Le déni de la prochaine crise

Les dominos

Les pays les plus fragiles peuvent sembler lointains, mais le risque se rapproche :

– En Amérique latine, les soubresauts reprennent. L’Argentine (dont le % de déficit public est moins mauvais que celui de la France) est à nouveau au bord de l’effondrement, avec une inflation supérieure à 35%, malgré l’aide du FMI. Le Venezuela, qui, malgré sa manne pétrolière et un prix du baril flirtant avec les 80 euros, est tellement mal dirigé que les pays d’Amérique latine n’excluent plus une opération militaire pour destituer N. Maduro.

– Les Proche et Moyen-Orient sont plus prégnants. Le cas de la Syrie n’est toujours pas résolu après 7 ans de conflits. L’Iran et la Turquie ont été boycottés financièrement par les USA. La Turquie en est réduite à quémander de l’aide auprès de l’Allemagne, alors que les relations entre les dirigeants respectifs sont plus que tendues.

– En Asie, la dette du Japon excède les 10 trillions de $ (253% du PIB), et les capacités d’auto-détention (la moitié est détenue par la Bank of Japan) sont saturées.

– En Europe, les difficultés historiques persistent. Dans les Balkans, la Macédoine ou le Kosovo n’en finissent pas de trouver des arrangements avec leurs voisins. Le pouvoir russe tente de se rassurer en maintenant ses conquêtes militaires (en Ukraine, en Géorgie, …). L’UE est fragilisée par la montée des nationalismes, le pire s’étant réalisé avec un Brexit sans solution apparente. Après le sauvetage de la Grèce, et avec la convalescence du Portugal, le dernier péril en vue est l’Italie.

L’Italie, le prochain maillon faible ?

Le projet de budget vise 2,4% de déficit (2,8% en France pour 2019) au lieu de 2% attendu. Son endettement public est historiquement élevé, 130% du PIB aujourd’hui. Mais la France n’a pas de leçon à donner en tangentant désormais les 100% de dette publique sur PIB.

Jusqu’à présent, la BCE avait inondé de liquidités la zone euro sous prétexte de permettre aux Etats de faire les réformes nécessaires, ce qui n’a pas été le cas. En réalité, c’est pour cacher les problèmes (refinancement de la dette grecque repoussé, laxisme budgétaire en Italie, banques à refinancer, …). A la tête de la BCE, M. Draghi a un intérêt personnel à agir : il avait poussé à l’entrée de l’Italie dans l’Euro, il avait été chez Goldman Sachs (qui a aidé la Grèce à truquer ses comptes), il a permis la reprise hors de prix d’une banque par Monte dei Paschi di Siena, ce qui a ruiné cette dernière, etc.

Le jeu sera politique et financier :

  • L’UE hésite à compromettre ses relations avec l’Italie dont on a besoin pour l’union européenne (risque de désagrégation si l’Italie se rajoutait au Brexit) et pour les migrants notamment.
  • Les agences de notation risquent de dégrader la note de l’Italie. Ses taux souverains sont montés à 3,2%.

A quand la hausse des taux ?

La hausse des taux de la FED (taux de base 2,25%) est en cours aux USA (dont le déficit public explose). La dette publique américaine dépasse les 120% du PIB, à savoir 105% fédéral (21trillions de $, le tiers des dettes publiques mondiales) +15% des états. Un retournement de l’économie américaine ne serait pas étonnant après 10 ans sans crise majeure.

Cette hausse des taux est inéluctable à la BCE (dont le bilan est obèse, avec des taux réels proches des -2% puisque l’inflation approche les 2%). L’inflation importée par la hausse des prix du pétrole va accentuer le besoin de remonter les taux.

La solution pourrait venir de la Chine (quoiqu’elle-même en proie à des non performing loans). En conflit commercial avec les USA, elle ne peut pas arrêter d’acheter des divises car elle doit maintenir assez bas le Yuan. Mais elle peut refinancer certains pays en difficultés de par le monde, au lieu de subventionner leur adversaire commercial américain. Faire ainsi monter les taux d’intérêt américains fournirait à Xi Jinping la meilleure réponse face aux offensives de D. Trump.

Les acteurs financiers (établissements bancaires, marchés financiers, assureurs, autorités financières, etc) ont intérêt à rassurer les épargnants pour continuer à percevoir leurs marges, et à prétendre que le système est sous contrôle. C’est une contre-vérité: l’actuel scénario de hausse graduelle des taux suppose notamment l’absence de choc géopolitique, ce que l’on ne maîtrise pas.

Ce déni par les puissances financières aveugle les épargnants. Le risque est d’autant plus important que la hausse des taux ne jouera pas sur les seules obligations souveraines, mais sur la dette mondiale. Celle-ci s’élève entre 164 Trillions de $ selon le FMI, et 237 Tr $ selon l’IIF, des montants atteints en % de l’économie seulement durant la 2ème guerre mondiale. Ceux qui auront parié à la baisse au bon moment seront les seuls gagnants de la prochaine grande correction, voire crise mondiale. Les autres se consoleront sur l’air de La Bohème de C. Aznavour.

La seule question de la prochaine crise systémique est quand. Fin 2019 avec le changement à la tête de la BCE ou peu après ?

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