Budget 2019: la fin des rêves

Le gouvernement vise 2,8% de déficit public en 2019, contre 2,6% prévu pour 2018. C’est non seulement une augmentation, mais surtout cela ne respecte pas les critères de Maastricht : quand un pays a plus de 60% de dette/PIB (près de 100% désormais en France), la Commission Européenne exige de baisser le déficit public.

Les médias présentent la situation comme un trou d’air, c’est-à-dire un phénomène exogène et momentané. Or, le problème est endogène (mauvais timing de la transformation du CICE en allègement de cotisations, ce qui coûte 0,9% de PIB en 2019). Et il n’est pas momentané, car les dérapages impactant la dette sont durablement inscrits dans les comptes publics.

Pas de baisse des dépenses publiques donc, mais une hausse de 1,9%. Cela ferait une augmentation de 45Md€ en 2 ans. La promesse de diminuer de 60Md€ ces dépenses publiques d’ici la fin du quinquennat n’est plus tenable. Pour espérer les baisser, il aurait fallu redéfinir les missions de l’Etat et « transformer » celui-ci, comme promis.

La dette

Bercy prétend à la décrue de la dette, mais elle a augmenté à près de 100%, rendant illusoire la promesse de baisser le ratio dette/PIB de 5 points d’ici la fin du quinquennat. On est loin des excédents allemands, et de sa dette, qui va diminuer vers les 60% du PIB.

Les cessions de titres (voire les privatisations) devaient financer les fonds d’investissement qui avaient été promis. Mais B. Le Maire évoque maintenant l’affectation du montant de ces cessions au désendettement de l’Etat.

Même sans crise financière majeure, pourtant probable avec la bulle de liquidités et de taux créée par la BCE, l’Etat doit déjà recourir aux cessions pour boucler ses comptes.

La « fin » du quinquennat ?

Le gouvernement ne dispose plus de marges de manœuvre pour satisfaire globalement les promesses sociales (plans pauvreté, hôpital,…) et fiscales (baisse de l’IS, exonérations sur les heures sup,…). Faute de baisser les prélèvements obligatoires, la compétitivité ne se redressera pas, le chômage ne refluera pas comme promis, et les comptes sociaux resteront déséquilibrés.

Tel un cycliste sur un vélo, le gouvernement est condamné à poursuivre les réformes, mais en ayant perdu ses illusions : décélération économique, tassement de la confiance (pour rester dans l’euphémisme), perte de pouvoir d’achat et stagnation du chômage en 2018, dérapages des comptes publics, déficits commerciaux, rabots sociaux (retraités, APL, allocations familiales,…), etc.

En ne transformant pas l’Etat dès le départ, le quinquennat ne s’est pas donné les moyens de ses ambitions. En Marche se retrouve désormais captif du vieux monde, du saupoudrage de promesses palliatives, financées à coups de rabots sociaux et de cessions furtives. Brutalement, la France va passer de l’espoir de la maternité d’un nouveau monde, aux soins palliatifs et aux amputations.

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