Bulle Bâle Boum

Le Gouverneur de la Banque de France a délivré un message rassurant pour les marchés, dans la foulée de la réunion de la BCE. Etant aussi président de l’ACPR, la prudence devrait être de mise. La situation financière mondiale est en réalité anormale sur les taux, les liquidités, les marchés et la dette.

La BRI, Deutsche Bank, le FMI et l’OCDE commencent à s’alarmer. La politique monétaire actuelle a repoussé le traitement de la crise de 2008-2009, en créant une bulle de liquidités dont l’éclatement aura des conséquences bien pires encore.

L’explosion des dettes

Corrélativement aux inondations de liquidités, les dettes ont explosé, qu’elles aient été levées par les Etats, les entreprises ou les particuliers. Selon la BRI, le total de ces dettes s’élève à 275% du PIB mondial.

Ces niveaux de dettes, notamment publiques ne sont pas tenables :

– Au Japon, comment rembourser une dette publique de 230% du PIB avec une population vieillissante et une absence de reprise véritable? L’argument prétendant que ce n’est pas un problème, car la dette est détenue largement par les résidents, est une hérésie, puisque ces résidents sont de plus en plus retraités et donc de moins en moins épargnants.
– En Europe, on a fait que repousser les problèmes de type grec par des injections de liquidités. On reporte le problème en l’aggravant, plutôt que de s’avouer que la Grèce ne pourra jamais rembourser.
– La situation est encore plus inquiétante en Chine où les dettes privées ont explosé depuis la crise. De plus, les dettes ne sont pas forcément portées par les banques, mais par des satellites rendant le système opaque et hors de contrôle.
– Les USA connaissent une croissance malsaine à long terme : non respectueuse de l’environnement, avec des déséquilibres commerciaux avec la Chine et d’autres, et alimentant une bulle boursière dopée par une baisse de la fiscalité intenable. Tant que le dollar prévalait dans le monde, les USA pouvaient financer ses déficits en « faisant tourner la planche à billets ». Mais, le règne du dollar prendra un jour fin, par exemple, par concurrence de l’Euro, mais surtout celle du Yuan quand il sera vraiment convertible.

Des marchés en lévitation

L’immobilier est au plus haut, les taux sont au plus bas de l’histoire de l’humanité, certains PER de la nouvelle économie sont un défi à la pensée financière, les indices d’actions américaines sont satellisés. Le Dow Jones a été multiplié par 30 en 25 ans à 24 650 aujourd’hui, et le Nasdaq Composite a été multiplié par 5 depuis la crise de 2008-2009. Les cours semblent en lévitation à +20% cette année, par les annonces fiscales de D. Trump, sans regarder à plus long terme le caractère intenable de sa politique.

L’économie accélère (PIB en hausse de 2,4% en 2017 en zone euro). Elle est portée par des indicateurs globalement au vert (faible inflation, taux bas, énergie abordable, liquidités abondantes,…). Mais certains risques, notamment géopolitiques, restent hors de contrôle (Corée du Nord, Moyen-Orient,..).
Même en Europe, les situations sont contrastées : le Portugal est sorti de sa phase d’austérité, mais quid des finances italiennes? Surtout, le Brexit relève du feuilleton douteux après le revers de T. May l’obligeant à repasser devant le Parlement. Au rythme actuel, un accord EU-UK n’est pas irréaliste dans le temps imparti.

La chute des marchés pourrait être d’autant plus brutale que le monde digital permet une réaction instantanée mondiale des marchés. Les indices sont encore plus interconnectés (notamment les trackers/ETF). Même si certains coupe-circuits ont été imaginés, les dispositifs de vente (stop loss en particulier) qui ne sont pas bloqués pourraient générer des vagues de ventes mondiales.

Une approche monétaire irresponsable

Après la crise de 2008, la BCE a injecté des milliers de milliards de liquidités, en gardant une inflation inférieure à la cible de 2% (1,5% en 2017). Les autres banques centrales (Fed, BoJ, BoE,…) ne sont pas en reste, puisque leurs bilans ont en moyenne plus que triplé. La politique monétaire est-elle ultra accommodante (taux zéro, injections de liquidités) ou laxiste ?

Cette politique de la BCE permet de couvrir les problèmes auxquels Mario Draghi est suspecté d’avoir été associé. Les accusations contre lui ont été sans suite: conflits d’intérêt dans la crise grecque (associé de Goldman Sachs de 2002 à 2005), et dans les problèmes bancaires en Italie (M. Draghi a autorisé Monte dei Paschi di Siena PS à reprendre AntonVeneta pour 9Md€, ce qui a précipité la faillite de MPS).

La BCE maintient cette politique laxiste prétextant que, jusqu’à présent, elle a produit une inflation inférieure à 2%. Des banquiers centraux font semblant de s’étonner de la non reprise de l’inflation, alors que le biais vient d’eux-mêmes. Du fait des ratios minima de liquidité (LCR, NSFR), les banques ont dû thésauriser des liquidités, en replaçant plus de 40% de ces liquidités…à la BCE. Cet argent n’étant pas allé au marché, pas étonnant que l’inflation n’ait guère repris. De plus, l’inflation est liée à d’autres facteurs, comme le prix de l’énergie, qui est resté raisonnable.

Cette approche monétaire est :
– Dangereuse par l’inflation de la bulle monétaire, d’ailleurs le tribunal de Karlsruhe a été saisi. L’actuelle politique monétaire constitue une fuite en avant.
– Inappropriée car la croissance de la zone euro, revue à la hausse, ne justifie plus cette double aide (taux et liquidités).
– Irresponsable, puisqu’elle conduit les états comme la France à ne pas faire assez d’efforts budgétaires. Par exemple en France, au lieu des économies promises, le PLF prévoit encore un dérapage de 1% de la dépense publique.

La BCE n’a pas relevé ses taux, contrairement à la Federal Reserve. Elle baisse simplement ses injections à 30Md€ par mois (il n’y a d’ailleurs plus guère de contreparties à apporter).

Lors du retour à la normale, avec un crédit resserré, une remontée des taux, et des avances de liquidités à rembourser, l’économie plongera. Lors de cette prochaine crise, la BCE n’aura plus de munition.

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