Irma : 120Md$ ?

Les tempêtes tropicales reçoivent des noms commençant par les lettres successives de l’alphabet : Harvey, Irma, José, etc. Harvey est donc la 8ème tempête (et le 3ème ouragan) de la saison 2017. Pour la France, c’est surtout Irma qui a touché Saint Martin et St Barth (construit plus en dur et plus assurée). Le suivant, José, est passé de tempête à ouragan (plus de 120km/h). Le seuil d’assurance « Catastrophes Naturelles » est de 145km/h, en deçà il s’agit de la garantie tempête.

Harvey a causé plus de 70 morts pour les seuls USA. L’ampleur des dégâts est encore à préciser (entre 70 et 200Md$), mais la majorité des propriétaires n’était pas assurée. Au global en 2016 dans le monde, d’après Sigma/Swiss Re, sur 175Md€ de pertes catastrophes, 166Md€ étaient « naturelles » et 54Md€ seulement étaient assurées.

Quel coût ?

Au rendez-vous de septembre à Monte Carlo, pas sûr que les assureurs aient eu envie de chanter « comme un ouragan » comme Stéphanie de Monaco.

Pour rassurer, un responsable CCR a évoqué un chiffre de 200M€ (d’autres en France, à peine plus prudent, évoquent 300M€, le site de la CCR a ensuite évalué à 1,2Md€). Cela resterait dans les moyens de la CCR, sans avoir à changer les taux de primes (6% vol et incendie auto, 12% hors auto) pris sur les contrats MRH ou auto tous risques.

L’ampleur des dégâts est évidemment tout autre (Harvey est par exemple estimé entre 70 et 200Md$ de dégâts). Enki Research a estimé l’ensemble des coûts d’Irma à 120Md$ (USA/Caraïbes/Antilles), se rapprochant ainsi de Katrina.

Le responsable de la CCR a affirmé que le coût de l’assurance cat nat n’augmenterait pas.  Swiss Re a prouvé que le coût des cat nat augmente globalement drastiquement (+102% en 2016). Bien sûr, les assureurs qui supportent environ la moitié des sinistres peuvent répercuter sur leurs tarifs.

Les coûts augmentent parce que le taux d’assurance croît (même s’il reste disparate entre 50% aux USA et 4% en Afrique), qu’il porte sur une richesse mondiale croissante et que les montants moyens et les fréquences s’envolent avec le dérèglement climatique. Au-delà des pertes matérielles et financières, les assureurs ne couvrent pas la « perte de bien-être » (moindre accès aux médicaments, stress hydrique, dégâts sur la faune et la flore, migrations induites,…).

La hausse tendanciellement croissante de la sinistralité condamne à terme le régime de catastrophes naturelles.

Catastrophes naturelles, l’impossible réforme :

Le marché de l’assurance parle de réformer le régime catastrophes naturelles tous les ans, mais cela bute sur des intérêts divergent (entreprises versus particuliers, Scor versus CCR, assureurs versus réassureurs, etc).

Le découpage réalisé à la CCR par filialisation, change l’habillage en distinguant comptablement la réassurance de marché de celle garantie par l’Etat, mais la garantie reste seulement donnée au même groupe. Les revendications œdipiennes de la Scor (à l’origine la Scor était le portefeuille commercial de la CCR), notamment devant les tribunaux, restent contrariées.

On pourrait transformer la couverture cat nat en pool de réassurance comme GAREAT pour le Terrorisme. Mais cela supprimerait un fromage de la République où l’on peut recaser une personnalité, même après les résultats qu’on lui connaît à Areva et Moulinex.

On pourrait aussi supprimer le passage par arrêtés de cat nat, soumis aux pressions politiques, car les ouragans ne coïncident pas avec le découpage administratif communal. A l’heure du big data et de l’internet objet, on peut être plus précis et factuel dans le zoning des sinistres. L’arrêté cat nat n’empêche pas d’avoir à déclarer les sinistres dans le temps imparti (10 jours maximum) et subir les franchises (380€ pour les particuliers), etc.

Au final, au lieu d’une réforme, tout au mieux se borne-t-on à affirmer solennellement que tous les acteurs vont accroître la prévention, en stipulant largement pour autrui. En effet, les Plans de prévention des risques naturels trop contraignants sont un handicap pour se faire réélire. Le marché préfère avoir des structures de réflexion (Observatoire National des Risques Naturels, Mission des Risques Naturels, GIEC, Global Facility for Disaster Reduction and Recovery).

Politiquement, cette accélération des dérèglements climatiques est une confirmation de l’importance des COP21 et suivantes;. On parle de catastrophes naturelles, mais le réchauffement climatique depuis le XXème siècle est « man made » (émissions de gaz à effet de serre notamment). Les phénomènes sont non linéaires et il suffit de 2 degrés de plus (par exemple passer de 26 à 28°) de la température de la mer des Caraïbes pour que les cyclones gagnent en force. Ces ouragans suffiront-t-ils à faire changer D. Trump sur l’engagement des USA au regard de la COP21 ?

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