu’à la fin de 2020. Cela lui laisse à peine plus de 2 ans pour renégocier des dizaines d’accords commerciaux, en plus de l’accord à trouver avec l’UE. On sait qu’avec le seul Canada, l’UE a mis 10 ans à boucler le CETA.

Face aux assassinats de Russes au Royaume-Uni, la gesticulation sans frais a été de mise. 117 diplomates occidentaux sont renvoyés dans leurs pénates. Mais sur le fond, Londres continue d’accepter largua manu l’argent russe (comme celui de Gazprom, à la main de V. Putin). Et la coupe du monde de football se tiendra bien en Russie.

De fausses avancées et de vraies incertitudes

T. May refuse un 2ème référendum (les Britanniques sont désormais majoritairement hostiles au Brexit), mais il lui faudra repasser devant le Parlement. Pragmatique ou indocile, tout peut arriver.

Les Britanniques ont le droit d’être xénophobes et de penser toujours être à la tête du Commonwealth. Mais celui-ci n’est plus un empire. Le rapport de force dans les négociations bilatérales ne sera plus aussi favorable (l’UE et l’Inde tiendront leur revanche, les USA sont isolationnistes, la Russie est hostile, la Chine est conquérante, etc).

Le coût du Brexit évolue. Le RU est passé d’une espérance de gain de 350M£ par semaine, à une perte qui dépasserait les 40Md€, et encore, 80Md ont été évoqués.

L’UE et le RU ont affirmé avoir trouvé une solution pour l’Irlande du Nord. C’est impossible suivant toute logique. T. May a affirmé qu’il n’y aurait pas de frontière en Irlande. Cela suppose des règles homogènes de part et d’autre. Soit seule l’Ulster a une législation « EU compliant » et c’est la fin du RU, soit l’ensemble du RU est « EU compliant » et c’est inacceptable (car le RU resterait alors soumis à l’UE, sans avoir droit au chapitre).

Les 2 négociateurs (M. Barnier et D. Davis) auront 68 et 70 ans au moment du Brexit. Pourquoi viseraient-ils autre chose que leurs intérêts de court terme (afficher coûte que coûte un accord, même s’il est perdant-perdant) ?

Le Royaume-Uni décélère :

  • Economiquement (sa croissance est désormais inférieure à celle de l’UE).
  • En attractivité des personnes (moins de candidats pour les habituels emplois d’infirmiers, de serveurs, dans le bâtiment, etc). Certains exilés préparent leur rapatriement en prospectant notamment dans le 6ème arrondissement, en espérant l’ouverture d’une section internationale (à Montaigne ?). Inversement, dans un premier temps, le chômage baisse au RU puisque la croissance du PIB reste supérieure à celle du flux de migrants.
  • En investissements (capitaux nets investis négatifs en 2017). Ceux qui investissent voient la Livre baisser globalement, malgré une approche plus conservatrice de la Banque d’Angleterre.

Le déclassement du RU et sa déréliction prendront du temps. Londres est tellement installée comme hub financier de l’Europe, que l’installation des établissements financiers dans l’UE sera graduelle. Sans fermer les bureaux dans la City, on constate l’installation au compte-gouttes de sièges juridiques, administratifs, ou d’agréments sur le continent.

Même dans le domaine des travaux publics et du bâtiment, le choc n’est pas encore visible. Une nouvelle ligne du métro londonien (Crossrail) devrait ouvrir par tronçon cette année. Le bâtiment semble également dynamique, mais il s’agit surtout de chantiers décidés avant le Brexit.

Sur plus longue période, la moyenne des estimations donne une  perte de 5% de PIB, soit 100Md manquant chaque année à l’activité britannique. Le PIB du Royaume-Uni décroche ainsi de la 5ème à la 7ème place dans le classement mondial, dépassé par celui de la France et celui de l’Inde, son ancien vassal.

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