Déficit et dette : l’éternel retour

La prochaine « trajectoire pluriannuelle » du Gouvernement aux parlementaires va revenir sur le calendrier présenté quelques jours plus tôt. Ce revirement du Premier ministre précède les interventions de ses ministres B. le Maire et G. Darmanin, qui devront préparer un budget et des comptes sociaux dans un feu d’artifice de déclarations dissonantes sur les baisses d’impôts et floutées sur les économies.

Désormais 24Md€ d’économies à trouver

Au global, les engagements de respect d’un déficit inférieur à 3% redevient irréaliste. Pour 2017, E. Philippe vise 4 ou 5 Md€ d’économies alors qu’il en faudrait 8Md€. En effet, 6 Md€ en brut font 4Md€ en net car 2Md€ de rentrées fiscales en moins. A ces 6, il faut ajouter 2Md€ de gels déjà supposés par la Cour des Comptes.

En 2018 et après, il faut ajouter à ces 8Md€ la dérive mécanique des dépenses publiques de près de 10Md€/an. S’y ajoutent les 6 Md€ d’allègements fiscaux (ISF et diminution de la taxe d’habitation). Au total c’est environ 24Md€ qu’il faudrait trouver pour 2018, alors que les mesures concrètes n’ont pas encore été précisées (sur les réductions d’effectifs notamment). Si l’on passait à 11Md€ d’allègements fiscaux comme promis dans un 2ème temps par le Premier ministre, il faudrait un montant fort improbable de 29Md€ d’économies.

Les premières indications d’économies toucheraient les emplois aidés, l’aide au logement, mais surtout l’investissement (dans la Défense, la Justice, l’Intérieur). Cela signifie qu’il ne s’agit pas vraiment d’économies mais surtout de reports de charge. Par exemple, l’Etat verserait 0,85Md€ de moins aux Armées alors qu’il s’est engagé à atteindre 2% du PIB.

D’ailleurs, le Premier ministre promet d’être dans les 3% de déficit en 2017 et 2018 pour descendre à 1% en 2022. Cela signifie qu’il ne vise même pas l’équilibre, ce qui était la cible du précédent quinquennat. En 2022, cela fera 47 ans successifs de budgets en déficits, qu’il faudra rembourser.

Faute de pouvoir financer les promesses (ce qui supposerait une vraie remise en cause de la dépense publique), on aura des demi-mesures (au lieu de passer de 3,2% à 2,8% de déficit, on vise 3% ; un seul jour de carence pour les fonctionnaires au lieu de 3 pour le privé ; etc). Même en baissant les dépenses publiques de 3% du PIB, on sera encore 10 points au-dessus de l’Allemagne.

Croissance de la dette

En 10 ans, la dette a progressé de 30 points de PIB. Pendant ce temps, elle régresse en Allemagne en % de son PIB. La dette a franchi les 100 Md€ en 1981 et les 1000Md€ en 2003. Elle a dépassé les 2200Md€ au 1er trimestre 2017 pour tendre vers 99% du PIB (contre les 96% promis selon le précédent gouvernement).

Cette explosion de dette augmente le risque d’éclatement de la bulle financière, alimentée par les injections de liquidité de la BCE. Les instances financières européennes se rassurent par la mise en place de nouveaux outils de résolution unique. On ne sait pas s’ils seront efficaces car ils n’ont jamais été testés, ou s’ils aggraveront la prochaine crise par un effet de dominos.

Les crises sont régulières (bulle internet 2001, subprimes 2008). Avec un CAC testant les 5200, la prochaine ne devrait plus tarder (les 2 précédentes fois, le CAC atteignait les 6000 avant le plongeon). Son ampleur pourrait être plus importante car la crise de 2008 n’a pas été traitée mais repoussée par émissions de dettes encore à rembourser. De plus, la BCE n’a plus de marges de manœuvre : des taux directeurs déjà nuls et un bilan obèse par couches de quantitative easing.

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