Crise de foi en l’Emmanuel, grève et prières ferroviaires

La vie est un art difficile, périlleux et, in fine, toujours mortel : la conscience de la mort a fait naître les dieux et les religions. En ces temps de doute et d’agitation du temporel, le spirituel est de retour. Quand l’en-deçà ne va pas, on se rassure avec l’au-delà. Après tout, la Providence de Dieu est infinie (et bien peu coûteuse) à l’inverse de l’État-Providence. Il y a peu, le président, notre Emmanuel, héritier des rois fils aînés de l’Église et chanoine de Latran, est allé au Temple (le couvent de Bernardins) rencontrer des docteurs de la foi catholique[1]. Cette visitation spirituelle a surpris et surtout énervé les inquisiteurs de la Laïcité, souvent moins scrupuleux et vindicatifs lorsque les autorités publiques copinent avec la mosquée et la synagogue. Le sceptique s’interroge : pourquoi le président est-il allé au cloître ? L’âme présidentielle serait-elle donc si affligée qu’il lui faille se rabibocher avec le Ciel ? Quel sens a ce ralliement ? Dans l’Histoire (d’avant Najat Belkhacem), le Ralliement est celui des catholiques à la République, dans un « esprit nouveau », initié par le cardinal Lavigerie (Toast d’Alger, 12 novembre 1890) et le pape Léon XIII à la fin du XIXème siècle (Encycliques Libertas[2] du 20 juin 1888 et Au milieu des sollicitudes du 16 février 1892). Après la Séparation de 1905 et la rupture avec Rome, Marianne et Jésus se réconcilièrent dans les tranchées. Le 16 mai 1920, le pape canonisa notre Jeanne d’Arc nationale, héroïne de l’unité française (la foi et la nation), devenue républicaine, puis Aristide Briand renoua les relations avec le Vatican (17 mai 1921). En ces temps d’esprit du renouveau et de recomposition en marche, la République pédestre fait donc un pas vers l’Église.

Si la Brigitte fait un peu miss-tic, l’Emmanuel lui a révélé, par ses extases de l’an dernier, son côté mystique. Dans sa jeunesse, il a fréquenté les Jésuites. Il sait que Dieu apaise les âmes tourmentées. Il est vrai que l’apaisement ne viendra pas de la rue, de la gare, de la fac, de la ZAD, des Insoumis, des Républicains, de la Marine nationale, des fondamentalistes à voile et à fureur. Après l’état de grâce divine et jupitérienne, les temps se troublent et les nuages montent vers l’Olympe. Alors mieux vaut mettre toutes les chances terrestres et célestes de son côté. Au temporel, l’invocation à Notre-Dame-des-Landes ainsi que l’envoi du Collomb et de l’esprit sain de l’ordre public devraient arranger les choses. La rue, la Zad, la fac plieront, et à l’usure les cheminots cèderont. Au spirituel, le clergé des médias dominants, détenus par le capital amical, est acquis au pouvoir : rien à craindre de ce côté-ci. Dans l’ancien monde, la droite macère dans les lentilles du Puy et la réforme constitutionnelle future musèlera encore plus l’opposition, en empêchant tout murmure au Parlement, car « le murmure est une disposition à la sédition », disait déjà Bossuet[3]. À défaut d’amour, on évitera d’exciter la guerre en Syrie, en gommant les lignes rouges. La trumpette guerrière a beau sonner, dans l’Orient compliqué, c’est Poutine qui a idées des simples… et sa présence au fond nous arrange. Il faut être naïf pour croire aux vertus démocratiques de l’islamisme politique même modéré (voyez la Turquie), mais c’est la carte biaisée que l’Occident continue paradoxalement de jouer là-bas.

En allant apporter la bonne parole aux évêques, le président de la république a scellé la réconciliation avec la sainte Église catholique apostolique et romaine, méprisée et boudée par le quinquennat athée hollandais. Mais attention, l’Emmanuel penche pour la réforme. L’ancien banquier sait calculer : après avoir siphonné les voix du PS et des cathos de gauche, la recomposition électorale vaut bien une messe. Une petite flatterie aux cathos de droite ne fait pas de mal. D’autant plus que s’annoncent la PMA pour toutes, l’euthanasie pour tous, la GPA éthique … des sujets orageux, à processions protestataires. Et des protestations, il y en a déjà suffisamment. Amadouons donc la calotte ! Un baiser de paix pour l’Eglise, un coup de matraque pour la jeunesse insoumise : l’Emmanuel manie « en même temps » la calotte et le bâton !

