Le Brexit vers une catastrophe ?

Le feuilleton du Brexit reprend avec crispation. Le Parlement de Westminster se plaignait de ne pas avoir de chiffres sur les conséquences du Brexit. Il se plaint désormais de les avoir.

Si on croit les estimations britanniques, l’estimation d’impact du Brexit est autour de 5% de pertes de PIB, variant du simple au triple selon les scénarios. Cela signifie plutôt un impact de l’ordre d’un million d’emplois. Le chômage n’augmentera peut-être pas car beaucoup d’expatriés rentreront. Mais Londres ne sera plus « the place to be ».

L’UE prévoit dès maintenant des sanctions, si le Royaume-Uni (RU) ne respecte pas la réglementation européenne pendant la période de transition. Il s’agirait d’un nouveau blocus continental comme on n’en avait pas connu depuis Hitler, et Napoléon avant lui. Cela a été défavorable au continent, et particulièrement à la France. Imaginons les Eurostars bloqués, les survols aériens interdits, les conflits de pêcheurs, et tous les échanges bloqués en douane,… L’impact du Brexit sera plus important sur le continent qu’au RU, mais il sera réparti entre les 27 membres restants.

T. May reste fragilisée après une dissolution ratée et 3 départs de son gouvernement pour comportement inapproprié. Elle ne peut guère négocier sereinement, après sa dissolution ratée. Son allié DUP lui interdit de s’engager sur la question irlandaise (sans parler de l’Ecosse). Un mouvement demandant l’arrêt du Brexit s’est même mis en place.

Des impacts humains sous-évalués

Le taux de chômage au RU reste désespérément bas (4,2%) avec une croissance non négligeable dans ce contexte. Cette croissance s’inscrit sur la lancée d’une période anglaise faste et dans un contexte mondial (+4%) très favorable. Elle est aussi aidée par les exportations favorisées par une Livre basse (1£=1,12€). Pour ne pas gêner le PIB, la Bank of England rechigne à augmenter ses taux, ce qu’elle devra pourtant refaire pour limiter l’inflation (3% aujourd’hui).

Certains chiffrent le nombre de partants de quelques milliers à quelques dizaines de milliers. Ce n’est pas du tout l’ordre de grandeur. Aujourd’hui seules quelques annonces ont été faites, y compris sur les agences (EBA, EMA). Mais la plupart des groupes sont en mode « wait & see », ce qui ne signifie pas qu’elles n’essaieront pas de maximiser leur situation. Ce sera la plus importante vague de migrants en ce sens depuis la fuite de Britons, traversant la Manche pour fonder l’actuelle Bretagne.

La France a annoncé diverses mesures comme des exonérations de cotisations pour les « revenants ». Avec ces retours programmés, malgré les mesures du gouvernement défavorables à l’immobilier (IFI notamment), et malgré l’amorce de remontée des taux d’intérêts, le marché de la pierre parisienne ne faiblit pas. Réciproquement, l’immobilier se tasse à Londres.

Les Britanniques demandant un passeport de l’UE se comptent déjà par dizaines de milliers. La demande la plus fréquente est le passeport irlandais (60 000 demandes sur un an), ce qui n’exige pas de renoncer au passeport rouge du RU. La pression monte sur les près de 3 millions d’européens vivant au RU pour les inciter à retourner sur le continent. De plus, les demandes qualifiées pour émigrer au RU fléchissent.

Blocages politiques

M. Barnier continue à mettre la pression sur les négociateurs britanniques pour éclaircir des points fondamentaux, faussement réglés, notamment :

– La frontière irlandaise. La laisser ouverte suppose un cadre juridique maintenu compatible avec l’UE, ce qui serait une atteinte à la souveraineté du RU. Fermer cette frontière serait inacceptable pour l’Eire et l’Ulster. Laisser un droit compatible avec l’UE dans la seule Irlande du Nord serait la prémisse à une réunification, ce qui remettrait en cause l’accord du Good Friday.

– 5 millions de ressortissants de part et d’autre. T. May a fait des promesses très limitées, mais quid de l’immense majorité ? Les dossiers Erasmus du RU ont commencé à chuter.

– Accès au marché commun et à l’union douanière ou pas ? Les actuelles tentatives du RU de renégocier bilatéralement avec chaque état membre n’est pas compatible avec les normes de l’UE. L’UE demande pratiquement le respect des normes UE pour commercer les biens et services, ce qui est inadmissible par le RU.

– Les budgets à payer sont plus proches de 80Md€ que du zéro annoncé par des politiciens anglais fort peu scrupuleux. Il faudra que le RU paie l’UE jusqu’à fin 2020, sans droit de vote en contrepartie après mars 2019.

Vers un « no deal » ?

Bientôt un an a passé depuis la décision gouvernementale d’activer le Brexit, et la date limite de la période transitoire est fin 2020. En retirant le délai de débat au Parlement britannique, il resterait 18 mois pour finaliser tout le Brexit avec l’UE et pour conclure des accords bilatéraux avec des dizaines de pays. M. Barnier a indiqué que l’octroi d’une période transitoire n’est pas acquis, auquel cas, il ne resterait pratiquement que 6 mois pour tout boucler, ce qui est infaisable.

Entre le Brexit, la Große Koalition pas encore en place, la Catalogne acéphale, les renégociations budgétaires futures, la répartition des sièges au Parlement européen post-Brexit, les manœuvres pour présider la Commission, etc, les projets européens sont largement en stand-by. Jusqu’aux élections européennes, on risque d’avoir plus de discours et de promesses que d’avancées significatives.

Sans reprise en main des négociations, et sans arrêt des promesses démagogiques (de type « have the cake and eat it »), le Brexit s’achemine vers une absence d’accord, ce qui serait catastrophique des 2 côtés de la Manche.

Pour l’UE, ce serait l’occasion d’une nouvelle étape dans sa construction. Pour le RU, ce serait devenir -en marge de l’Europe- un pays aux perspectives rétrécies en un Singapour pluvieux. Le gin impérial converti en Cuba Libre? L’isolationnisme britannique serait comble pour l’ancien empire du libre-échange.

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