Le Brexit hésite

Le feuilleton du Brexit continue, de plus en plus insensé. Dans bientôt 40 jours, le Royaume-Uni devrait quitter l’Union Européenne.

De nouvelles tensions sont apparues :

  • Des « incidents » ont été notés au large de Gibraltar entre les marines britannique et espagnole. Le gouvernement espagnol a pourtant d’autres sujets de préoccupations (Catalogne, rejet du budget et nouvelles élections législatives). Depuis Elisabeth 1ère (et surtout Francis Drake), l’Angleterre considère comme acquise sa supériorité navale. En tout cas, Gibraltar a été qualifiée de « colonie », ce qui a ulcéré les Britanniques. Ce terme ouvrirait en effet la question de la rétrocession, comme pour Hong Kong.
  • La Chambre des Communes a rejeté la proposition du gouvernement britannique (renouvelant le mandat de discussion de T. May et rejetant la possibilité d’un no deal).

Les marchés financiers à Londres continuent de privilégier l’hypothèse d’un accord in extremis. Or, on ne peut pas écarter deux hypothèses :

  • Le « no deal » prospère (les parlementaires ont refusé d’écarter cette hypothèse) ;
  • Le « no Brexit » n’est toujours pas envisagé par la Première ministre (elle refuse un second référendum). Mais comment éviter un « no deal » autrement, s’il n’y a pas d’accord non plus ?

Les marchés semblent poursuivre l’irrationalité démarrée dans les urnes. S’agissant du Brexit, le « common sense » cède ostensiblement le pas aux vanités politiques. Pendant ce temps-là, Bank of America et Goldman Sachs vont migrer des centaines de salariés vers le continent (Paris et Francfort).

Un report possible ?

L’hypothèse d’un report de la date du 29 mars est sujet à caution. D’abord, il faudrait l’accord unanime des 27 autres membres de l’Union Européenne. De plus, il faudrait justifier de cette procrastination, et pour cela il faudrait un élément nouveau (comme un référendum, aujourd’hui écarté). Enfin, comment repousser significativement la date, alors que les élections européennes sont le 26 mai. Va-t-on élire des parlementaires britanniques au parlement européen pour qu’ils ne siègent pas ?

Il est envisagé que les « MPs » votent fin février pour une habilitation à reporter la date de fin mars. Mais les pronostics concernant la Chambre des Communes s’avèrent souvent défavorables (rejet de l’accord négocié, refus du rejet de no deal, …). Paradoxe démocratique, T. May a gagné les votes de confiance du Parlement et de son parti dans le même temps. Maigre consolation pour elle, cela ne va pas mieux chez les Travaillistes, puisque 7 députés viennent de quitter le parti de J. Corbyn.

La France peu prête

En France, la loi du 19 janvier et l’ordonnance du 6 février ne traitent le sujet qu’en théorie. Sauf coup de théâtre, le libre échange cessera à la fin de 2020, et les relations tomberont sous le coup des règles minimales de l’OMC. C’est peu de temps pour tout revoir (la circulation des biens, des personnes, des capitaux, des services, les transports, les accords industriels, politiques, …).

La France aurait pu en profiter pour repasser économiquement devant le Royaume-Uni, mais sa croissance du PIB sera du même ordre (+1,3%). L’économie du RU semble moins mal résister, malgré la déstabilisation du Brexit, que d’autres pays européens (croissance allemande à l’arrêt et Italie techniquement en récession).

 

En attendant, les USA, la Chine, la Russie ne peuvent que se réjouir de cette division européenne, qu’ils pensent leur être favorable.

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