La supervision s’interroge sur la finance digitale

Après l’industrie financière, la révolution digitale impacte les régulateurs (regtech) et les superviseurs (suptech). Le mouvement impacte non seulement l’Occident mais même la Chine. L’Empire du milieu vient d’interdire les « Initial Call Offerings », moyens combinant les levées de fonds (type IPO) et les monnaies virtuelles assises sur le blockchain  (type bitcoin).

Les superviseurs s’inquiètent

La Banque des Règlements Internationaux (BRI) vient d’émettre un rapport sur les fintechs. La BRI abrite essentiellement le Comité de Bâle qui traite de la régulation bancaire à l’échelon mondial, mais les observations sont largement valides pour le reste de la finance (assurance, gestion d’actifs).

La BRI tente de cartographier quelles sont les fintechs dans le crédit (crowdfunding, banques mobiles,…), les paiements (monnaies digitales, paiement par mobile), la compensation (plateformes), la gestion d’actif (trading haute fréquence, robo advisors) et les fonctions services supports (cloud, intelligence artificielle, internet objets, big data, machine learning, modèles prédictifs, écosystèmes, agrégateurs,…). Au passage, le cloud  n’est pas vu ici comme seulement du stockage externalisé mais aussi des services : sécurisation, applications, gestion des données,…

Le Comité de Bâle vise la finance mais a oublié l’assurance et donc les assurtechs. A l’échelon européen, l’EIOPA (superviseur des assureurs) et l’Esma (supervision de la gestion d’actifs) avaient mené une consultation sur la compétition et l’innovation apportées par les Fintechs, en réponse à la Commission européenne. L’EBA avait produit également un « discussion paper » sur le sujet des Fintechs.

Les scénarios du digital selon Bâle:

–          victoire des banques « traditionnelles », du fait de leur connaissance, intégrant ces nouvelles technologies et formant ainsi de « better banks ».

–          victoire des « néobanques », avec des services limités sur applicatifs (Orange Banque par exemple, en attendant les autres opérateurs).

–          Des banques distribuées par des interfaces digitales (Plate formes, réseaux, Robo advisors offrant des gammes multiples) et devenant des prestataires parmi d’autres.

–          Banques reléguées comme prestataires d’agrégateurs. Les banques sont protégées sur ce qui rapporte le moins : le portage du risque. La marge se ferait sur les intermédiaires qui proposeraient des services (Google, …).

–          Banques désintermédiées (les fintechs apportant tout le service).

Opérationnellement ?

Le scénario qui se dessine est plutôt l’imbrication des scénarios avec rachats de structures par les « traditionnels » et des investissements dans ces start-up. A cet égard, le nombre de levées de fonds s’est tassé en 2016 (à 1076 d’après KPMG).

La résultante serait une co-opétition entre structures traditionnelles et digitales, mélange de coopération et de compétition, toujours mouvante.

Coté assurance, beaucoup de déclarations sont faites, mais l’essentiel des changements reste à venir. Les mouvements chez les Chief Digital Officers montrent qu’ils sont plus attachés à des challenges du digital qu’à un groupe en particulier.

Plus fondamentalement, l’assurance dommages, avec tous les capteurs, pourrait connaître une accélération des déclarations de sinistres à court terme. A plus long terme, l’Internet of Things pourrait induire moins d’accidents, en faisant l’hypothèse que l’essentiel (de l’ordre de 90%) des accidents est d’origine humaine.

La peur de passer à côté des risques du digital

L’objectif pour les banques mais aussi pour les superviseurs est de ne pas passer à côté de la supervision financière des innovations digitales. Or, les plateformes sont plus difficiles à cerner (virtuelles et internationales), qu’un établissement « brick & mortar » avec des fonds propres en dur.

Le comité de Bâle fournit 10 recommandations sur le sujet. Il faut notamment avoir des superviseurs aptes à comprendre les modèles financiers et les technologies, ainsi que des régulations adaptées aux fintechs. Certains pays ont même une supervision spécifique, mais la France a refusé les « sandbox », cette supervision allégée pendant la phase de croissance des start-up.

Les innovations digitales sont porteuses de nouveaux risques:  pour tous, des cyber risques ;  pour les clients garder son « data privacy », et éviter les services inadaptés ;  pour les opérateurs, des risques de profitabilité (voire des remises en cause du business model), et des risques opérationnels ;  pour les superviseurs, une plus grande difficulté dans la traçabilité des financements interdits (LCBFT);  pour les industriels et les superviseurs, l’outsourcing mal contrôlé, et les modèles mal maîtrisés (notamment en gestion d’actifs).

Mais le digital fournit aussi des antidotes et des opportunités : moindres coûts de transactions, processus automatisés, meilleures analyses des données, algorithmes efficients,… Sachons les saisir !

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