Des législatives britanniques à risques

L’OCDE prévoit l’impossibilité pour le Royaume-Uni de négocier un accord de libre-échange avec l’Union Européenne d’ici 2019 (date d’échéance du Brexit, suite au déclenchement de l’article 50 du traité de Lisbonne). Selon l’OCDE, on dépasserait la seule crainte d’un « hard Brexit », pour pronostiquer un scénario de « cliff edge » (bordure de falaise).

Même si l’effondrement, évoqué par les médias traditionnels lors du référendum sur le Brexit, n’est pas arrivé, la croissance du PNB diminuerait à 1% dès 2018, avec l’équivalent d’une « Brexit tax ». Dans le même temps, l’OCDE prévoit un redressement de la croissance mondiale des PIB (3,5% en 2017 et même 3,6% en 2018).

Des législatives à risques

La Première ministre Theresa May a tenté le pari de la dissolution (après avoir promis de ne pas le faire), espérant une majorité plus confortable (elle a à ce jour la majorité absolue au Parlement) pour renégocier avec l’UE. Mais, avec les problèmes sociaux (projet de réforme de l’aide à la dépendance), les incertitudes sur le Brexit (T. May y a été opposée puis favorable), ou les attentats, le Labour a regagné du terrain face aux Tories initialement largement favoris.

Les attentats à répétition, notamment à Manchester et le dernier à Borough market et à London Bridge, auraient pu donner lieu à une récupération politique (ralliez-vous derrière la protectrice de la Nation). Mais les travaillistes insistent sur le fait que la Right Honorable T. May avait allégé les effectifs des policiers quand elle était aux affaires intérieures (Home Secretary).

Où fuir ?

Avec la perte du passeport européen, les acteurs financiers ont besoin d’un siège dans l’UE pour continuer à y offrir leurs prestations. Dans cette compétition féroce pour récupérer des morceaux de la City, on remarque plusieurs grandes villes qui semblent convaincre des groupes financiers, notamment assureurs:

–          Luxembourg avec RSA Ins, CNA Hardy, AIG, FM Global, Hiscox,

–          Bruxelles avec QBE, Lloyd’s,

–          Dublin avec Standard Life, Beazley,

–          Francfort qui veut récupérer l’EBA, voire le fusionner avec l’EIOPA qui y est déjà. L’idée va en effet jusqu’à former un superviseur européen unique de la banque et de l’assurance.

En France, l’attractivité est surtout dans les discours. En pratique, force est de constater que les poids de la fiscalité, du social, de la supervision et de la régulation découragent les acteurs financiers de choisir la France. La Commission des Finances du Sénat va dans le même sens.

L’hexagone est pourtant plus vaste (1er marché de l’assurance de l’UE post Brexit) et plein de qualités par ailleurs, à commencer par la proximité géographique avec son ami-ennemi historique d’Outre-Manche.

Le RU en risque systémique

Theresa May a fait perdre sa majorité absolue qu’elle souhaitait conforter. Elle sera en position de faiblesse pour tous les grands chantiers du Brexit (financiers, habitants cross borders, libre-échange). Pire, le RU est en risque d’explosion avec ses « celtic fringes » qui ont voté pour le maintien dans l’UE : l’Ulster ne veut pas de frontière avec l’Eire et l’Ecosse se tâte sur son indépendance. Si T. May s’allie avec le parti démocrate unioniste (DUP) en Irlande, elle sera obligée d’adoucir le Brexit.

Les malheurs volant en escadrille*, l’appui traditionnel du RU sur les USA n’est plus d’un grand réconfort, avec un D. Trump faisant plutôt l’unanimité contre lui.

*Pour paraphraser J. Chirac et la loi de Murphy.

Partager l'article

Commenter