IRAN: danger mondial ou opportunité?

D. Trump est sorti de l’accord iranien qui levait l’embargo moyennant des restrictions sur le programme atomique. La réaction conservatrice des européens est illusoire et à courte vue, alors que ce serait l’occasion de bâtir l’Europe diplomatique et militaire.

Les USA, des alliés ?

D. Trump avait déjà annoncé la sortie de l’accord sur le climat, des traités commerciaux (TPP notamment), le retrait de l’Unesco, et le transfert de l’ambassade des USA à Jérusalem. Le retrait de l’accord iranien de 2015 porte un nouveau coup à la parole des USA. Il faut relativiser car :

–  B. Obama n’avait pas eu l’accord du Congrès. Les Républicains gardent leur suspicion à l’égard d’un pays où ils ont échoué depuis la chute du Shah Pahlavi. Ces mêmes américains ont pourtant installé un commandement chiite en Irak.

– D. Trump a l’habitude de commencer la discussion en posant ses colts de la NRA sur la table, avant de fixer ses conditions. La Corée du Nord donne un exemple de ces revirements.

 « Regime change » en Iran

La principale victime est le régime iranien. Cela remet en cause la politique d’ouverture de H. Rohani face aux Ayatollahs et au corps des Pasdarans.

L’argent obtenu grâce à la levée de l’embargo n’est pas venu soutenir le peuple iranien, dont le pouvoir d’achat s’est effondré, engendrant de multiples manifestations. Cet argent occidental a financé les conflits en Irak, en Syrie, au Yémen, et le Hezbollah victorieux au Liban. La France est du côté de ce dernier. Elle soutient S. Hariri (qui a aussi la nationalité française), contre le clan sunnite de l’Arabie saoudite, qui l’avait un moment détenu et lui avait fait prononcer sa pseudo démission en novembre 2017.

L’appel de H. Rohani à jouer l’Iran contre les Sunnites n’est pas nouveau, comme l’atteste la lettre de 1248 (pendant les croisades) du chef mongol de la Perse à St Louis.

L’enjeu reste le pétrole

Cette escalade a tendu les cours du pétrole (baril au-dessus de 71$ pour le WTI et 77$ le Brent) et a stressé les marchés boursiers (notamment Dubaï). Avec 50% de hausse du prix du pétrole en un an, l’inflation va s’accentuer en conséquence. Cette hausse est relativement neutre pour les USA qui sont producteurs d’énergies y compris le gaz de schistes qui redevient compétitif.

Pour la Russie, la hausse du pétrole et du gaz sur lesquels est assis son PNB est une aubaine. Pour l’Opep (qui comprend beaucoup de pays sunnites), c’est l’occasion d’en profiter, voire d’élargir les quotas.

Les autres pays, principalement européens, mais aussi la Chine qui redéveloppe ses routes de la soie, souhaitent le maintien de l’accord avec l’Iran, en prétextant l’absence de plan B, mais en fait pour des raisons commerciales à courte vue. Airbus, des constructeurs automobiles, Total, AccorHotels, etc  sont en effet financièrement engagés en Iran.

Demander le maintien des accords est illusoire car les transactions se font généralement en dollars et les groupes ont des filiales aux USA. Les groupes ne veulent pas perdre leur licence pour infraction à l’embargo ou avoir à payer des amendes de 9Md$ comme BNPP.

L’axe Israël-USA

Israël a reçu, en ce jeudi de l’Ascension, des tirs des forces iraniennes en Syrie sur le plateau du Golan occupé. En retour, Israël a envoyé des missiles sur des objectifs militaires syriens, près de Damas.

Ce n’est sans doute pas un hasard de calendrier. B. Netanyahou avait à nouveau fait une conférence montrant des « preuves » comme quoi l’Iran poursuivait ses développements atomiques militaires, juste avant le retrait des USA de l’accord.

Pour les 2 dirigeants, outre leurs clientélismes électoraux classiques, l’ambiance de guerre permet de détourner l’attention de considérations internes, de corruption pour « Bibi » et sa famille, et de scandales à répétition pour « Donald ».

Appeler à la désescalade, quand la boite de Pandore est déjà ouverte, relève du vœu pieux. C’est la certitude pour E. Macron de se présenter à court terme comme le « good cop ». Mais c’est aussi l’assurance d’être ridiculisé à nouveau par les faits, dans un conflit qui dure depuis des milliers d’années, le livre d’Ezra en témoigne.

Que faire ?

Stigmatiser E. Macron pour la gifle diplomatique, qu’il a reçue après les embrassades, est anecdotique et mesquin par rapport à l’ampleur des enjeux. L’essentiel n’est pas de s’obstiner dans un accord devenu impraticable, mais d’en profiter pour réaliser un saut qualitatif systémique de l’Europe. Si l’on veut dépasser ce niveau zéro de la pensée, il faut se rappeler qu’au pays cher à Montesquieu, il faut anticiper de plusieurs coups aux échecs, jeu d’origine perse justement.

C’est l’occasion :

  • pour l’Europe (UE y compris Royaume-Uni) d’imposer l’Euro comme monnaie de référence dans les échanges;
  • pour les groupes industriels de ne plus dépendre de pièces détachées américaines et de rebâtir un système industriel européen complet intégré;
  • Avec le questionnement sur l’OTAN, de reposer la question d’une Europe de la Défense.

E. Macron a plaidé pour avoir un ministre des Finances de la zone euro, ce qui est poliment refusé par l’Allemagne. En ces jours de commémorations européennes, notamment à Aix La Chapelle, il faudrait plutôt pour l’UE un projet ambitieux, mais pragmatique, donc à la carte. Ce serait, par là même, l’occasion de faire revenir le Royaume-Uni dans le jeu européen, via des projets concrets.

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