Le digital européen en danger ?

Mettant en place RGPD, la CNIL a commencé à frapper (Malakoff-Médéric & Humanis). Quelles sont les dernières avancées politiques, nationales, financières et sociétales du digital ?

Un sujet politique

Le remaniement gouvernemental s’est avéré habile politiquement par son équilibre des clientélismes. Mais une des victimes est le Secrétaire d’Etat au numérique, M. Mahjoubi, anciennement dépendant du Premier ministre et désormais rattaché aux 2 ministres de Bercy. L’enthousiasme de l’ambition digitale nationale semble s’être commué en big brother des prélèvements obligatoires automatisés.

Le digital a influencé les dernières élections (Facebook aux USA, rumeurs de manipulation depuis la Russie y compris pour le Brexit, réseaux sociaux pour E. Macron, etc). Inversement, la tentative de récupération politique, avec une nouvelle visite d’E. Macron à l’incubateur Station F, est passée inaperçue dans un contexte de remaniement polémique.

La place de la France dans le digital mondial

En termes de compétitivité, le Forum économique mondial ne classe la France que 17ème sur 140, loin derrière le leader américain ou même le RU (8ème), pourtant plongé dans les affres de l’absence d’accord sur son Brexit.

Le baromètre commandité par France Digitale dénombre 774 start-up actives au RU dans l’IA (apprentissage automatique, les réseaux neuronaux, etc). La France est deuxième avec seulement 308 start-up, devant l’Allemagne avec 303. La France est en revanche championne des laboratoires de recherche, avec 82 entités, près du double du nombre en Allemagne et au RU.

Plus globalement, pour le professeur en informatique, F. Soulié-Fogelman, experte de la Commission européenne sur l’intelligence artificielle, les Etats-Unis sont en tête, suivis de la Chine qui pourrait passer un jour devant. Malheureusement aujourd’hui, l’Europe est loin derrière. Face aux USA et à la Chine, la souveraineté numérique ne peut se trouver qu’à l’échelon européen, sinon la France sera condamnée à de nouveaux plans calcul. L’Europe pourrait-elle préférer Qwant à Google, comme la Chine a préféré Baidu?

Au-delà du nombre, et au-delà de la difficulté à convertir de la recherche en business créateurs d’emplois, se pose aussi en France la question de la taille (problème de scale up). Nos TPE ont du mal à devenir des ETI (disparaissent, rachetés, etc). La France ne dispose que de 3 licornes (Vente-privee.com, Criteo, BlaBlaCar). Un biais français des starts up françaises est qu’elles se focalisent sur les subventions (BPI notamment) plutôt que sur l’utilisateur.

En France, où les laboratoires de recherche sont en pointe dans le monde, le big data bénéficie de gisements de données, mais sous trop de contraintes légales. Par exemple, les restrictions d’accès au Système National de Données de Santé limitent la prévention. La confidentialité de l’anonymat empêche de savoir qui il faudrait aider. Les pseudo arguments éthiques ne valent pas, puisqu’empêcher la prévention n’a rien d’humaniste. La pseudo moralité laisse en France des maladies et des morts que l’on pourrait éviter.

La France produit trop de lois (loi Lemaire, pour une république numérique, loi C. Valter, loi pour l’innovation, ordonnance RGPD, etc) et pas assez d’ETI du numérique. Une nouvelle loi (« mobilités ») envisage de forcer des entreprises privées à ouvrir l’accès à leurs données relatives aux services de transport.

En finance

La néobanque Fintech N26 (1 million de clients en Europe) est poursuivie par le régulateur allemand. (possibilité d’ouvrir un compte avec de faux papiers, non conformité aux lois sur le blanchiment d’argent).

Le projet de loi Pacte (article 26) tente de réguler les cryptodevises.  Mais ce n’est qu’une partie des innovations financières : blockchain/cryptofinance, bots (programmes automatiques d’achats ventes incontrôlés), projets d’ETF sur les bitcoins, ICO, plateformes d’échanges, tokenisation d’actifs, …

RGPD va impacter les groupes paritaires. Certains utilisent leurs fichiers de gestion Arrco-Agirc pour vendre d’autres produits. Cela relève du détournement d’objet des fichiers. 5 structures d’assurance filiales de groupes de retraite/ prévoyance, auraient été mises en demeure par la CNIL (trois filiales d’Humanis et deux de Malakoff-Médéric).

RGPD et blockchain donnent lieu à rapports européens. En France, la CNIL a rendu son premier bilan sur la mise en place de RGPD.

D’après Deloitte, une entreprise sur 4 aurait souscrit une garantie cyberassurance. Aux USA, 170 assureurs proposent une couverture cyber. En Europe, le marché rattrape son retard. Le marché de la cybersécurité est en croissance exponentielle, renforcée avec RGPD (exigence de sécuriser les données) et après des attaques (Wannacry). L’ANSSI prône l’anticipation du risque numérique, mais la route semble encore longue.

Un sujet sociétal

Les syndicats ont historiquement combattu la robotisation. Résultat, certaines industries ont perdu leur compétitivité et sont parties. Selon, l’International Federation of Robotics. L’emploi diminue avec la robotique mais cette dernière évite à l’emploi de s’effondrer. De plus, avec la robotisation qui connaît une nouvelle étape digitale, le travail gagne en qualité (contrôle plutôt que répétitif).

D’ailleurs, point positif, les Français, et notamment les salariés, sont favorables aux changements numériques (surtout quand cela concerne l’Etat, comme le passage au prélèvement à la source). Pour ceux qui maitrisent les données (actuaires, data scientists, informaticiens), le digital est même un outil plus qu’une menace. Enfin, le transhumanisme pouvant inquiéter, le serment Holberton-Turing pour l’intelligence artificielle tente de lister des engagements éthiques.

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