La disruption digitale

Faute de « révolution » par la politique, malgré les promesses électorales*, les disruptions viendront du digital. D’ailleurs, le fonds pour l’innovation de rupture est devenu plus sagement le fonds pour l’innovation et l’industrie. Le Conseil de l’Innovation sera tenu par des proches d’E. Macron, en comprenant notamment 5 ministres et secrétaires d’Etat.

L’accélération disruptive est plutôt à prévoir par l’explosion à venir des capacités des ordinateurs. Même s’ils ne sont pas encore commercialisés, les développements ont été réalisés dans l’ordinateur quantique (cf la Gazette), le neuromorphique ou l’optique au cœur des processing units.

Un jeu européen

Les GAFA et consorts ont gagné à Bruxelles une bataille face aux auteurs et éditeurs. A l’ère du numérique, le Parlement européen a rejeté le projet de réforme des droits d’auteur. L’enjeu est financier en termes de droits, mais aussi en termes de responsabilités. Les Gafa ont des statuts d’hébergeurs passifs, peu responsables des contenus hébergés.

Mais, l’UE n’abandonne pas la partie face aux GAFA. La Commission européenne inflige à Google une amende de 5Md$ pour abus de position dominante avec son système d’exploitation mobile Androïd.

Alors que les discussions sur le Brexit battent leur plein, les Secrétaires d’Etat du digital français et britanniques ont convenu d’un partenariat de recherche entre DATAIA (consortium de Paris Saclay, avec l’INRIA et d’autres grandes écoles) et l’Institut britannique Alan Turing.

La société en disruption

Les impacts des nouvelles technologies sont innombrables : tourisme en réalité virtuelle, télémédecine, robots tueurs pour l’armée, nouvelles technologies dans l’industrie, modélisation 3D dans l’architecture, recrutement par IA, reconnaissance faciale (salut Big Brother), alimentation (les steaks végétaux, l’agriculture par drone et l’irrigation informatisée par gouttes), organisation de la société… A cet égard, il ne s’agit pas simplement de l’émergence de Chief Transformation ou Digital Officers, mais du passage d’organisations pyramidales ou matricielles à des organisations « neuronales » (en réseau).

Les transports seront modifiés : à long terme avec hyperloop, sans compter les vols sur Mars à la marge, et à court terme avec les véhicules sans conducteurs (pas encore au point selon la Fondation MAIF).

Dans l’éducation, les Mooc se sont peu développés, mais puiser l’information sur le net est la règle. La presse écrite n’est pas rentable (en dehors des subventions par l’Etat, voire par de grands milliardaires). Mais l’information instantanée sur internet, alimentée par netvibes ou autres, ringardise les formes plus lentes. La contrepartie est une exploitation publicitaire digitale que l’on ne maîtrise plus.

Par réaction face à cette vie transformée, accélérée et à la visibilité globalisée, une « slow économie » devrait se développer. Elle se doublera d’une recherche de sens, avec le « Tech for good » : éthique des entreprises (il ne s’agit pas de se donner bonne conscience, en l’inscrivant dans le statut des sociétés). On a constaté des fuites de données (Exactis, Typeform,…) ou des utilisations indésirables des bases de données (Facebook). Il faut se prémunir en droit (RGPD est une contrainte administrative, pas une protection), mais surtout dans la vie quotidienne (traçabilité, etc).

La finance impactée

Dans l’assurance et la finance, les développements sont en cours: tarification et sélection par big data, internet objets pour le suivi des risques, robo-advisors, IA en gestion d’actifs, etc. Les blockchains (crypto monnaies, ICO,…) se cherchent encore, dans un cadre juridique fluctuant.

Les plates-formes vont faire passer d’un modèle de propriété à un modèle d’usage (Uber ou Blablacar pour la voiture, AirBnB pour la location saisonnière, Leboncoin pour l’achat vente, etc). Le financement (plus rien à acheter) et l’assurance (de l’usage) doivent s’adapter.

Les avancées de l’Intelligence Artificielle et du Big Data font reculer l’incertain et donc une part de ce que l’on pensait un « aléa ». Certains risques ne sont plus assurables puisque de probabilité 0 ou 1 (par exemple, on n’assure plus la natalité, depuis que l’on maîtrise la conception et la contraception). En revanche, la prévention se développera.

Les normes prudentielles, comme solvabilité 2, exigent d’estimer les risques. Les superviseurs ont privilégié une approche stochastique pour ne pas se limiter aux scénarios simples ou centraux, et pour inclure les scénarios les plus risqués. Cela supposerait que l’on génère des scénarios financiers à plusieurs niveaux : par exemple 1000 scénarios jusqu’au 31 décembre, et sur chacun de ces 1000 scénarios, 1000 scénarios pour l’année suivante afin notamment d’évaluer leur sensibilité. Cette approche (stochastique dans le stochastique) suppose de faire 1 000 000 de tests. Aujourd’hui, les organismes d’assurance ne le font pratiquement pas (en fait, on n’applique pas vraiment solvabilité 2). Avec un ordinateur quantique, on pourrait non seulement le faire, mais généraliser dans le temps et en intégrant les autres dimensions de risques.

*Sur 10Md€ promis pour le fonds de l’innovation (à financer par des privatisations pas encore votées), on aurait finalement 250M€ d’investissements par an.

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