La poudrière perse

Les manifestations sporadiques en Iran paraissent lointaines et anecdotiques. La mobilisation s’y cristallise autour du pouvoir d’achat (aggravé par des faillites bancaires), mais aussi contre le régime politique du président H. Rohani, qui dépense beaucoup militairement au Moyen-Orient.

Or, les risques tectoniques géopolitiques sont majeurs en ce pays habitué aux séismes. Ce sont également des manifestations qui avaient fini par balayer le régime du Shah en 1979. Celles de 2009 contre M. Ahmadinejad, plus radical que l’actuel H. Rohani, avaient rassemblé des millions de manifestants.

Une ceinture de feu islamique

L’Iran reste le pays charnière entre le Proche-Orient (dans lequel il interfère militairement) et l’Asie (notamment l’Inde qui comprend une communauté Farsi, et la Chine via le Tadjikistan, dont la langue est proche du persan). La simple énumération des pays frontaliers du « royaume des Aryens » laisse comprendre l’étendue des possibilités de conflits armés : Turquie qui partage la question kurde, Azerbaïdjan et Arménie d’ailleurs en conflit au Haut Karabakh, Syrie, Irak, Afghanistan tous 3 en guerres civiles, Turkménistan autocratique, Pakistan et ses 210 millions d’habitants, son arme nucléaire et son conflit au Cachemire, sans compter tous les pays de l’autre côté du golfe persique ou de la mer Caspienne.

En Iran, régime théocratique des Mollahs, les Ayatollahs se considèrent un signe de Dieu, comme s’ils préparaient le retour du Mahdi (le 12ème Imam « caché », supposé réapparaître après le chaos et la guerre). Dans ce contexte, la dimension du financement chiite du terrorisme vaut bien celle sunnite de l’Arabie saoudite et du Qatar. Ni la Chine avec ses Ouïghours, ni la Russie avec ses Tchétchènes, ni l’Inde avec sa frontière pakistanaise, ni l’Occident avec son terrorisme ne souhaitent renforcer l’Islamisme radical.

Intrication régionale

Les Chiites sont présents dans le sud de l’Irak, dans une partie du Yémen, à Bahreïn (chiites majoritaires), sans compter les minorités subventionnées du Hezbollah au Liban et en Syrie. L’intrication régionale iranienne est historique (Elamites, Achéménides, Séleucides, Parthes, Sassanides, Mèdes, Omeyyades, Abbassides, Seldjoukides, Timourides, Safavides, Qâdjârs,…). Par ailleurs, l’Iran a aussi une influence linguistique (le Pachtoune en Afghanistan et au Pakistan, ou le Tadjik).

Inversement, l’Iran est sujet à l’activisme des minorités multiformes: les Kurdes bien sûr, mais aussi les Baloutches (tensions au sud-est de l’Iran et au sud du Pakistan et de l’Afghanistan), les Azéris, sans compter la présence d’une minorité arabe… Encore plus que la Syrie, l’Iran est un patchwork d’histoires, de peuplades, de langues et de religions. La poudrière est ici un berceau d’empires s’étalant sur 3 continents depuis Cyrus et Darius.

Un tournant politique

L’Iran s’est ouvert moyennant l’acceptation de contrôles du nucléaire par l’AIEA. Les affaires commerciales et financières ont été libéralisées avec l’Occident avec la levée des sanctions, avant le durcissement de la position américaine par D. Trump, qui entend jeter de l’huile sur le feu.

La concurrence régionale entre la sunnite Arabie Saoudite et le chiite Iran est alimentée par le regain de guerre froide entre la Russie (ragaillardie par la hausse du pétrole, pro-Iran), et les USA (affaiblis par une présidence Trump à la crédibilité hectique, pro-Arabie Saoudite). La situation n’est pourtant pas manichéenne*, mais protéiforme. E. Macron est tenté par une visite en cette année 2018, renouant avec les relations qu’ont instaurées les 2 pays du temps des Safavides et des Lumières.

L’Occident n’a su ni anticiper, ni gérer, ni clore les guerres en Afghanistan, en Irak, et en Syrie. Avec plus de 82 millions d’habitants, l’Iran représente quatre fois la population de la Syrie. Sera-t-on plus prévoyant cette fois ?

*Mani, rénovateur du zoroastrisme, simplifié en une lutte du bien et du mal. Protée, quoique versatile, symbolise aussi le feu sacré cher aux Zoroastriens, adorateurs d’Ahura Mazda.

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