Brexit: projet d’accord technique

T. May vient d’annoncer un projet d’accord technique sur le départ du Royaume-Uni de l’Union Européenne (non démenti par M.Barnier). Mais en parallèle l’UE se prépare à un no deal. Dans la série des « infox » (fake news), après les post-vérités, s’agit-il d’une pré-vérité?

T.May lâchée par les siens?

Le frère de B. Johnson vient de démissionner. Boris et Jo Johnson étaient tous les deux ministres de T. May. Mais Jo Johnson est Bremainer, contrairement à son frère, l’ancien maire de Londres. Ainsi, à la fois les Brexiters durs (dont B. Johnson), mais aussi les Bremainers sont hostiles à T. May.

Il faut y ajouter que les 10 parlementaires du DUP sont hostiles à toute forme de backstop (maintien de l’Irlande du Nord dans le système juridique de l’UE), car cela irait à l’encontre de leur volonté d’union avec la Grande-Bretagne. De plus, il ne faut pas compter sur le soutien des Travaillistes, qui ne roulent ni pour T. May ni pour le Brexit.

De plus en plus de députés (MPs) disent être défavorables au plan de T. May. Or, ils ne connaissaient pas encore le futur plan avec lequel ils prétendent ne pas être d’accord. Ce n’est en effet pas le plan initial de « Chequers », qui a été rejeté par l’UE mais un compromis qui a été annoncé mardi 13 au soir. Le seul argument de T.May est que c’est la proposition de la dernière chance avant un no deal.

Backstop?

Le scénario du backstop (« filet de sécurité », à savoir maintien temporaire de l’Irlande du Nord dans les règles de l’UE) serait revenu à anticiper la réunification des 2 Irlande. La scission remonte à 1921. Aujourd’hui, l’île n’est guère unifiée qu’au rugby ou au football gaélique. Mais, les Catholiques ayant une démographie plus favorable (aujourd’hui ils sont à égalité avec les Protestants), l’Irlande du Nord demandera tôt ou tard la réunification.

En proposant un pseudo-maintien temporaire du RU tout entier dans l’union douanière, les négociateurs du Brexit veulent se donner plus de temps. L’échéance du 29 mars est quand même compromise. Il faudrait en effet d’ici là finaliser le projet d’accord. Il faudrait aussi le faire entériner par Westminster (d’ici là, réunion des ministres ce mercredi 14 novembre) et par les instances européennes (avec peut-être une réunion exceptionnelle européenne le 25 novembre). Or, ce n’est pas en se donnant plus de temps que l’on va trouver une solution, puisque tel que posé jusqu’ici, le problème n’a pas de solution.

  • Soit il n’y a pas de frontière et ce serait la porte ouverte vers l’UE à des pays aux systèmes juridiques et fiscaux non compatibles. Le Royaume-Uni serait alors le cheval de Troie causant la destruction de l’Union Européenne.
  • Soit on restaure à terme une frontière, et ce serait une remise en cause inacceptable des accords du Good Friday Agreement en Irlande.

Procrastination ou lâcheté européenne?

Les conséquences pour l’Europe sont multiples. C’est l’incertitude qui freine les investissements au Royaume-Uni, voire sa consommation.  En conséquence, la croissance économique britannique est inférieure de plus d’un pourcent par an à celle que le RU aurait sans la perspective du Brexit.

Plus on retarde le processus, plus la probabilité d’un nouveau référendum (aujourd’hui écarté) augmente. M. Barnier laisse entendre que la proposition du lundi 12 novembre est la dernière de la part de l’UE. Mais si l’on procède à un pseudo maintien temporaire du RU dans l’union douanière, il faudra bien négocier un nouvel accord après cette période transitoire.

A titre personnel, M. Barnier ne peut postuler à la succession de J.C. Juncker que s’il a bouclé un accord sur le Brexit, quitte à ce que cet accord soit catastrophique pour l’UE. En acceptant que le RU puisse rester dans l’Union douanière sans respecter le cadre juridique européen (à quelques exceptions notables sur la fiscalité et l’environnement), cela veut dire l’invasion de l’Europe par des produits et services britanniques ne respectant pas les normes sociales, juridiques, et prudentielles s’agissant de la finance.

Impréparation française ?

En attendant, la France devrait se préparer réellement, plutôt que de compter sur la génération spontanée de « solutions ad hoc » comme espéré par la ministre chargée des affaires européennes. Il faut des ministres inventifs et bien installés. Or, elle la 24ème ministre à ce poste depuis 40 ans (soit moins de 2 ans par ministre) ? Et les exigences requises pour inventer des solutions originales au Brexit ne sont pas celles de la technique diplomatique traditionnelle.

S’agissant de Londres, le secteur clé dans lequel il faut se positionner est celui de la Finance. Or, la plateforme de trading interbancaire BrokerTec va aller à Amsterdam et non Paris. Le Brexit serait pourtant une occasion unique de récupérer les traders de Londres qui ont été formés à l’école française de mathématiques financières (chez N. El Karaoui ou autres).

Dans la compétition européenne pour récupérer des éclats de la finance britannique, il faut faire vite avant fin mars 2019. « Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable » comme écrivait R. Gary.

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