Grand Paris repoussé ?

L’inquiétude grandit sur le plateau de Saclay-Orsay: incertitudes sur les pôles universitaires, sur le calendrier de la ligne 18, remise en cause d’un projet de complexe sportif, et maintenant l’abandon de FranceExpo2025.

EXPO2025 stoppée unilatéralement

L’empilement administratif joue à nouveau comme un handicap. Le mille-feuille des collectivités locales (Région Ile de France, Métropole du Grand Paris, établissements publics comme l’EPADESA à la Défense, Communes, etc) rend lourde et conflictuelle toute avancée. Mais c’est l’Etat qui a stoppé unilatéralement le projet pour des raisons fallacieuses.

Macron avait dit soutenir l’Exposition Universelle Grand Paris de 2025, mais il a demandé à son Premier ministre d’indiquer que l’Etat se retire du projet. C’est un schéma de communication analogue à celui de Notre Dame des Landes, où le Premier ministre annonce les renoncements (En Marche arrière ?).

Le prétexte est que le dossier n’était pas suffisant (incertitudes sur la participation, insuffisance de financement, etc). Or, c’était à l’Etat de compléter le dossier s’il prétend l’encourager. D’autant que beaucoup de sponsors dépendaient de la sphère publique.

Le Premier ministre base la prétendue insuffisance de fréquentation attendue sur celle constatée à Milan. Or, Paris accueille beaucoup de plus de touristes que Milan.

Pourquoi le Premier ministre a-t-il abandonné ce projet, apparemment sans concertation avec les intéressés ? Il se dit que le projet était financièrement innovant et bouclé, mais n’était pas assez estampillé En Marche. Pascal Lamy, le délégué interministériel à FranceExpo2025, est pourtant un camarade d’E. Macron, mais il a été nommé par l’équipe précédente.

La majorité utilise quelques stars, qui savent où sont le pouvoir et l’argent. Cedric Villani, médaille Fields, et député LREM (après avoir été pro-Hidalgo), a pu apprécier à cette occasion l’entropie croissante (chère à Boltzmann) du pouvoir politique. C. Villani était le porte-parole de FranceExpo 2025. Pourquoi le gouvernement déjuge-t-il ses porte-paroles ?

Doutes sur le Grand Paris

Le Premier ministre doit arbitrer les calendriers de travaux du Grand Paris, et les JO de 2024 étant prioritaires, la ligne 18 (au sud de Paris) risque d’en pâtir. Cette ligne 18 doit d’abord relier Orly au CEA de St Aubin vers 2023/2024 avant d’aller jusqu’à Versailles en 2030 (et même Nanterre ultérieurement). C’est aussi le manque de volonté sur cette ligne qui explique le renoncement à l’Exposition Universelle.

Pour ce même plateau du sud parisien, le pouvoir politique précédent avait tenté, en vain, de dissoudre Polytechnique au sein d’une vaste université de Saclay-Orsay. Finalement, il se dessine 2 « Initiatives d’Excellence », ensembles d’enseignements distincts (l’un plus universitaire, l’autre relevant plus d’un agrégat de grandes écoles). Un duopole peut s’avérer plus compétitif (Cambridge-Oxford, MIT-Harvard, etc).

Même pour les JO de 2024, compte tenu de ces atermoiements du gouvernement, on peut avoir de sérieux doutes. Certains tronçons sont d’ores et déjà prévus trop tard. Par exemple, la liaison Saint Denis (quartier du village olympique)-La Défense est agendée pour 2027. D’ailleurs le nord de Paris n’est pas épargné par l’ « abandonite » aiguë, avec le blocage d’Europacity dans le triangle de Gonesse (qui est victime de « zadistes » comme NDDL).

Communication ou développement ?

Les sports (coupe du monde de rugby en 2023 et JO de Paris en 2024) sont des évènements ludiques et éphémères. Ces activités occupationnelles, voire ces opiums du peuple*, ne remplaceront jamais les développements scientifiques et économiques que le programme présidentiel promettait de soutenir.

Copier Sarkozy par des sommets à Versailles ou copier Hollande en allant à Davos vont dans le bon sens de la communication économique. Mais aller plus loin par une « révolution » était le titre de l’ouvrage du candidat En Marche. L’arrêt des grands projets cadre d’autant plus mal.

Les tendances sont têtues. Pour rester compétitif à l’égard des mégapoles de plus de 10 millions d’habitants qui généreront dans quelques années plus de 1000Md$ de PIB, il faudra bien structurer une mégapole autour de Paris. Elle serait d’ailleurs la capitale économique européenne, étant la seule mégapole de l’UE (Randstad et la Ruhr étant plutôt des conglomérats urbains). Un prochain gouvernement, qui préfèrera les réalisations aux beaux textes, relancera peut-être ce destin?

*Piazza del Plebiscito à Naples, les Bourbons (qui semblent inspirer notre président) organisaient des Carnavals où le peuple se battait sur des mâts de cocagnes pour récupérer quelques viandes. Seul le Marquis de Sade a dénoncé ces dérives où l’élite se délectait de l’agitation des foules. Les podiums ont remplacé les mâts, la fête populaire a succédé au Carnaval, mais l’olympisme reste une célébration dionysiaque.

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