Coup de semonce sur les marchés: changement de paradigme en vue

En moins de 2 jours, les marchés actions mondiaux ont perdu autour de 5%. C’est moitié moins que le minimum d’un krach boursier (-10%), mais, avec des montants échangés atypiques, c’est sans doute un révélateur.

Le décrochage des marchés a débuté par un épiphénomène, à savoir une statistique de hausse des salaires aux USA. Cela a déclenché une anticipation de hausse des taux et donc de baisse des actions à Wall Street puis en Asie, puis finalement dans l’Union Européenne.

Les marchés ont leur paradoxe. Une nouvelle de reprise économique entraîne une chute des cours, puisque, si l’inflation reprend, la Federal Reserve augmentera ses taux directeurs. Les valeurs financières sont potentiellement les plus impactées dans ces cas de hausse des taux. Même BNPP qui a annoncé ses résultats a été chahutée.

Si la BCE décide enfin de normaliser sa politique monétaire (arrêt du quantitative easing, hausse graduelle des taux directeurs), les investissements pourraient doublement ralentir. D’une part, les établissements de crédit auront moins de liquidités à réinjecter. D’autre part, tous les projets, dont le retour sur investissement est inférieur aux nouveaux taux de crédit, n’auront plus leur place.

Correction ou début de la fin ?

Depuis longtemps, les économistes guettaient le signe avant-coureur de l’inversion de tendance après une longue phase haussière. Les institutions internationales (BCE, Banque des Règlements Internationaux, FMI,…) commençaient à être plus prudentes, voire alertaient sur les niveaux des dettes (publiques, des particuliers et des entreprises) insoutenables sur la durée.

Même si ce n’est pas le retournement durable, cette baisse instille un sentiment de volatilité accrue et de vulnérabilité avérée. Le scénario préféré des marchés serait celui d’une simple correction, naturelle et salutaire après une hausse des indices aussi longue.

Mais un retournement plus pérenne est probable :

– Les tensions géopolitiques augurent mal de la nécessaire coopération entres les zones (USA, UE, Chine et Japon) en cas de chocs mondiaux. La demande de réarmement nucléaire de D. Trump (contre la Corée ou contre l’Iran) n’est pas là pour rassurer les marchés.

– Les banques centrales, comme la BCE et la BoJ, ont épuisé leurs cartouches (taux déjà nuls et QE en chaîne entrainant des bilans saturés). Elles ne peuvent donc plus contrer des marchés « bearish ».

– Les Etats surendettés comme l’Europe du sud n’ont pas de marge de manœuvre pour des relances budgétaires.

– L’Occident finit un cycle haussier déjà assez long, avec des fondamentaux économiques encore bons. La croissance mondiale est impressionnante (+4%), mais elle a été intégrée dans les cours.

– Les marchés américains ont beaucoup monté, avec récemment la baisse de la fiscalité obtenue –difficilement- par D. Trump. Ils ont acheté la rumeur, ils vendent maintenant la nouvelle.

Quelle ampleur pour la crise ?

La crise de 2008 n’a pas été absorbée. Le système financier a généré une bulle de liquidité pour y pallier, mais cette montagne de liquidités et de dettes associées est désormais à rembourser. La crise qui s’annonce cumulera donc cette présente correction plus la résolution de la précédente crise.

« Quo non ascendet » comme se disait N. Fouquet, avant d’être arrêté.

Comme en tectonique des plaques, la secousse (-5%) n’est peut-être qu’un signe annonciateur de séismes plus importants. Les marchés, euphoriques quand la BCE retardait sa normalisation, sont aujourd’hui salutairement plus inquiets. Ces marchés se rassureront en disant que cette chute n’est qu’une saine correction, ce qui, à court terme, serait auto-réalisateur. En attendant la prochaine correction…

Changement de paradigme ?

Plus fondamentalement, cette secousse boursière implique un ajustement du paradigme actuel de la gestion financière. Les nouvelles régulations (Solvabilité 2, Bâle 3) poussent les investisseurs institutionnels à minimiser leurs responsabilités, en laissant leurs fonds en gestion passive (notamment Blackrock et StateStreet), comme dans des fonds indiciels (trackers). C’est un bon conseil tant que les indices sont croissants avec peu de volatilité.

Aujourd’hui, les gérants plus actifs reprennent leur sens. De plus, les marchés ont vu s’épanouir des options de vente de volatilité, sur des indices comme VIX (CBOE Volatility Index, mesurant la volatilité du S&P500). Ce début de semaine a impacté ceux qui avaient acheté cette volatilité et qui ne s’étaient pas couverts. Les marchés verront bientôt qui s’est brulé à ce jeu…

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