Gilets jaunes: la révolution En Marche?

Depuis la grande jacquerie de 1358 jusqu’au roman d’E. Le Roy Jacquou le croquant, la caste au pouvoir se méfie de ceux qui osent défier l’incurie de l’aristocratie. Le terme jacquerie vient de jacques, les vestes courtes (déjà !) portées par les « vilains », comme Jacques Bonhomme. La colère des campagnes (et aujourd’hui des banlieues) peut se retrouver à Paris, comme ce fût le cas avec Etienne Marcel lors de la grande jacquerie.

Un mouvement sous-estimé :

  • Indiquer 287 000 manifestants ne représente que le pic enregistré par les forces de l’ordre. Il y a eu d’autres personnes le matin et le soir.
  • Ceux qui ont juste mis un gilet jaune derrière leur pare-brise ou ailleurs ne sont pas comptabilisés, sans compter les deux tiers des Français qui soutiennent le mouvement.
  • Cela ne correspond qu’au samedi 17 novembre. Or, les blocages se sont poursuivis dimanche et lundi, et d’autres épisodes sont programmés.

Le mouvement coalise des forces multiples voire extrêmes. Ce mouvement pourrait être rejoint par des camionneurs, et probablement par des infirmières libérales et des ambulanciers (déjà mécontents). Le gouvernement table sans doute comme les fois précédentes sur un essoufflement du mouvement. Les intéressés, dépourvus de caisses de grèves, ont en effet besoin de travailler pour vivre.

Le gouvernement critique la désorganisation du mouvement. Mais son manque d’encadrement vient aussi du travail de sape des corps intermédiaires qu’a entrepris ce gouvernement. Il est paradoxal que le gouvernement se plaigne d’un mouvement horizontal par réseaux sociaux qu’il avait vanté avant d’opter pour la verticalité d’E. Macron.

Le doublement de la prime à la casse a été annoncé par le Premier ministre avant la manifestation. Donner une réponse après celle-ci aurait donné l’impression de ne pas se moquer du monde. Le mouvement pourrait dès lors se radicaliser.

L’argument écologique est contesté :

  • Près de 4/5 des taxes ne vont pas à l’écologie. La vraie raison est que faute d’avoir réalisé les réductions de dépenses publiques promises, le gouvernement en est réduit à des hausses fiscales impopulaires.
  • Le gouvernement n’apparaît pas écologiste. Il donne des autorisations de mines d’or et d’explorations pétrolière en Guyane.
  • Hulot a démissionné avec fracas, estimant que le gouvernement n’a pas pris la mesure du sujet écologique et se laisse infiltrer par des lobbyistes.
  • Le Premier ministre est l’ancien lobbyiste d’Areva (pôle nucléaire en quasi-déconfiture). Il lui a donné 4,5 Md€ en juillet 2017 à son arrivée à Matignon.
  • Le doublement de la prime à la casse satisfait le lobby automobile, mais pousse à l’achat de voitures, majoritairement étrangères. On reste dans le système fiscalo – administré. On augmente des taxes et en inventant des systèmes d’aides bureaucratiques assujettissant les demandeurs. Cela va à l’inverse des simplifications promises.
  • « En même temps » que les 500M€ promis, le gouvernement rejette 800M€ sur les aides aux doubles-fenêtres. Les passoires thermiques sont pourtant un enjeu écologique majeur.
  • En termes d’assiette et de mécanisme, parler de « taxe carbone » est inappropriée s’agissant de hausse de taxes sur les hydrocarbures (TICPE).
  • Le ministre de la transition écologique prétend qu’il faut ainsi augmenter le prix du pétrole et « en même temps » exige des distributeurs sa diminution.
  • Cela apparaît comme de l’écologie punitive.

La présente séquence nuit à l’image de la pourtant nécessaire transition écologique.

Quel projet ?

Les manifestants sont dans la contestation, mais ils ne formulent pas d’autre proposition que le dégagisme des personnes et à nouveau le « ras le bol fiscal ». Le taux des prélèvements obligatoires en France reste record. C’est un héritage, mais le gouvernement a aggravé le montant des impôts, contrairement aux promesses électorales.

L’argument du pouvoir d’achat ne convainc pas alors que le gouvernement en place en avait fait son argument clé. Après une baisse en début d’année, le pouvoir d’achat devrait progresser (avec les baisses de cotisations sociales et de taxes d’habitations). De plus, les bulletins de salaire afficheront optiquement des baisses par prélèvements à la source à partir de 2019.

Ceux qui payaient l’ISF ont plus profité des mesures du gouvernement, au détriment principalement des retraités, mais aussi des bénéficiaires des APL ou des allocations familiales, des fonctionnaires et des classes populaires et moyennes.

Les conséquences probables :

  • Un léger ralentissement économique au dernier trimestre. Les grèves de la SNCF avaient pesé pour plus de 0,1% du PIB au second trimestre.
  • La procrastination dans les réformes. La seule systémique, à savoir celle des retraites, est encore une fois repoussée à la fin 2019.
  • 3 Français sur 4 ne sont désormais pas satisfaits du pouvoir en place. L’Ifop donne 25% de cote de popularité à E. Macron contre 44% à N. Sarkozy et 20% à F. Hollande au même stade du quinquennat.

L’absence de projet politique alternatif entraîne le pays vers de la contestation stérile. A suivre, les prochaines manifestations, notamment celle prévue à Paris en fin de semaine.

Partager l'article

Commenter