L’avenir de la CDC en question

Maintenant que la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) a un chef, il faudrait une vraie feuille de route. Comment faire le tri entre ses missions hétéroclites et les promesses politiques ?

Une nomination laborieuse

La CDC est coutumière de nomination à l’entregent. En 2014, P.R. Lemas et J.P. Jouyet ont échangé leur poste de secrétariat général de l’Elysée et de DG de la CDC.
Une certaine presse a pu se délecter des atermoiements dans le dossier de la succession de P.R. Lemas, prorogé malgré la limite d’âge, pour un poste refusé par plusieurs profils approchés. Le Château a donc dû se résoudre à proposer le proche de G. le Gendre (E. Lombard), en dehors de la « short list » initiale.

E. Lombard « cochait plusieurs cases ». Il est dans la mouvance des rocardiens-post-straus-kahniens–gracques, mais il est perçu comme plus proche de M. Sapin que d’E. Macron. La HATVP n’a pas considéré comme un conflit d’intérêt son financement de la société de G. Le Gendre (président du Conseil de surveillance de la CDC) quand il était à Generali France. Il ne lui reste plus que le passage via la docile Commission des Finances de l’Assemblée, qui se fera comme une lettre à la poste.

Il va quand même atterrir dans une chasse gardée de l’ENA, choisie souvent par défaut des grands corps ou de Bercy (d’où son surnom de caisse des repos et résignations). Surtout, elle semble statutairement irréformable, comme génétiquement prédisposée à la sclérose en plaques altérant son système nerveux.

Un problème de gouvernance

Si E. Macron veut « révolutionner » l’Etat, il doit mettre en tête de liste la CDC, bras financier de l’Etat et symbole de l’économie mixte. Symboliquement, cette vieille dame a des bureaux non fonctionnels dans le plus cher quartier de France, loin de la finance mais proche du pouvoir.

Avec 2 siècles de retard, les bases statutaires de la CDC “d’intérêt général” (article 518.2 du CMF) ne correspondent plus aux besoins actuels. L’essentiel de la CDC relève d’activités concurrentielles: dans la finance (BPI, Qualium, CDC international capital), dans l’immobilier (SNI, Icade), et dans toutes sortes d’activités (SCET, CNP, Egis, Transdev, CDC biodiversité, Novethic, Société forestière, Compagnie des Alpes, CDC arkhinéo,…).

Le Conseil de Surveillance regroupe essentiellement des parlementaires et des hauts fonctionnaires (Cour de Comptes, Trésor, Banque de France,…) qui se trouvent empêchés de jugements véritablement indépendants puisqu’ils sont juges et parties.

Des missions hétéroclites

La CDC se dit axée sur les territoires (pour justifier des directions régionales, plus nombreuses que les régions), mais sur 120 000 personnes, seules 64 000 sont en France selon la CDC.

La CDC gère un grand nombre de régimes de retraite. Là aussi le programme d’E. Macron prévoit une « révolution » en transformant l’ensemble des régimes en points, et en les rapprochant.

Coté bancaire, les ramifications sont inquiétantes. La CDC abrite la liquidation du CDR (« bad bank » issue du Crédit Lyonnais). La CDC est également à l’origine de Dexia. La CDC a aussi une convention avec l’Acoss (qui a 21Md€ de dettes financières à fin 2016, pour financer SS et Etat). De surcroit, la CDC a récupéré en 2015 l’Agence Française pour le Développement.

Aujourd’hui, la croissance de BPI France est louée par les bénéficiaires, mais a de quoi faire peur. La Cour des Comptes a par exemple noté une hausse de 40% des salaires des dirigeants. Surtout, il faudrait savoir qui gère les participations de l’Etat : la BPI ? L’APE ? L’Elysée ?

Des fonds sans fondements

La CDC centralise de nombreux fonds (la majorité de l’épargne règlementée des livrets A et LDDS, les fonds des notaires depuis l’origine, des administrateurs judiciaires, des contrats non réclamés, et même des sommes réclamées,…).

La révision du financement de l’immobilier est au programme présidentiel. A la Caisse, il est assis sur les fonds d’épargne. La justification du livret A pour financer le logement social relève là-aussi du déni économique. D’abord les banques ont demandé leur part du livret A (BPCE, La banque Postale, etc). D’autre part, une partie de la collecte ne va pas dans le financement de l’habitat social. Surtout, on sait depuis les exigences de liquidités de Bâle 4 (LCR, NSFR), que l’on ne devrait pas financer des prêts long terme par une dette aussi liquide. Enfin, la Cour des Comptes a démontré que recourir au livret A coûte plus cher que de faire appel direct au marché.

Dans le programme d’E. Macron, il y a bien la création de fonds ayant vocation à être gérés par la CDC, mais c’est une pratique rétrograde, et surtout violant l’économie de marché. En effet, l’Etat intervient avec un avantage concurrentiel déloyal dans des secteurs marchands, au lieu de fixer un cadre juridique efficient et équitable, comme ce serait son rôle.

Les fonds d’investissements (idée ayant fait débat entre N. Sarkozy et C. Lagarde) seraient alimentés eux-mêmes par des privatisations. Or, la gestion des participations de l’Etat est jugée catastrophique par ceux qui l’ont vraiment étudié (ancien DG de l’APE, Cour des Comptes,…). En rajouter serait anti-économique (choix d’investissements en fonction d’affinités politico-personnelles et non pas en fonction de la création de valeur), et en fin de compte anti-social (pas autant de créations d’emplois que si ces fonds étaient investis à l’optimum de marché).

La CNP en sursis

Le dossier de la CNP reste un serpent de mer. P. Wahl va régulièrement demander le rattachement de la CNP à sa Banque Postale. Mais cette dernière est impécunieuse et la CDC en a besoin pour sa taille et ses dividendes. Pourtant, une recomposition aurait un sens : après la fin de la production en assurance vie du réseau Caisses d’Epargne laissant La Poste seul grand distributeur de la CNP, avec la majoration légale des rentes dont le caractère suranné a été démasqué par ces temps de taux zéro, et compte-tenu des accords tripartites CNP-La Poste avec MG qui cherche à s’adosser.

Même la plaquette de la CDC concède que c’est la seule filiale qui ne relève en aucun cas de l’intérêt général. Cette fois-ci, l’environnement affectif est plus favorable, car P. Wahl (La Poste), a connu notamment à Paribas R. Rabatel, la compagne de G. Le Gendre (CDC).

 

Si l’on reprend le calendrier de F. Mitterrand (E. Macron a aussi potentiellement un temps long devant lui), après 2 ans de gouvernement où l’on avait appliqué le programme (P. Mauroy à l’époque), le réalisme économique avait ensuite repris (avec J. Delors). Combien de temps faudra-t-il avant un nouveau gouvernement d’E. Macron qui réforme vraiment l’Etat, à commencer par ses dinosaures comme la CDC ?

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