La dette atteint 100% du PIB

Avec 2 319 Md€ de dette publique (le décompte est donné en temps réel sur un site dédié), la France vient d’atteindre les 100% de dette/PIB.

Elle rejoint un peloton de queue bien inquiétant (Grèce, Italie,…), bien loin du plafond de 60% de Maastricht*. Jusqu’ici, l’Agence France Trésor place sans difficultés la dette de l’Etat. Le malheur d’autres pays en faisait même une valeur refuge. Par exemple, quand le taux des émissions de l’Etat italien a augmenté à 3%, le nôtre se tassait.

Ces 100% ne prennent pas en compte les dettes en « hors bilan » de l’Etat, telles que listées dans le « jaune budgétaire » (par exemple les engagements sociaux à l’égard des fonctionnaires est de l’ordre de 1500Md€). Cela ne tient pas en compte des dettes « cachées », comme le coût de restructuration des centrales nucléaires (très sous-évalué aujourd’hui), qui impactera indirectement l’Etat. Il faut tenir compte des nouveaux grands plans d’investissements promis par E. Macron.

La dette sur PIB s’établissait à 96,6% lors de l’accession au pouvoir d’E. Macron. En tenant compte de la reprise de dette de la SNCF (non pas par erreur de l’INSEE, comme lu dans les médias, mais parce qu’il y a des normes Eurostat), la dette s’élève à 98,5% sur base fin 2017. Le programme présidentiel affichait au contraire un objectif de baisse de 5 points du ratio de dette/PIB.

Les agences de notation n’ont pour l’heure pas dégradé la note de la France. Mais, comme DBRS, elles doutent de la capacité du gouvernement à tenir ses engagements de réductions des dépenses publiques.

Déficit public croissant

Le déficit public pour 2019 serait en croissance dans une fourchette de 2,6 à 3% du PIB. La Commission Européenne avait salué l’amélioration budgétaire de l’hexagone en 2017.Mais elle sera doublement vigilante : le déficit structurel ne va pas baisser de 0,6%, et la dette tangente les 100%. P. Moscovici, Commissaire Européen socialiste, avait été clément pour la sortie de la France de la procédure pour déficit excessif. Mais, l’approche des élections européennes pourrait compliquer les positions.

La dette est alimentée par les autres déficits à combler de droit ou de fait : collectivités locales et hospitalières, organismes sociaux, entreprises à recapitaliser : 2,5Md€ pour Orano (ex-Areva, dont le Premier ministre était le lobbyiste), éventuellement EDF, voire la CDC/La Poste selon le montage retenu,… Compte tenu de l’ingérence croissante de l’Etat dans la gestion de l’Unedic (supposée paritaire donc privée), on s’approche de la gestion de fait. Les probables 38Md€ de dettes de l’Unedic pourraient être un jour à prendre en compte.

Inversement, du côté de la capacité de résorption de cette dette, le produit des privatisations (au moins 2 cessions prévues dans la loi Pacte) est déjà fléché vers les fonds d’investissement et ne permettront pas un désendettement.

La Cour des Comptes et divers think tanks pourront établir de nouveaux constats d’alerte, mais les précédents n’ont pas été pris en compte. Pour avoir une vision holiste de la situation financière du pays, il faut ajouter à ces dettes, celles des particuliers et des entreprises.

Un risque européen et mondial

Dans le monde, la dette totale (public + ménages + entreprises non financières) a augmenté à 242% du PIB en 2017. En cas de crise, les autres pays auront déjà fort à faire avec leur propre dette. A l’échelle de l’Union européenne, voire de la zone euro, la taille maximale gérable est la Grèce. L’Italie est hors d’atteinte d’un plan de sauvetage, alors la France…De plus, E. Macron a adopté une posture de conflit avec des pays européens « populistes ». Il ne faudra pas attendre de solidarité de leur part.

D.Nouy, la responsable de la supervision bancaire européenne, a lancé une alerte sur la bulle de l’immobilier. Le problème se situe en amont : c’est la politique ultra accommodante de la BCE (2 200 Md€ de liquidités injectées), qui a créé une bulle financière dans la zone euro.

L’euphorie consistant à dépenser sans compter tant que les taux de refinancement étaient proches de zéro (taux négatifs à moins d’un an et de l’ordre de 1,5% à 30 ans) va s’achever. La BCE doit arrêter ses injections de liquidités à la fin de l’année. M. Draghi va quitter sa présidence de la BCE dans un an. Il ne sera plus là pour pousser au quantitative easing (QE) masquant les difficultés de ses anciens dossiers grecs et italiens. Les marchés ne disposent d’aucun track record de sortie d’un tel QE pour se rassurer.

10 ans après la crise des subprimes et la faillite de Lehman Brothers, la finance s’estime plus solide avec un renforcement prudentiel (Bâle3/CRD4, Solvency2, Mifid2). Mais les risques et donc les protections nécessaires ont changé. En ce centenaire de 1918, on sait que la ligne Maginot aurait été adaptée pour le front de la grande guerre, mais pas pour les chars de la 2ème guerre mondiale.

Pour sortir de cette fuite en avant de l’endettement, laisser filer les taux est une tentation. Le coût serait alors essentiellement porté par les épargnants (dévalorisation des obligations) et les citoyens (perte de pouvoir d’achat, due à l’inflation). Le risque deviendrait alors politique.

* Le plafond théorique de 60% de dette/PIB de Maastricht s’entend sur le périmètre des administrations publiques, à savoir Etat, collectivités locales et administrations de sécurité sociale.

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