Brexit : true lies

Probable dernier fumigène avant extinction des feux: le Royaume-Uni (RU) laisse entendre un accord possible avec l’Union Européenne (UE) sur le Brexit d’ici le 21 novembre. L’ironie britannique aime ainsi les « famous last words » (propos supposés définitifs, mais suggérant que la suite va leur donner tort). Mais attention, cette expression « famous last words » peut aussi s’avérer du rock & roll. A moins que les déclarations du ministre en charge du Brexit ne relève de « true lies » (mais T. May n’est ni A. Schwarzenegger, ni même T. Lhermitte).

Retarder l’échéance ?

Finalement, le Brexit n’a pas été discuté au sommet européen du 16 octobre, et la réunion du 17-18 novembre a été annulée. Même mi-novembre serait trop tard compte tenu du temps de validation des instances européennes et surtout britanniques.

Des mesures dilatoires sont évoquées, mais repousser l’échéance du divorce d’un an serait contrevenir aux engagements de part et d’autre. D’ailleurs, un an de plus ne suffirait pas compte tenu du nombre de sujets à débattre et à traiter.

D.Raab, en charge du Brexit, a écrit qu’il pense parvenir à un accord le 21 novembre. Cela risque à nouveau d’être un prétendu accord de façade. Car en réalité, telle que posée, l’équation irlandaise n’admet pas de solution. En effet, permettre les différences juridiques et fiscales entre l’Irlande du Nord et du Sud implique la restauration d’une douane.

Du point de vue des territoires, il n’y a pas que la question irlandaise. Par exemple, l’Espagne voudrait une double souveraineté pour Gibraltar (qui a voté pour le maintien dans l’UE et reste attaché à son appartenance à la couronne britannique). La France ne devrait-elle pas demander la même chose pour les îles anglo-normandes ? Il ne s’agit pas d’une question de territoires, s’agissant de confettis, mais de détournement du droit dans des paradis juridiques et fiscaux (trafic, dégazage, blanchiment d’argent,…).

Conundrum irlandais

La question irlandaise relève aujourd’hui du conundrum (casse-tête généralement impossible). La réunification de l’Irlande est refusée par le RU mais, meilleure démographie des catholiques aidant, l’Irlande du Nord ne sera tôt ou tard qu’un souvenir.

De toute façon, le champ de contraintes initiales est sans solution puisque contradictoire. S’il n’y avait pas de frontière en Irlande, mais avec des droits et fiscalités différentes au Nord et au Sud, cela reviendrait à organiser une passoire au marché unique européen, créant ainsi sa perte.

L’UE a averti qu’elle n’envisageait de nouveau sommet européen que si le projet présenté réglait la question irlandaise. L’UE a proposé de maintenir l’Irlande du Nord dans le marché unique et l’union douanière. Ce scénario de backstop (filet de sécurité) est rejeté par T. May. Elle a en effet besoin des voix des 10 députés du DUP (les unionistes pro-anglais) qui refusent une frontière entre les 2 Irlande.

Quel impact ?

Le chancelier de l’échiquier utilise sa présentation du budget pour souligner l’impact négatif qu’aurait un Brexit dur. Philip Hammond annonce même un budget d’urgence en ce cas.

Il est estimé que la croissance du PIB britannique devrait être de 2 points supérieur, s’il n’y avait pas cette perspective de départ non négocié du RU. Selon S&P, en cas de hard Brexit, le RU connaîtrait une récession de 1,2% en 2019 et 2,5% en 2020. L’inflation monterait à 4,7% mi 2019 et l’immobilier baisserait de 10% en 2 ans, voire de 20% pour l’immobilier d’entreprise à Londres.

Les conséquences du Brexit vont peser lourdement en finances (c’est d’ailleurs un des thèmes de la conférence de l’ACPR du 23 novembre). Quid des prestataires financiers (PSI, banques, chambres de compensations, assureurs, établissements de crédit), qui n’auront qu’un faux nez dans l’UE, mais qui conserveront leurs opérations dans un environnement n’ayant pas les mêmes contraintes réglementaires ni prudentielles ? L’UE menace de ne plus habiliter les chambres de compensation de Londres, car elles seront bientôt hors de la supervision européenne. Mais il faudrait monter en charge les plateformes alternatives au sein de l’UE, en s’assurant qu’elles soient bien connectées avec celles des USA.

Avec le chaos engendré par le no deal, la cote de l’UE remonte. Pour en profiter, il faudrait un projet écouté et crédible, autre que l’invective à l’encontre des pays jugés nationalistes (comme si la France ne l’était pas historiquement). Le Brexit polluera les élections européennes.  Le risque est celui de détournement du vote des européennes, avec des politiciens comme F. Asselineau (Inspecteur Général des Finances partisan du Frexit), ou J.L. Mélenchon, partisan d’un référendum anti-Macron (ce qui détournerait de la question centrale européenne).

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