La zone euro en risques?

Fermeté de la Fed et laxisme de la BCE

La Federal Reserve vient encore d’augmenter ses taux, dans une fourchette de 1,75% à 2%. Le consensus prévoit encore 2 autres augmentations cette année. Pour autant, cela ne ralentit pas l’économie américaine (PIB à +2,2%). Cela donne à la Fed des marges de manœuvre pour plus tard, puisque si cette économie ralentissait, elle pourrait baisser ses taux.

Pendant ce temps, la BCE se réunit à Riga, en Lettonie. La BCE tarde à diminuer la perfusion (taux de refinancement nul, injection de 30Md€/mois jusqu’à septembre). Pourtant, l’inflation (1,9% en mai) se rapproche du seuil de 2%, et l’économie de la zone euro est en croissance de plus de 2%. Si la BCE attend une amélioration de la gouvernance politique, économique et financière de l’UE, elle peut attendre longtemps.

Pourquoi cette procrastination dans la normalisation ? Tant qu’il est aux commandes, M. Draghi n’a pas intérêt personnellement à un durcissement qui ferait apparaître des difficultés, notamment dans la finance italienne à laquelle il avait pris part. Les drogués aux injections de liquidité insistent sur l’utilité des Quantitative Easing. A court terme, les QE ont bien sûr dopés le crédit. Mais quand il faudra rembourser et désenfler les plus de 4500Md€ de bilan de la BCE, les effets récessionnistes seront d’autant plus important.

La BCE n’ose pas normaliser totalement sa politique monétaire et l’on est reparti pour un nouveau petit plan de quantitative easing mourant à fin 2018 (15Md€/mois d’ici là), ce qui repousse d’autant l’effort de normalisation, en l’aggravant.

En attendant, le TEC 10 (obligations du Trésor à 10 ans) se normalise peu en passant de 0,68% début juin à 0,79% au 13 juin. C’est très en dessous du taux que l’on aurait sans l’Euro.

Risque prudentiel

Les normes prudentielles ont été renforcées avec Bâle 3, mais elles n’appréhendent pas correctement les risques. Des règles de liquidité ont été instaurées, mais les QE fournissent aujourd’hui cette liquidité. Le test qui ferait sens serait d’évaluer la liquidité quand les banques auront remboursé les QE.

Surtout, Bâle 3 n’appréhende pas les risques géopolitiques. Comme les structures européennes financières sont liées, il n’y a pas de prise en compte des risques que fait porter la fuite en avant de la BCE. De plus, les calculs de Bâle 3 en méthode standard sont un simple produit scalaire (de type somme d’encours de crédits*taux de risques réglementaire*8%), sans prise en compte des corrélations des maturités, etc. Depuis solvabilité 2, on sait que le « logiciel » de type Bâle 3 est très lourd, mais trop primitif (même les méthodes avancées) par rapport aux risques actuels tels que l’Intelligence Artificielle peut les appréhender aujourd’hui.

L’euro flottant

L’euro/dollar reste hésitant entre une politique supposée folle de D. Trump qui a de bons résultats économiques et une politique européenne supposée raisonnable qui patine. Sans rejoindre les 1,25$, atteints début février, l’Euro avait cessé sa chute et était remonté à plus de 1,18$. L’annonce laxiste de la BCE a fait baisser l’Euro/Dollar de 1 %.

Ce n’est pas de sa faute, mais l’Euro n’a toujours pas de gouvernance, comme un état fédéral y pourvoirait. L’Union bancaire n’est pas parachevée non plus. En cas de défaut, au lieu de bail-in (les actionnaires et créanciers participent au renflouement), on a assisté à des bail-out (reprises avec intervention de l’Etat). Après le sauvetage de Banco Popular en Espagne et de MPS en Italie, les inquiétudes s’amplifient sur Deutsche Bank.

La zone euro ne s’impose ni comme devise d’échange, ni de stockage face au dollar. La remise en cause de l’accord iranien par les USA montre que l’Occident n’arrive pas à se passer du dollar. L’UE se retrouve contrainte par une décision exogène. Si un pouvoir politique européen faisait la synthèse, il pourrait imposer à l’Iran un sauvetage avec l’euro comme condition. Aujourd’hui, aucun des dirigeants européens (Union, Commission, Assemblée) n’est en position d’imposer les vues de l’Europe.

La zone euro n’a pas apporté la prospérité à ses membres, comparé aux non membres. L’idée était de disposer d’une devise pouvant concurrencer le dollar, presque aussi forte que le Deutsche Mark, accélérant les échanges intra-européens. Pire, les inégalités n’ont pas été gommées au contraire : l’Italie stagne, la France est moins compétitive (production exprimés dans une devise, l’euro, plus forte que du temps du franc), et l’Allemagne accumule les excédents au lieu d’augmenter les salaires.

Fragilités de l’UE

A. Merkel a fini par accepté a minima un fonds européen (utile pour la Défense) et un FME, mais avec des périmètres et des montants limités. Il reste des sujets fiscaux (fiscalisation du numérique, pour ne pas dire GAFA), financiers et monétaires (convergence mais pas transfert). La doxa à Paris est qu’il faut discuter exclusivement avec l’Allemagne. E. Macron explique que c’est un liminaire sine qua non et B. Le Maire est ravi de montrer ses talents dans la langue de Goethe. Mais, si ce dernier se voulait fraternel et pro-européen, l’Allemagne l’est moins.

L’euroscepticisme gagne (Italie et Slovénie, après Hongrie, Pologne, Brexit, etc). Soit on laisse l’Europe en déliquescence, soit on discute avec tous (en évitant tout soliloque à la Sorbonne). Donner des leçons à l’Italie a envenimé les choses.

Les élections européennes seront le test, même si les parlementaires européens n’ont que peu de poids. Une des raisons de la désaffection du projet d’Union européenne est d’ailleurs la non prise en compte des aspirations de ses peuples.

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