Emmanuel Macron, l’homme du capitalisme rentier

Emmanuel Macron a défini sa vision du capitalisme dans une tribune du Monde, intitulée de façon ambitieuse: « Retrouver l’esprit industriel du capitalisme ». Le texte est intéressant, parce qu’il s’efforce de théoriser des éléments de politique publique. Il déçoit, parce qu’il semble mal saisir les évolutions structurelles de la société occidentale.

Macron a bien pris note des demandes des professions financières

On remarquera d’abord qu’Emmanuel Macron propose trois leviers pour retrouver l’esprit du capitalisme industriel: l’investissement populaire en actions, la mobilisation des institutionnels et l’encouragement à l’investissement à long terme.

Sur chacun de ces items, Macron reprend sans difficulté les thèmatiques défendues par les lobbyistes des professions concernées. Il fait l’apologie de l’assurance-vie en « eurocroissance », et il propose d’alléger la facture en fonds propres imposée par la directive Solvabilité 2 pour les actifs en actions. Ces propositions sont incontestablement conformes aux revendications des banquiers et des assureurs qui ont pignon sur la place.

On s’étonne toutefois de ne voir à aucun moment apparaître la notion de valeur créée par les entrepreneurs dans cette tribune. Pour Emmanuel Macron, le capitalisme, ce sont des détenteurs de capital qui financent la croissance, mais pas des entrepreneurs qui créent de la valeur ex nihilo. Cet aveu involontaire méritait d’être commis: Emmanuel Macron est décidément l’homme de la banque, ce n’est pas un entrepreneur. Il incarne bien cette caste dominante en France pour laquelle l’économie est un jeu capitalistique où l’action des hommes et des innovations tient un rôle secondaire par rapport à la préservation des rentes acquises.

L’étonnante absence du mot « innovation »

De façon encore plus révélatrice, le mot « innovation » ne figure d’ailleurs pas dans le texte d’Emmanuel Macron. Il est assez curieux de voir comment un ministre devenu la figure de la modernité au sein du gouvernement, peut à ce point rater l’exercice attendu. A le lire, on croirait presque que son enjeu est de reconstruire la puissance industrielle française des années 1860, quand il s’agit précisément de basculer vers des modèles totalement nouveaux.

L’innovation est en effet partout, et pas seulement dans l’entreprise. Elle l’est aussi dans le financement. La révolution du crowdfunding en constitue la meilleure illustration. Elle répond précisément à l’attente d’un capitalisme populaire évoquée par le ministre. Alors pourquoi ne pas le mentionner? Faut-il voir dans cet oubli ou cette impasse une manifestation supplémentaire de la technophobie qui domine les élites françaises?

Sur le fond, il semble que le ministre de l’économie n’a pas saisi que la révolution du capitalisme industriel au XXIè siècle repose sur une « disruption » qui oblige à repenser les modèles et les méthodes. Emmanuel Macron nous cite « les actionnaires familiaux, les actionnaires salariés, les actionnaires publics et les fonds longs (français, européens, et internationaux) » comme modèles d’investisseurs à long terme. Mais c’est quand même un peu court: on aurait aimé qu’il nous parle aussi de l’entrepreneur qui crée son entreprise et la possède, ou du petit épargnant qui met 5.000 euros dans un projet sur une plate-forme de crowdfunding.

Les élites françaises ne comprennent pas la nouvelle économie

En bout de course, il ressort de cette tribune le sentiment diffus qu’Emmanuel Macron est bien l’homme de la rente. Il lit l’économie française sous le prisme d’un capitalisme mature, qui ne comprend pas les nouveaux paradigmes et qui cherchent simplement à faire fructifier un acquis en profitant d’innovations qui lui sont étrangères. Et c’est probablement cela, le mal français: le pays est dirigé par une élite tournée vers le passé, même lorsqu’elle prend les accents de la modernité. Son enjeu est de préserver une structure de capital, et certainement pas d’en faire émerger une nouvelle, adaptée aux besoins de notre temps et reposant sur des entrepreneurs qui changent le monde.

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