La dette c’est grave

Un courant d’économistes irresponsables répand la « fake news » selon laquelle la dette serait un faux problème. Cette contre-vérité est reprise par des médias sérieux, mais surtout très subventionnés.

L’idée part de l’équation donnant l’évolution de la dette publique d’une année sur l’autre :

  • Elle s’accroit du taux d’intérêt souverain (aujourd’hui moins de 0,55% à 8 ans en France).
  • Elle s’accroit aussi du déficit primaire (déficit public moins charge de la dette qui vient justement en déduction).
  • Elle augmente du déficit primaire, qui diminue si le taux de croissance de l’économie (base des recettes fiscales) est supérieur au taux d’inflation des dépenses.

Si le déficit primaire arrive à être nul, si le taux de croissance est supérieur à l’inflation, et si les taux d’intérêts souverains sont proches de zéro, alors un niveau de dette excessif (on lit parfois 90% du PIB, mais cela dépend du contexte de chaque pays) ne serait pas grave.

Danger en France

Conclure de ce raisonnement que la dette serait un faux problème est spécieux, car supposent réunis plusieurs paramètres, qui ne le sont en pratique pas tous :

  • La France voit son PIB décélérer de 2,3% en 2017, à 1,3% en 2019, selon les prévisionnistes internationaux. Le gouvernement a préféré une prévision de 1,7%, mais cela n’est considéré comme ni sincère ni réaliste compte tenu du ralentissement européen et du Brexit.
  • L’inflation a certes décru de 2,3% à 1,2% selon l’INSEE.
  • Les taux d’intérêts de l’Etat Français sont certes proches de zéro (0,53% sur 8 ans). L’Agence France Trésor vient même d’émettre des obligations sur 30 ans à 1,6%, ce qui dénote une grande confiance dans l’Etat français, ou plutôt un grand appétit à replacer des liquidités abondantes, quand l’Allemagne n’émet pratiquement plus en net.
  • La dette publique atteint désormais 100% du PIB, contre un objectif de 60% selon les critères maastrichtiens. L’Allemagne est d’ailleurs revenu à ce taux de 60% de dette sur PIB.
  • C’est surtout le dernier paramètre qui fait défaut. Le déficit est prévu à 3,2%, plus la probable dégradation entre l’atterrissage réel et la prévision. Même si l’on tient compte de 0,9% de dépenses exceptionnelles en 2019 (chevauchement du CICE et des allègements de charges), le déficit est largement supérieur à la diminution promise par le candidat E. Macron et exigée par Bruxelles.

Une menace mondiale

La Coface a produit son évaluation des risques de crédits des entreprises par pays. En Europe, l’Italie, mais aussi la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie ont des risques « convenables », sans compter la Grèce, aux risques encore élevés. Mais au-delà, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) présentent des risques assez élevés.

La finance mondiale vit sur des records de bulles de dettes (publiques, entreprises, particuliers), représentant au total 325% du PIB mondial. Elles ont été encouragées par des « quantitative easing » des principales banques centrales (2600Md€ pour la seule BCE).

En réalité, la création de dette ne serait pas inquiétante si elle finançait des investissements de long terme. Mais aujourd’hui en France, elle correspond à des dépenses courantes. L’argent ainsi dépensé en pseudo relances keynésiennes est perdu pour l’avenir du pays.

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