Le boulet du vieillissement: un problème politique à suivre de près par les assureurs

L’amélioration de la qualité de vie, associée aux progrès technoscientifiques, a eu pour effet l’augmentation de la durée et de l’espérance de vie des français. Selon les dernières études de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), en avril 2018, la population française comprend plus de 67,2 millions d’individus[1]. En 2017, l’espérance de vie à la naissance était de 85,3 ans pour les femmes et de 79,5 ans pour les hommes, alors qu’elle n’était que de 47 ans en 1900. En 20 ans, l’espérance de vie a progressé de 3 ans pour les femmes et de 5 ans pour les hommes. Actuellement, les personnes de 60 ans ou plus sont 15 millions en France. Elles seront de l’ordre de 18,9 millions en 2025 et près de 24 millions en 2060. Le nombre des personnes de plus de 85 ans va quadrupler d’ici 2050, passant de 1,4 million aujourd’hui à 4,8 millions. En 2060, une personne sur trois aura plus de 60 ans[2].

Ces chiffres permettent de mieux mesurer l’enjeu majeur de la mise en œuvre d’une politique publique au service du vieillissement compte-tenu du processus de transition démographique engagé, lequel est marqué par une augmentation forte des classes d’âges les plus élevées. Cette situation génère différents défis dans le domaine de la santé en matière d’anticipation, de projection, de prévention et de gestion du vieillissement, d’autant que celui-ci se caractérise par des tranches d’âges différentes générant des besoins distincts.

Le 28 décembre 2015, a été votée en France la loi n°2015-1176 du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement[3]. Ce texte majeur s’insère dans la politique publique du vieillissement. L’article premier précise que « l’adaptation de la société au vieillissement est un impératif national et une priorité de l’ensemble des politiques publiques de la Nation ». Ce dispositif législatif est d’autant plus crucial qu’il est accompagné d’un rapport définissant les objectifs de la politique d’adaptation de la société au vieillissement de la population, approuvé et annexé à cette loi[4]. La difficulté est que, plus de deux ans après le vote de cette loi, des difficultés persistent, au point que le 14 mars 2018, un rapport parlementaire portant sur les établissements d’hébergement pour les personnes âgées dépendantes (EHPAD) a été présenté par deux députés, mesdames Monique Iborra (La République en marche) et Caroline Fiat (La France insoumise)[5]. Il est fait état d’une « crise profonde », généré par le fait que « des milliers de professionnels, face à la dégradation de l’état des personnes âgées et à l’anxiété persistantes des familles, expriment leur désarroi face à la difficulté de ne pouvoir continuer à exercer dans des conditions humaines et décentes le métiers (…) », que les directions des établissements estiment « ne plus avoir les moyens de gérer leurs établissements avec la qualité de prise en charge et la capacité d’innovation organisationnelle et technologique que réclame un public toujours plus malade et dépendant », que les familles « doutent de leur capacité à pouvoir financer sur leurs deniers les soins… et éprouvent une immense culpabilité vis-à-vis des solutions qu’ils retiennent pour leurs parents âgés ».

Le gouvernement français, conscient de ces difficultés, a annoncé des premières mesures : 72 millions d’euros supplémentaires sur le forfait soins pour faire converger les établissements vers un standard de prise en charge plus élevé ; 28 millions d’euros pour les établissements se trouvant en difficulté financière ; 10 millions d’euros pour renforcer la présence des infirmières de nuit. Sont par ailleurs envisagés 30 millions d’euros par an à partir de 2019 pour valoriser la prévention et 2 millions d’euros pour accompagner la restructuration des établissements[6]. Cette annonce fait écho à des mouvements de grèves engagés par les personnels des EHPAD depuis janvier 2018 et qui pourraient s’accroître dans les semaines et mois à venir tellement la situation est tendue et les moyens très insuffisants. Les assureurs déjà appelés en renfort et acteurs incontournables du vieillissement doivent rester vigilants pour se positionner tactiquement dans de dossier explosif à courte ou moyenne échéance.

B.B.B.

[1] https://www.insee.fr/fr/statistiques/serie/001641607

[2] Ces différents chiffres sont exposés dans le rapport annexé de la loi https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=F423A4951A8041C51A44001243A1C6C3.tplgfr40s_2?cidTexte=JORFTEXT000031700731&categorieLien=id

[3] JORF n°0301 du 29 décembre 2015, p.24268, texte n°1, https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=F423A4951A8041C51A44001243A1C6C3.tplgfr40s_2?cidTexte=JORFTEXT000031700731&categorieLien=id

[4] Article 2 de la loi précitée.

[5] http://www.assemblee-nationale.fr/15/rap-info/i0769.asp ; voir aussi dans ce sens: http://www.lecese.fr/travaux-publies/vieillir-dans-la-dignite

[6] Ces chiffres sont directement énoncés dans le rapport du 15 mars 2018 précité.

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