La crise de 2020

Comme disait Coluche, « les milieux autorisés s’autorisent à penser » qu’une crise financière devrait survenir en 2020. Quel pourrait en être le mécanisme et les conséquences ? L’objectif n’est pas de participer à un quelconque déclinisme ou même pessimisme, mais de sortir du négationnisme ambiant et de se préparer à l’inéluctable correction qui va s’opérer.

LE MECANISME

Les causes

La crise de 2008 n’a pas été traitée mais repoussée -en aggravant la suivante- par une inondation de liquidités par les banques centrales. La Federal Reserve s’appuie sur un état fédéral coordonné des points de vue budgétaire, financier, social, et économique. En revanche, la BCE n’est qu’une instance monétaire pour 19 des 28 pays de l’UE. L’Euro a été un succès mais n’a pas détrôné le dollar comme instrument d’échange, de mesure (pétrole toujours libellé en dollars), ni de réserves. L’euro ne s’appuie que sur des coordinations limitées de l’UE : budgétaire (plafonds de 60% de dette/PIB de Maastricht non respectés), financière (Europe bancaire pas achevée), économique (simple principe du libre échange) ou sociale (directives type Bolkenstein).

Quand il s’agit de conduire une politique monétaire « ultra-accommodante » (pour ne pas dire laxiste), les marchés applaudissent. Mais pour ce qui est du retour à la normale, c’est terra incognita. La BCE, qui a déjà épuisé ses munitions (quantitative easing et taux réels négatifs), ne pourra pratiquement rien faire. Dès que M. Draghi partira (dans un an), il n’y aura plus l’impératif « whatever it takes », de noyer ses actes passés (affaires italiennes et grecques, MPS, etc), et la crise aura le champ libre.

Sauf survenance d’un « cygne noir », les déclencheurs potentiels de la prochaine crise sont largement connus (tassement de la bulle mondiale des dettes, faillite d’un pays émergent, hausse des taux mal contrôlée, crise européenne, bulle boursière USA, décélération des PIB suite à la guerre commerciale de D. Trump, …).

Quels marchés seront touchés ?

Les superviseurs pointent du doigt ce qu’ils ont moins sous leur contrôle (shadow banking, immobilier, …), mais en réalité, c’est l’ensemble des marchés financiers qui est en risque. Bien d’autres bulles sont constatées : celle du digital (qui rappelle la bulle internet), celle des pays émergents, ou celle des USA. La multiplication des cours du S&P par plus de 4 depuis la dernière crise, dopés par un dumping fiscal et budgétaire de D.Trump, n’est pas un rythme tenable.

L’idéal serait l’hypothèse d’un retour à la « normale ». Mais si l’on prend comme normale une moyenne, cela dépend de la période choisie. De plus, la normale est que les marchés sont irrationnels. Vers 2001 et 2008, les indices (CAC 40 par exemple) ont perdu au pire près de 60%*. Mais, les indices européens ayant moins progressé que leurs homologues américains, on pourrait espérer une correction moins forte. En revenant à ses planchers précédents, le CAC 40 (environ à 5 400 aujourd’hui) ne perdrait « que » 50%.

LES CONSEQUENCES

Bien sûr, avec un choc sur les marchés financiers, le refinancement des entreprises, le PIB, l’emploi, et la stabilité politique plongeront dans une nouvelle crise.

Le chômage

En France, l’évolution du chômage est asymétrique (il s’accroît plus vite qu’il ne diminue), mais aussi plus amorti. Ainsi, il progresse et décroît moins vite que les autres pays, qui sont plus réactifs. Au global, il a tendance à moins s’améliorer en période de croissance (cette année 2018, il est prévu de stagner à 8,9%). Les facteurs explicatifs sont connus : faiblesse de la compétitivité (poids des prélèvements obligatoires, bureaucratie), avantages donnés aux bas salaires (alors que les pays développés doivent se positionner sur les emplois à haute valeur ajoutée), indemnisation durablement généreuse, poids des cotisations sociales. L’actuel gouvernement s’est attaqué à ce dernier fléau, et discute sur l’Unedic. Mais, usant d’une politique de petits pas, il n’a pas pleinement profité de l’embellie européenne pour faire reculer le chômage.

Les populismes

Les vagues populistes sont déjà animées par la phobie des migrations, par le rejet des partis traditionnels, souvent perçus comme corrompus ou ayant échoué, par la poussée identitaire de pays qui ayant vécu dans l’empire soviétique, supportent mal la centralisation à Bruxelles (notamment les membres du groupe de Visegrad versus UE), mais aussi par des crises financières (Grèce).

La prochaine crise financière, combinées à ces facteurs « favorables », pourrait faire basculer l’Europe vers une majorité de populismes eurosceptiques. Cela pourrait aboutir à un détricotage de l’UE, institution pourtant nécessaire pour avoir la masse critique face aux USA ou à la Chine.

Les coupables de la crise de 2008 n’ont pas été punis. Il est fort à parier que ceux de la prochaine crise ne le seront guère plus. Au contraire, les banquiers centraux et les superviseurs ne manqueraient pas de demander des pouvoirs accrus.

Que faire ?

Micro-économiquement, avant que les taux ne remontent, il faut immuniser au risque de taux ses bilans corporate et privés, quitte à emprunter. Vendre à découvert n’est en revanche pas conseillé, puisqu’on ignore la date de déclenchement de la prochaine contraction.

Macro-économiquement, ce serait une fenêtre de tir pour consolider l’UE, maintenant que le Royaume-Uni ne sera plus membre (achèvement de l’union bancaire, convergence budgétaire, fiscale, économique, sociale, etc).

*CAC 40 à plus de 6600 début août 2000, et à moins de 2700 en mars 2003.

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