G Vain

Les G20 ne servent généralement à rien. Celui de Buenos Aires (« bons airs » en castillan) a pu expérimenter le Tango. Le G20 (19 membres plus l’UE, plus d’autres pays invités) a finalement conclu un communiqué de disfonctionnement* du commerce international et de l’OMC.

E.Macron en mauvaise posture :

  • Les Portègnes** ont accueillis en retard E. Macron, avec des gilets jaunes sur le tarmac.
  • Macron a pu afficher sa proximité avec le président argentin, et pas seulement de nom (il s’appelle M. Macri). M. Macri est aussi libéral de droite, et proche des « très riches ».
  • Macron n’a pas été autorisé à s’entretenir avec D. Trump. Pire, il a discuté avec M. Ben Salmane, avec lequel il pourra également se comparer. Le jeune (33 ans) héritier saoudien, est libéral en économie et connu pour son autoritarisme. Il est toujours soupçonné d’enlèvement de S. Hariri, du meurtre de J. Khashoggi, et impliqué dans le désastre humanitaire au Yémen.
  • Croiser Shinzō Abe ne sera pas plus simple pour notre président. Comment ne pas soupçonner le Japon d’avoir commandité l’arrestation de C. Ghosn, pour prendre un ascendant nippon sur l’alliance Renault-Nissan ?
  • Comment discuter avec G. Conte, lorsque l’on soutient le rejet du budget italien par l’UE ?
  • En théorie, pas question de se rapprocher de V. Poutine, dans le contexte de guerre navale contre l’Ukraine en mer d’Azov.
  • Que dire à J. Bolsonaro quand on vitupère contre les extrêmes anti-écologiques (le Brésil n’accueillera pas la COP25) ?
  • Le couple franco-allemand bat de l’aile (de coq ou d’aigle ?). A la proposition d’armée européenne d’E. Macron, l’Allemagne a répondu par la demande de partager le siège de la France au conseil de sécurité de l’ONU. A la demande d’un budget de la zone euro, la réponse a été « peut-être pour les pays qui respecte les critères », donc pas la France (qui a des excès de déficit primaire et de dette).
  • Croiser T. May n’a pas dû être plus plaisant. Les Britanniques sont concentrés sur le Brexit (vote du parlement prévu le 11 décembre). Ils étaient en conflit sur les Falkland Islands, ou îles Malouines en Français, contre les Argentins (alors aidés discrètement par les exocets français). Cette configuration des alliances n’était pas une première, puisque les Anglais avaient attaqué Buenos Aires (espagnol, donc dans le périmètre impérial de Napoléon à l’époque).

Contagion de la jaunisse

La France est défigurée par les images de manifestants sur les Champs-Elysées. Comment donner des leçons de démocratie quand sa cote de popularité est dans un tobogan ? Comment étaler sa superbe napoléonienne quand l’arc de Triomphe est tagué ? Comment parler de sécurité quand les Champs-Elysées sont embués de gaz lacrymogènes et que la « chienlit »*** occupe les beaux quartiers.?

La scène fait penser au film « Ridicule » de P. Leconte où une aristocratie finissante se livrait à quelques mascarades condescendantes envers le peuple, avant la chute. Les saillies de l’époque avaient plus d’esprit que les petites phrases ou les logorrhées aujourd’hui en vigueur.

Au moment où les parlementaires proscrivent la fessée, les forces de l’ordre usent de matraque et de gaz contre les turbulents enfants de la patrie. De la part du pouvoir du « en même temps », encore une contradiction. On peut hésiter sur le qualificatif à y apporter: aporie, antilogie, oxymore, antinomie, paradoxisme, voire relation asémantique (en l’occurrence chez les gilets jaunes, relation d’association, plutôt que d’équivalence, voire relation de rejet des hiérarchies) ?

Et le Premier ministre qui pensait aller au sacre de A. Guerini, nouveau délégué d’en Marche (LREM), en déconnection totale avec les Marcheurs jaunes, a dû affronter la réalité. La crise des gilets jaunes n’est plus une simple revendication contre la hausse des taxes sur les hydrocarbures (d’ailleurs, le prix du baril baisse à 50$), mais la contestation protéiforme voire anarchique de l’aggravation du système fiscalo-administré hérité du passé, qui n’a pas été « transformé » mais prorogé.

Le Premier ministre n’ira pas non plus à la COP24 à Katowice (en Pologne, dont 4/5 de l’énergie provient du charbon) suite au dernier rapport du GIEC. Il s’agit pourtant des règles de mise en œuvre de l’accord de Paris (trouver 100Md/an pour la COP 21). Surtout, la hausse des taxes était au prétexte de la priorité donnée au climat. On voit, dans cette annulation de la participation d’E. Philippe à la COP 24, ce qu’il en est vraiment. Même F. de Rugy a préféré une réunion à l’Elysée et a différé sa participation au symposium à Katowice.

Depuis Buenos Aires, E. Macron a repris son slogan « moi ou le chaos » qu’il a lui-même généré, avec succès. Il a en effet saboté les corps intermédiaires (syndicats, partis traditionnels, etc) qui servaient d’amortisseurs, et promu les mouvements transverses. Pour comprendre la situation, il suffit de repenser à l’Apprenti sorcier (mais ici, sans la plume de J.W. von Goethe, ni la musique de P. Dukas, ni le crayon de W. Disney).

Chinamérique

D.Trump aura été l’homme fort de ce G20 et aura fixé son propre agenda. Il s’est présenté en position de force, en pouvant compter sur sa majorité au Sénat (ce qui empêche sa destitution) et sur sa croissance économique insolente (+3,5% de PIB au 3ème trimestre à comparer à 0,4% en France).

D. Trump a refusé de discuter avec E. Macron (en lui tournant ostensiblement le dos), mais aura vu la Chancelière A. Merkel, pourtant politiquement affaiblie et qui a eu un incident d’avion. Trump n’a pas voulu rencontrer V. Poutine non plus.

Dans ce contexte, le point clé du G20 a été le bras de fer commercial entre D. Trump et Xi Jinping.

Réduire ce sommet à un face à face relève d’un bilatéralisme sino-américain, qui remet en cause le principe même de multilatéralisme du G20. L’OMC a failli en faisant rentrer la Chine dans ce club de négoce sans lui faire changer ses méthodes commerciales.

Finalement, D. Trump et Xi Jinping gèlent l’escalade de leur guerre douanière pour 3 mois. Il n’y aura (pour l’instant) pas de nouveaux droits de douanes après le 1er janvier. Reste à voir si la Chinamérique sera chimérique.

 

*Disfonctionnement : non fonctionnement, et pas seulement dysfonctionnement : anomalie dans le fonctionnement.

**Les habitants de Buenos Aires.

***Chienlit : personnage rabelaisien du carnaval, remis à l’honneur par C. de Gaulle en mai 68. Pour le chien en question, c’est le postérieur qui était coloré en jaune. En mai 1968 aussi, le président était à l’étranger, à savoir à Bucarest.

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