Italie : la crise budgétaire

La Commission européenne a rejeté le projet de budget de l’Italie. Le gouvernement italien vient d’annoncer en réponse qu’il ne modifiera pas son budget pour autant.

Pourquoi une telle position ?

Ce n’est pas tant le déficit prévu qui est en cause que son contexte. Le déficit proposé par l’Italie est de 2,4% du PIB, à comparer aux 2,8% annoncés par la France. Mais l’Italie tangente les 131% de dette sur PIB (contre près de 99% pour la France) et l’UE espérait 3 fois moins de déficit public dans la péninsule.

Surtout, la France met en exergue que sur les 2,8%, une partie est exceptionnelle. En 2019, il y a la juxtaposition de la fin du CICE et des allègements de charges, ce qui pèse 0,1% du PIB. Mais en réalité, le déficit structurel de la France ne baisse pas suffisamment au regard des normes européennes.

La Commission européenne donne l’impression de clémence vis-à-vis du gouvernement Macron, dont le Commissaire européen est proche idéologiquement, et de fermeté vis-à-vis de l’Italie, qui s’affiche comme eurosceptique. Ce « deux poids deux mesures », selon l’affichage pro-européen ou non des pays, risque de brouiller l’image de l’UE à la veille des élections européennes.

Quelle sanction ?

La sanction financière possible est de 0,2% du PIB.

P. Moscovici se pose en donneur de leçon, alors qu’il ne respectait pas lui-même en son temps les critères de Maastricht. En effet, quand il était ministre de l’Economie et des Finances de 2012 à 2014, le déficit de la France a excédé 4,2% du PIB en moyenne (donc significativement au-dessus du plafond de 3% du PIB). Cet ancien sympathisant de la Ligue Communiste Révolutionnaire critique aujourd’hui les dépenses sociales de l’extrême gauche italienne.

La France à l’abri ?

Pour l’instant, l’équipe européenne actuelle est conciliante avec les dépassements français. Mais les cartes européennes seront rebattues aux prochaines élections de mai 2019.

Aucune des quatre promesses de baisses du candidat Macron n’est tenue en la matière : les dépenses publiques continuent de dériver alors que l’inflation est contenue, le montant des prélèvements obligatoires dérape d’une vingtaine de milliards d’euros par an, le déficit public réaugmente en 2019, et la dette est hors contrôle tangentant les 100% du PIB.

Pour l’avenir, les conditions économiques favorables de 2017 lorsque E. Macron a accédé au pouvoir ne sont plus au rendez-vous : croissance de l’inflation, du prix des hydrocarbures, évolution du pouvoir d’achat compliqué en conséquence, guerres commerciales de D. Trump, perte de soutien dans l’opinion, politique fiscale contrainte (comme l’allègement de la taxe d’habitation torpillée par beaucoup de mairies), etc.

Quels impacts ?

Bien sûr, les conséquences immédiates sont la dégradation de la note de l’Italie, et la hausse du spread de taux italien, approchant les 340 points de base. Cela aggrave le climat des bourses mondiales qui ont déjà perdu 10% depuis début octobre.

Certains reparlent même de « l’Italexit ». Ajouté aux actuelles vicissitudes de l’Union Européenne (Brexit, invectives entre « démocrates » et « nationalistes », fragilité des coalitions en Espagne et en Allemagne, etc), ce serait la fin du projet européen. Dans ce contexte de crise migratoire en Italie, l’UE et l’Italie jouent avec le feu. V. Orban en vient à comparer l’UE à l’Union Soviétique. Assistera-t-on finalement à une clémence de Titus* de la part de l’Europe ?

*La clemenza di Tito : Opéra en italien de W.A. Mozart sur des trahisons amoureuses. Pour spoiler la fin, Titus pardonne tout sous les acclamations de ses sujets, pour ne pas régner en tyran.

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