Italie : quelles leçons pour la France ?

La coalition hétéroclite de droite et d’extrême droite est arrivée en tête (37%) des dernières élections italiennes. Cinque Stelle (dont le fondateur Beppe Grillo rappelle Coluche, d’ailleurs italien d’origine), qui a pourtant mal géré la ville de Rome notamment, est à elle seule à 32%. Le parti démocrate au pouvoir ne finit que sur la 3ème marche du podium à 19%.

Une Italie populiste ingérable

Cette élection plonge l’Italie dans l’incertitude (il faut plus de 40% des votants pour avoir le contrôle). « Bordello » (« Fiasco » serait plus châtié) lit-on en Italie. Le pays sera ingouvernable. Ce n’est pas forcément grave pour l’économie. L’Espagne, la Belgique ou l’Allemagne se sont plutôt bien (voire mieux) portés sans gouvernement.

De toute façon, la part du PIB échappant à la réglementation est considérable (13Md€ estimés pour la seule industrie du crime). A Naples, certaines arrivées de drogues sont saluées par des feux d’artifice…

Quelle coalition ?

Soit le parti 5 étoiles (dont le chef Luigi di Maio n’a que 31 ans), parti anti-système et anti-européen, se coalise avec un de ses ennemis d’hier, soit M. Renzi (ou son successeur puisqu’il vient de démissionner de la tête de son parti) trouve un accord avec tout ou partie de la coalition de droite. En fonction du choix, le risque d’« Italexit » pourrait ressurgir.

Cela ne serait pas raisonnable, car le système financier italien n’est pas résiliant en « stand alone ». Autrement dit, la dette (130% du PIB) trouverait difficilement à se refinancer en dehors de la zone euro et, a fortiori, si l’Italie tentait de sortir de l’UE. Les banques italiennes, souvent chargées de « non performing loans » (créances douteuses), résisteraient mal à la hausse des taux que de tels scenarii engendreraient.

En attendant, S. Mattarella, le président italien, pourrait demander à P. Gentiloni (l’actuel président du Conseil) de rester le temps de gérer les affaires courantes et de trouver un nouveau gouvernement acceptable par les Assemblées.

Impacts pour l’Europe

Au-delà des effets dans la péninsule, l’Union européenne est touchée. La majorité des électeurs s’est en effet portée sur des eurosceptiques.

M. Renzi (parti démocrate) était jeune (39 ans à son accession au pouvoir, comme EM), pro-européen et « In Cammino » (En Marche). Sa réforme du droit du travail, son penchant vers le centre droit, et son référendum institutionnel raté, ont divisé par 2 son parti à 19% des votants. Le début fulgurant de M. Renzi rappelle étrangement le parcours d’E. Macron.

Les partis traditionnels pro-européens sont fragilisés. Même en France, aux législatives et au premier tour de la présidentielle, les extrémistes et abstentionnistes étaient majoritaires. Le seul signal positif vient d’Outre-Rhin. L’Allemagne va retrouver une « große Koalition » et mi-mars, A. Merkel sera confirmée Chancelière à sa tête.

L’UE peut s’en prendre à elle-même, car son soutien aux Italiens et aux Grecs face aux vagues de migrants n’ont pas été à la hauteur (peu d’aides policières et administratives aux frontières, répartition limitée de la charge des migrants, etc). Dans un pays vieillissant comme l’Italie (qui a perdu 100 000 habitants l’année dernière), le fantasme du grand remplacement a été alimenté. Les populismes s’en sont accrus d’autant.

Dans ce contexte, la France ne pourra plus s’allier avec l’Italie pour peser face à l’Allemagne…

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