La finance dans le désordre européen

Trompe l’œil de la réunion européenne

Après l’échec du G7, causé par D. Trump, la réunion des 28 et 29 juin a été accaparée par les migrants. L’UE peine notamment sur l’Europe financière : pas de budget de la zone euro (ce serait pourtant utile, comme pour l’Europe de la défense), plus de discussions que de complétion de l’union bancaire (pas de garantie paneuropéenne des dépôts bancaires), pas de ministre des finances de la zone euro, pas d’émissions obligataires de l’UE, etc

Les projets d’Europe financière d’E. Macron sont, sinon en utopie (l’UE reste le lieu à rêver), du moins en euchronie (ce n’est encore pas le bon moment).

Zone euro : revoyure fin 2018

En marge du sommet européen des 28 et 29 juin, le sommet de la zone Euro s’est penché à nouveau sur l’Union Bancaire. Il est envisagé de boucler le cadrage du fonds de résolution unique (SRF) en décembre 2018, avec une réforme de l’ESM (Mécanisme de Stabilité Européen).

Mais, il reste à reprendre les négociations sur le mécanisme de garantie des dépôts (European Deposit Insurance Scheme). Par ailleurs, l’Eurogroup se félicite de l’accord sur la dette grecque. La Grèce va se en effet se refinancer sur les marchés. Mais est-ce vraiment la fin des problèmes grecs ou les échéances ne sont-elles qu’à nouveau repoussées ?

Attracteurs étranges*

Paris Europlace tient son forum financier international le 11 juillet au pavillon d’Armenonville. Le sujet du moment pour la place financière de Paris est d’attirer les « Brexiters ». A de Romanet (DG ADP, ex DG de la CDC) doit prendre la présidence de Paris Europlace. Or, en matière d’attractivité, c’est ce que les anglo-saxons appellent parfois les « inarks » (les énarques), en préférant les éviter.

La Federal Reserve va continuer à augmenter ses taux. La Chine va moins acheter de Treasury Bonds. Le budget américain dérape (diminution massive des impôts et hausse des budgets). Les taux de marchés aux USA pourraient remonter trop rapidement. De sévères corrections seraient alors à attendre, alors que les marchés sont au plus haut.

« Cà va mieux »

Le «  ça va mieux » en France, adressé aux partenaires internationaux, bute sur le réel. La France reste en effet macro économiquement dans les mauvais élèves de l’UE : dette publique à 97%, déficit à peine inférieur à 3% (dont 2% de déficit structurel), chômage à près de 9%, prélèvements obligatoires records pour des dépenses publiques à 56,7% du PIB, inflation en hausse à 2% (la hausse du prix du gaz de 7,45% au 1er juillet est un signe) pour une croissance ramenée à 1,7%, ralentissement de 6% de la construction (un signal pour l’économie),…

La Cour des Comptes invite le gouvernement à modérer les dépenses publiques plutôt qu’à laisser filer les prélèvements au gré de la croissance. Selon la Cour des Comptes, les prélèvements obligatoires risquent de ne pas baisser autant que promis. La croissance économique avait dopé les recettes fiscales. Faute de trancher de vraies économies, Bercy est tenté de couper dans les « dépenses fiscales » que sont les niches fiscales. Sauf qu’il ne s’agit pas en réalité de dépenses, mais de moindres recettes. Les prélèvements obligatoires ne vont alors pas baisser, au contraire, et les dépenses ne seront pas modérées.

Quelle conséquence sur les taux ?

La bulle de dette causée par les taux bas affecte la dette publique, mais aussi l’endettement des entreprises et des particuliers. Les banques ont plus renforcé leurs fonds propres (CET1 notamment) que leurs engagements. Le risque systémique porte plutôt sur les débiteurs. Il faut néanmoins relativiser, puisque l’épargne des ménages vient de dépasser les 5000 Md€. L’épargnant risque de payer le retour des taux d’intérêts à la normale.

Pour les établissements de crédit, c’est plus subtil. Il leur faut relever le triple défi du monde bancaire: réglementation, taux bas, et digital. Les incertitudes européennes et internationales rajoutent une dimension aléatoire à ces défis.

* Modèle-jouet mathématique d’E. Lorenz pour modéliser les convections atmosphériques, entre théorie du chaos et effet papillon. Cela peut aussi modéliser certains marchés financiers.

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