Peut-être que ce jour-là, dans le silence de sa conscience, le président a-t-il souscrit une assurance-bonne fortune avec le Ciel. Dieu seul le sait et la Gazette de l’Assurance mène l’enquête. L’Emmanuel en a bien besoin. L’esprit saint de 2017 l’a abandonné et, en ce cinquantenaire bobo, l’esprit diabolique de 1968 énerve la France « réformisée ». Dans les facs, la jeunesse s’agite et s’excite. Les cheminots rêvent au grand soir de 1995, lorsqu’ils firent plier Juppé, un César technocratique et rigide, droit dans ses bottes. Après un an de règne transformiste, les Français boudent leur président des riches (à 70%) et n’y croient plus. L’oppression fiscale, la CSG, les 80 km/h ont rompu le charme. La France périphérique n’adhère pas et subit la désertification tout azimut, médicale, judiciaire, administrative, économique, pensée par la technocratie mondialiste et mise en œuvre par la Macronie. Les ordonnances « travail » n’annoncent pas le Paradis de l’emploi pour tous et l’embellie salariale, bien au contraire La feuille de paye n’augmente pas, les impôts si. Le péril islamiste est géré dorénavant comme un risque. Le pouvoir invite à s’habituer. Pas d’amalgame certes, mais plus de morts. Les héros n’y changeront rien. Le fanatisme terroriste menace toujours. Le Français ne marche plus : il est chocolat et souffre d’une crise de foie.

Et pourtant, la majorité présidentielle n’a jamais été aussi docile dans ses godillots cirés, de très bonne marque BCBG, mais les marcheurs n’ont plus de souffle. Le moral national est étrange, comme un lendemain de cuite. Après le temple catholique, les écrans cathodiques : les prêches présidentiels à la télé n’ont pas illuminé les infidèles. La grâce ne les a pas touchés. Ils n’ont pas compris la direction du chemin. Le président récite, non sans talent, son catéchisme en bon enfant de cœur. C’est trop bien dit. Manquent toujours la vérité et la sincérité. Le charme de la Jeunesse et la Transformation conquérantes ne séduisent plus. Dans l’incertitude de l’Espérance, il n’y aurait rien à attendre. Seule la foi sauve, même pour celui qui ne l’a pas et qui se sauve. Là est peut-être le sens caché de la visite présidentielle aux Bernardins. Un appel secret à l’appui du Ciel pour que les réformes passent et que les Français des grèves et des oppositions se lassent. Alors nous, pauvres pécheurs d’En Bas, englués dans un quotidien qui ne change pas et dans la crainte de l’Avenir, ne faut-il donc pas prendre exemple sur l’élan spirituel de l’Emmanuel ? Déjà, avoir la foi du charbonnier est nécessaire pour voyager et aller bosser. Le train, c’est la galère… sur chemin de fer. Les usagers rament (ce qui normal sur une galère) et attendent un miracle : que les trains roulent sur l’eau[4] !

Alors, vous qui prenez le train prochainement, vous vous sentez abandonnés. Comme le disait ma poétesse de copine, la Martine : quand le cheminot est en grève, quand un seul train vous manque, tous les quais de gare sont dépeuplés. Aussi, au train où vont les choses et avant que le désespoir ne vous brise, il ne reste plus qu’à prier. Dans mon missel, mi sucre, trois prières apaisantes de la Liturgie pour les temps de l’Apocalypse ferroviaire sont à réciter, matin, midi et soir, aux heures de pointe (respectez les doses prescrites ; interdit aux femmes enceintes ; fumer tue, rouler et vivre aussi ; mangez des fruits et des légumes ; médicament sans gluten ni outrage sexiste). Pour oublier le rail, pensez au ciel (en grève lui aussi !).

Père Antoine de Nesle.

