Economies sociales ?

Le pouvoir en place doit faire de l’ordre de 5 points de PIB d’économies (110Md€ en rythme annuel) pour atteindre ses promesses de baisses des prélèvements obligatoires, des déficits budgétaires, et de la dette publique.

CAP 2022 (la structure qui succède à RGPP et MAP) ne laisse pas filtrer d’économies sur les dépenses publiques, avant la parution de son prochain rapport. Celles des collectivités locales vont résister malgré les tentatives de baisses de dotations et de taxe d’habitation. Il reste alors à rogner les dépenses sociales, dont le montant excède largement le budget de l’Etat.

Cela touche non seulement les 4 branches de la Sécurité Sociale, mais aussi l’assurance chômage et le projet de versement social unique (APL, RSA,…). Or, les réformes engagées prennent majoritairement le sens de l’accroissement de dépenses, à part la controversée baisse de 5€ des APL. Les promesses d’élargissement de l’indemnisation chômage (aux démissionnaires sous conditions et aux non-salariés) et de zéro reste à charge en santé vont en effet coûter, même si ces largesses ont été assorties de conditions.

Retraite, mère de toutes les réformes

Restent les retraites. La hausse de 1,7% de la CSG a déjà été mal vécue. Rogner au-delà est pourtant nécessaire face à la dérive des coûts (quelques soient les projections trop optimistes du COR).

E. Macron avait exclu de sa campagne les éléments clés qui permettraient de rééquilibrer les régimes (augmenter l’âge légal de départ en retraite par exemple). Il faudra donc jouer sur de multiples paramètres, à l’occasion de l’harmonisation entre les régimes et de la transformation en système en points.

Le Haut-Commissariat à la Réforme des Retraites (HCRR) de J.P. Delevoye ne rendra sa copie que pour alimenter un projet de loi mi 2019. Le HCCR va échanger avec les diverses organisations de syndicats de « salariés » (en réalité le sujet concerne aussi les non-salariés, les agricoles, et les fonctionnaires). Jusqu’à juin, les discussions portent sur les droits non contributifs (prise en compte des durées de chômage, maladie et maternité) et des droits familiaux (réversion, majorations pour enfants).

Le consensus peut être obtenu sur certains constats : le système actuel est trop complexe (près de 40 systèmes différents). Il est donc injuste et non fluide (pour cumuler des droits d’un système à l’autre). L’unanimité sur l’urgence à réformer est moins forte: le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) présente des perspectives comptables moins sombres que la réalité (et le déficit persistant du Fonds de Solidarité Vieillesse notamment). D’autre part, beaucoup de caisses de retraite (ARRCO et des caisses de professions libérales notamment) craignent de perdre leurs réserves par « solidarité ».

La tentation des syndicats est d’harmoniser vers le haut, c’est à dire de maximiser la dépense (qui représente déjà 14% du PIB). Le passage en système en points rendrait les calculs plus ésotériques et permettrait de rogner sur les prestations, sans que l’opinion publique ne le comprenne.

Trop peu & trop tard ?

Il est probable que le nouveau système de retraite ne rentre en vigueur que progressivement (pour le flux des droits). Il faudra 40 ans pour en récolter pleinement les fruits. Or, entre mi 2019 et la fin du quinquennat, il restera moins de 3 ans pour faire des économies drastiques.

Au pluriel, l’expression « économies sociales » revêt un sens presque contraire qu’au singulier. E. Macron va-t-il faire l’économie du social pour tenir ses promesses budgétaires ou viser sa réélection en réformant trop peu et trop tard ?

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