Hard Brexit pour les services financiers

Londres, la capitale financière européenne, vient de connaître un nouveau coup de théâtre dans l’affaire du Brexit. 3 ministres ont démissionné :

  • David Davis, en charge du Brexit, qui était apparu désinvolte lors des négociations. Il est remplacé par D. Raab, eurosceptique. Le Secrétaire d’Etat de D. Davis, S. Baker part lui aussi.
  • Plus important politiquement, Boris Johnson, chef de la diplomatie, a démissionné dans la foulée. Il sera remplacé par J. Hunt, partisan du maintien dans l’UE. L’ancien maire de Londres et ancien dirigeant des conservateurs apparaît aujourd’hui comme un trublion soutenu explicitement par D. Trump, qui vient s’immiscer dans les affaires britanniques. Le président américain préfère l’éclatement de l’UE et des négociations bilatérales où il serait le plus fort. En cas de soft Brexit, il menace de traiter avec l’UE plutôt qu’avec le Royaume-Uni.

Ces 3 départs font suite à une série de démissions du gouvernement, pour cause de divers scandales. Le gouvernement de T. May se retrouve particulièrement fracturé, avec un soutien parlementaire chancelant.

Quel Brexit ?

Sous la pression du monde économique, T. May avait finalement dû chercher un « soft Brexit », après avoir prôné la fermeté (Brexit means Brexit). Il est traditionnel à Londres que les « marchands » aient le dessus sur les instances. Même Charles II et C. Wren, après le grand incendie de 1666, ont dû reconstruire Londres sur le plan original propice aux imbrications du négoce plutôt que sur un plan quadrillé qui eut été plus favorable à l’ordre.

La solution du livre blanc du Brexit pencherait pour une solution alambiquée : union douanière pour ne pas restaurer de frontière en Irlande (mais avec des droits de douanes) et un accord de libre-échange partiel. Ce dernier porterait sur les biens agricoles et industriels, mais pas sur les produits financiers pour disposer de la liberté du cadre juridique.

La copie est à rendre à M. Barnier à la rentrée. La tentation du gouvernement britannique est au mieux de disposer d’un choix à la carte (cherry picking). Au pire, l’idée est de demander le beurre et l’argent du beurre (have the cake and eat it), en bénéficiant du marché unique, sans en respecter les règles. Les 2 sont, à ce jour, inacceptables par l’UE.

Conséquences pour la finance ?

Les produits financiers risquent par conséquent de ne pas faire partie de l’accord de libre-échange.

La France s’en sort bien du côté bancaire. Le superviseur européen, l’EBA, sera à Paris. Les intentions de migration de banquiers vers Paris atteint les 3000 (sur un objectif d’environ 10 000). C’est plus que les mouvements prévus vers Francfort, Luxembourg, Dublin, ou Bruxelles.

Du coté des assurances, le tableau de chasse est beaucoup plus maigre, à de rares exceptions (comme Chubb). Pourtant, l’absence d’accord devrait amener à beaucoup de prudence des assureurs de part et d’autres. Les assureurs et réassureurs britanniques devraient disposer d’une filiale (ou au moins d’une succursale) dans l’UE à 27 pour continuer à opérer en Europe.

Les marchés restent nerveux dans un contexte géopolitique défavorable (menace de D. Trump sur l’Otan, sur l’Iran, escalade dans la guerre commerciale avec la Chine, durcissement des régimes en Turquie et en Russie, montée des nationalismes, etc).

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