 

Liturgie pour le temps de l’Apocalypse ferroviaire

Prière à notre Père réformateur

Notre Emmanuel qui est à l’Elysée,

Que ton nom soit inscrit au Récit national

Que ta Réforme soit faite,

Et que le 7 h 43 arrive.

Donne-nous aujourd’hui notre train quotidien.

Pardonne à la CGT et aux cheminots,

Comme nous pardonnons aussi

À ceux qui nous ont empêché d’aller au boulot.

Ne nous soumets pas à une nouvelle réforme

Et délivre-nous de la prochaine grève.

 

Amen… les trains dans les gares.

 

Prière de salut à notre ministresse du rail

Je vous salue, Élizabeth, pleine de grâce

Le président est avec vous.

Vous êtes bénie entre tous les ministres.

Que les fruits de votre réforme du rail soient bénis.

Sainte ministre, mère du Rail,

Priez pour nous pauvres voyageurs,

Maintenant et à l’heure d’arrivée du train (s’il arrive)

 

Amen… les trains dans les gares

 

Chant d’imploration et de paix au Saint-Dicaliste

Saint-Dicaliste du rail

Qui enlève les trains de la circulation

Prend pitié de nous.

 

Saint-Dicaliste du rail

Qui donne aux voyageurs des angoisses

Donne-nous un train

 

Saint-Dicaliste « duraille »

Qui perturbe notre quotidien

Donne-nous la paix.

Frères et Sœurs voyageurs, prions pour le salut de la SNCF et le statut du cheminot. Prions pour que sa dette soit effacée. Prions pour la Réforme et la fin de la grève. Sifflons trois fois, pour le train … qui ne roulera pas. Pleurons la mort du Rail et proclamons sa Résurrection. Prions pour la gloire de l’Emmanuel, pour des siècles et des siècles[5]. Amen.

Domine salvum fac Respublicam (que Dieu fasse le salut de la République)

Ite missa est (autrement dit : le trafic a repris gare de l’Est)

[1] Rappel aux sans-dieu qui ont préféré le café au caté. Au cours d’un pèlerinage à Jérusalem, Jésus, un ado de 12 ans, fugue. Ses parents le cherchent trois jours durant. Ils le trouvent au Temple, à causer avec les docteurs de la Loi. « Il les écoutait, il leur posait des questions et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses ». Jésus était un surdoué. Il raconta qu’il voulait être près de son Père, mais les parents ne comprirent rien au propos. Obéissant et soumis, il rentra à Nazareth. Après cette crise, il eut une adolescence calme et heureuse. « Il grandit en sagesse, en taille et en grâce « sous le regard de Dieu et des hommes » (Luc, II, 41-52). Ses parents auraient pu mettre ce surdoué à Stanislas puis à Sciences-po, HEC ou l’ENA, mais Jésus préféra rester auprès de son père Joseph, dans le bois et la charpente. Les valeurs du Nouveau monde de l’Emmanuel (Macron) n’étaient pas les siennes. L’oint du Seigneur était plus près de Dieu que de César. Le césarisme ne le tentait pas. Il préférait rendre à Dieu ce qui appartenait à Dieu.

[2] « Quand la volonté d’un peuple s’est nettement affirmée sur la forme du gouvernement, et lorsque, pour arracher un peuple aux abîmes qui le menaçent, il faut l’adhésion sans arrière-pensée à cette forme politique, le moment est venu de déclarer l’épreuve faite »

[3] Jacques-Bénigne Bossuet, La Politique tirée de l’Ecriture sainte, Livre VI-1, Œuvres, 1841, 373. Né à Dijon, l’aigle de Meaux (1627-1704), évêque de Condom puis de Meaux (1681), fut précepteur du Dauphin (1670-1680), théologien pourfendeur de parpaillots, et surtout un grand orateur et serviteur de la langue française. Auteur de l’ancien monde, du temps du Lagarde et Michard, on lui doit cet exorde « Madame se meurt, madame est morte » (Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, Duchesse d’Orléans, épouse du frère de Louis XIV, morte en 1670 à 26 ans).

[4] Il ne faut pas rêver. Le tunnel sous la Manche a tué le ferry-boat. Et vu l’état d’abandon du fluvial en France, la voie d’eau prend l’eau.

[5] Certains estiment qu’un quinquennat suffira.

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