La prochaine crise

Pourquoi une crise ?

Depuis les subprimes et Lehman Brothers, cela fait 10 ans qu’il n’y a pas eu de correction majeure de la finance mondiale. Les arbres ne montant pas au ciel, les cycles économiques corrigent les bulles, et ils durent souvent moins de 10 ans.

Les risques géopolitiques se concrétisent, avec notamment les tensions en Europe (Brexit incertain à 2 mois de la fin des pourparlers), et la « guerre » commerciale de D. Trump à l’égard du reste du monde. Le bras de fer avec la Chine (taxation prévue de 200Md$ d’importations chinoises) est le plus important. D. Trump accentue les tensions avec ses « ennemis » dans les conflits comme en Syrie : la Russie (manœuvres militaires d’ampleur), la Turquie (rétorsion financière), l’Iran (boycott commercial). Les marchés émergents souffrent aussi (les sus nommés et d’autres comme l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Brésil, etc).

Depuis 4 ans, la Federal Reserve contracte son bilan et a commencé sa remontée des taux alors que la Banque Centrale Européenne continue de laisser dériver son bilan par des injections de liquidité et n’a pas initié la normalisation de ses taux. Tout au plus, la BCE pourrait réduire son robinet à 15Md€ par mois d’ici la fin de l’année. Faire perdurer plus longtemps un tel déséquilibre UE/USA menacerait la finance mondiale.

La crise risque d’être multimodale :

  • La hausse des taux, ce qui dévalorisera les portefeuilles d’obligations, de prêts et d’actions. La question se pose notamment pour les prêts aux entreprises qui ont cru beaucoup plus que l’économie.
  • Une crise des marchés émergents.
  • Les autorités de surveillance bancaire alertent sur le risque de bulle de l’immobilier. Sans être improbable (on a connu la crise des subprimes), pour les détenteurs qui ont souscrit un prêt à taux très faible, la perte en immobilier sera largement compensée par la dévalorisation de leur dette.
  • Les valorisations stratosphériques des actions des sociétés innovantes. La capitalisation des Gafam* représente plus de 2 fois le PIB de la France. E. Musk (Tesla) montre que certains groupes récents peuvent plonger. On se souvient de l’éclatement de la bulle internet en 2000.

Une vulnérabilité européenne et française

Avec l’Euro, la France ne dispose plus de l’arme de la dévaluation. Elle n’a pas profité de l’expansion économique post crise pour réformer (diminuer ses contraintes fiscalo-administrées qui handicapent sa compétitivité), afin de croître son PIB et de diminuer le chômage. Avec une dette publique sur PIB de près de 100% et un taux de chômage au-dessus de 9%, les paramètres économiques français sont aujourd’hui bien pires qu’avant la crise de 2008.

Les banques et les assureurs disposent de plus de fonds propres règlementaires par Bâle 3 et Solvabilité 2. Mais ce sont des normes en valeurs de marché, qui vont justement s’effondrer en cas de crise. Affirmer que la finance est plus solide qu’en 2008 pour affronter la prochaine crise relève du plaidoyer pro-domo de la BCE.

Contrairement aux dernières crises, notamment grecque, la BCE n’a plus de marge de manœuvre. Elle a, en quelques années, gonflé son bilan de plus de 2200Md€, et ses taux directeurs sont nuls. Ce quantitative easing n’a pas dopé la croissance, notamment en France. En effet, une grande partie des liquidités n’ont pas été investies dans l’économie réelle, mais sont allées gonfler les prix des actifs financiers.

Les conséquences

La prochaine crise pourrait ainsi combiner les caractéristiques de plusieurs crises précédentes, dans un contexte où la zone euro et particulièrement la France seront dépourvues de défenses, pour avoir gaspillé les moyens à mettre en oeuvre.

Les conséquences de la prochaine crise se cadenceront dans un phasage prévisible : des krachs financiers, entraînant des dépressions économiques, puis de graves répercussions sociales et enfin des chaos politiques. Contrairement à l’épisode grec, ni l’UE, ni la BCE, ni le FMI n’auront les moyens de compenser une crise majeure touchant la France et a fortiori l’Europe.

*GAFAM= Google (alphabet), Amazon, Facebook, Apple, Microsoft.

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