Le Brexit peut-il sortir de l’impasse?

Le feuilleton du divorce britannique reprend. Les médias bien-pensants voient l’Union européenne prête à entamer la 2ème phase des négociations (à savoir les relations EU-RU post brexit). Mais des 3 sujets liminaires, ceux concernant l’Irlande et les expatriés continuent d’achopper en réalité:

– Plus de 18 mois après le référendum, le Royaume-Uni n’aura avancé sur pratiquement rien, sauf qu’il a dû céder sur le chèque de sortie (autour de 50Md€). Les propos des brexiters (dont B. Johnson), comme quoi le Brexit allait rapporter, se trouvent donc démentis.

– Sur les expatriés, le RU refuse toujours l’autorité de la Cour de Justice de l’Union Européenne. Ce sont près de 5 millions de Britanniques sur le continent et d’expatriés au Royaume-Uni qui restent non protégés.

– Plus grave, pour ne pas recréer de frontière entre l’Eire et l’Ulster, T. May a proposé d’avoir un régime type EU en Irlande du Nord. C’est inadmissible pour son parti allié, le DUP, qui n’envisage d’avoir d’autre statut juridique de l’Ulster que celui de l’Angleterre. Si T. May n’avait pas demandé le renouvellement de la Chambre des communes, les conservateurs auraient à eux seuls toujours la majorité, sans nécessiter les voix supplétives de DUP.

Cela a même donné des idées à la Première ministre de l’Ecosse qui demande un statut EU, et même le maire de Londres. Les 2 régions ont voté en faveur du maintien dans l’UE. Mais leur maintien dans des règles de l’UE signifierait l’explosion juridique du RU.

L’Ecosse n’aura même plus à demander son indépendance, au risque d’échouer encore ou d’essuyer un refus de l’UE d’être membre automatiquement. Il lui suffira de demander « comme l’Irlande du Nord ».

Des mauvaises nouvelles en escadrille

T. May se retrouve dans l’impasse. Sa dissolution a été un échec. Son gouvernement a connu des départs causés par des scandales sexuels. Les soldats britanniques sont accusés d’avoir commis des atrocités au Moyen-Orient. Pour couronner le tout, T. May, a failli être victime d’une tentative d’assassinat islamiste.
Son principal allié, les USA, a, par la voie de son président, tweeté un message incitant à la haine raciale, ce qui a obligé T. May à réagir et D. Trump y a sèchement répondu. T. May a également dû condamner la décision de D. Trump de déplacer son ambassade à Jérusalem.

Coté ambassade, J.P. Jouyet, qui a parrainé la carrière d’E. Macron après avoir servi L. Jospin, N. Sarkozy puis F. Hollande, s’est vu récompensé avec celle de France à Londres. L’histoire semble bégayer. Un de ses prédécesseurs à l’Ambassade de France à Londres, C.M. de Talleyrand avait lui aussi effectué de remarquables retournements et trahisons politiques.

Des répercussions économiques

Le RU dispose de confettis de son ancien empire servant de paradis fiscaux. L’UE a hypocritement exclu de la liste noire les territoires situés en Europe (Jersey, Guernesey, Gibraltar, Isle of Man, etc). Après le Brexit, comment justifiera-t-on une telle mansuétude ?

Financièrement (T. May et son mari ont fait carrière dans la finance), le Brexit a entrainé la chute de la livre. Cet avantage compétitif a maintenu l’économie du RU. Le taux de chômage reste à un taux de 4,2%, mais les inégalités sont criantes avec plus de 4000 banquiers gagnant plus d’un million par an (la règle européenne plafonnant le variable à 2 fois le fixe n’est pas respectée au RU), mais des millions de personnes vivent dans la pauvreté. Les systèmes de solidarité sont beaucoup plus limités qu’en France (files d’attente dans les hôpitaux, migrants refoulés, etc).

Pour le reste de l’Union Européenne, le Brexit est globalement une mauvaise nouvelle (baisse des échanges et des emplois induits notamment). Mais, le RU replongeant dans le brouillard existentiel et l’Allemagne cherchant son gouvernement, la France a quelques compensations : l’Autorité Bancaire Européenne sera à Paris, la croissance de son PIB repasse devant celle du RU, les JO seront à Paris, …

Risques politiques au RU

Le risque pour le RU est que les Travaillistes de J. Corbyn, dont les théories sont minoritaires, pourraient revenir au pouvoir avec un programme radicalement opposé (Bremain, lien avec le Sinn Fein, politique socialiste,…). C’est perçu comme un risque de retour aux noires années de l’après-guerre pour le Royaume-Uni.

Dans la culture du Royaume-Uni, un tantinet de perversité ou de mauvaise foi (le fair-play n’est qu’un nom) fait le sel de ses sports : au golf on s’ingénie à créer des obstacles, au rugby des gentlemen peuvent se comporter comme des voyous, au criquet tout est abscons pour les non sujets de l’empire, etc.

Mais ici, le RU est confronté à une UE bureaucratique ne jouant pas avec les mêmes règles du jeu. Face à une Europe unie (blocus dont Napoléon et Hitler ont rêvé), le Royaume-Uni risque de connaître la fin de « la gloire de l’empire », comme écrivit Jean d’Ormesson.

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