Des banques solides ou à consolider ?

L’Autorité Bancaire Européenne s’adresse un nouveau satisfecit sur la solidité des 48 banques qu’elle a testées. Les stress tests donnent des ratios d’apparence favorable avec 15,3% estimé en moyenne en 2020 (ratio CET1 fully loaded) et 10,1% en version stressée.

Une présentation est trompeuse

Les ratios de liquidité sont très bons, mais c’est grâce à l’injonction par la BCE de liquidités à taux zéro. La question de la solvabilité des banques se reposera lorsque ces liquidités seront à rembourser.

Les ratios de solvabilité (fonds propres admis/ Common Equity Tier One) sont également bons. Mais cela reflète une moindre activité de prêts des banques européennes, comparé aux tendances mondiales.

Le poids des banques françaises était significatif au niveau mondial. En 2008, BNP Paribas et Crédit Agricole figuraient parmi les 10 premiers groupes bancaires au monde par leur taille de bilan. Dès 2017, ne figurait plus que BNPP (à la 8ème place au lieu de la 4ème place en 2008), compte tenu des 4 premières places désormais conquises par de banques chinoises. En 2017, 5 banques chinoises sont dans le top ten mondial contre 0 en 2008. Cette poussée des prêts en Chine inquiète d’ailleurs la planète financière.

Les risques ne sont pas suffisamment pris en compte :

  • Concurrence digitale et cyberattaques (peu intégrés dans les risques opérationnels),
  • Excès de la réglementation (comparé au desserrage législatif aux USA). Des contentieux probables, comme l’optimisation fiscale sur le versement des dividendes, ne sont pratiquement pas provisionnés.
  • Risques géopolitiques (Brexit, guerre commerciale des USA, etc). Il faudrait provisionner pour les coûts induits par le Brexit et pas seulement pour les banques britanniques. Certaines banques commencent à peine. Un point clé sera l’acceptation ou non de chambres de compensations britanniques après le Brexit, pour des opérations concernant des banques de l’UE.

Consolidation ?

La consolidation bancaire européenne, demandée par certains banquiers centraux, tarde à poindre. Les géants bancaires sur le continent européen sont rares (BNPP et Santander). La recomposition franco-française de la Caisse des Dépôts et de la Banque Postale n’aidera pas à l’européanisation bancaire. Les chiffres du dernier rapport de l’ACPR montrent une consolidation du nombre de banques (sauf dans le domaine des monnaies électroniques), mais pas de fusion transfrontalière d’envergure à comptabiliser récemment.

Les rumeurs de rapprochement se poursuivent sur Deutsche Bank, qui a vu son cours perdre 45% en 2018. Certains verraient Deutsche Bank avec Commerzbank (l’aveugle et le paralytique, comme le contrôle avait dit du rapprochement GAN-CIC) ?

Santander et Deutsche Bank ont des ratios prudentiels relativement faibles. Santander supporte des risques pays particuliers. Danske Bank est fragilisée (blanchiment présumé en Estonie). NordLB (dont le Land de Basse Saxe est actionnaire) chercher un partenaire. Le procès d’UBS sur la fraude fiscale est relancé. Et bien sûr, il reste le serpent de mer du rapprochement de SG et d’Unicredit.

Après Monte dei Paschi di Siena l’année dernière, l’Italie continue à pâtir avec Banco BPM. Les hypothèses ont pourtant été plus clémentes que la réalité, notamment en termes de taux d’intérêt. Parler de stress test dans ces conditions pour l’Italie est incorrect.

Le Royaume-Uni est plus touché avec des prévisions de ratios 2020 détériorés pour Barclays et Lloyds banking group compte tenu d’une hypothèse défavorable de Brexit. En France, à ce même horizon 2020, Société Générale et La Banque Postale se retrouveraient en situations tendues. Mais la Banque Postale se dirigera alors sans doute sous l’ombrelle de la Caisse des Dépôts.

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