Le grand rééquilibrage géopolitique

Le monde anglo-saxon à la dérive

Le monde anglo-saxon perd de sa superbe entre les frasques de D. Trump et les déboires de T. May.

Au Royaume-Uni, le pari de T. May de renforcer sa majorité a échoué. Sa dissolution s’est terminée le 8 juin par un recul significatif des Conservateurs. Pour retrouver la majorité absolue, elle est obligée de faire alliance avec le DUP (Parti Démocrate Unioniste nord-irlandais). Or les Nord-Irlandais veulent maintenir ouverte la frontière avec la République d’Irlande, ce qui va contrecarrer le projet de Brexit dur de T. May.

L’économie britannique commence à pâtir de la funeste décision de quitter l’UE. La Livre a chuté de plus de 12%. Du fait de l’importance des importations, l’inflation s’est accrue fortement à près de 3%. La croissance du PIB pourrait ralentir selon l’OCDE, passant de +2% à +1% dès 2018.

Aux USA, D. Trump fait fort : une volte-face sur la Chine « unique », un échec de la tentative d’en finir avec l’Obamacare, des décrets anti immigration remis en cause dans les Etats, un mur avec le Mexique restant en l’état, des dénonciations des accords commerciaux internationaux , des démissions (forcées) en séries, et maintenant dénonciation de l’accord de Paris sur le climat (COP 21 à Paris).

Cela discrédite la parole donnée par les USA. En pratique d’ailleurs, cela ne fait que suspendre l’exécution de l’accord concernant les USA.

En attendant un éventuel impeachment de D. Trump (un procureur spécial, R.Mueller, enquête sur ses supposés liens russes), J. Comey (débarqué du FBI par D. Trump) a témoigné à charge au Sénat.

Des pays en transition

Les BRICS ne sont plus qu’un acronyme recouvrant des réalités disparates. D’un côté, l’Asie progresse. De l’autre, le potentiel de croissance a diminué en Afrique du Sud, le Brésil est en proie à l’instabilité présidentielle, et la Russie a des tentations de guerre froide.

En Amérique latine, plusieurs démocraties semblent vaciller.

Au Brésil, M. Temer, président par intérim après la destitution de Dilma Rousseff, veut rester jusqu’à la fin du mandat (fin 2018), malgré les soupçons de corruption analogues à celle qu’il remplace

Au Vénézuela, N. Maduro s’accroche au prix de dizaines de morts dans les répressions aux manifestants. Comment un pays richissime par ses ressources naturelles peut-il compter 50% de malnutrition ? Par un système idéologique étatique et de redistribution forcée.

En Turquie, R.T. Erdogan s’enfonce dans l’autocratie, en s’éloignant de la laïcité et du rapprochement avec l’Europe, initiés par Atatürk.

Le Moyen-Orient connaît un tournant avec la mise au ban du Qatar, soupçonné de financer les mouvements terroristes islamistes. Mais ce n’est pas nouveau et ceci n’a pas empêché la France, depuis la présidence de N. Sarkozy, d’adopter un régime favorable aux investissements qataris.

La Syrie de Bachar El Assad (élu en 2000) poursuit sa guerre civile, sans doute avec l’influence de pays tiers. Israël n’est pas mécontent que ce ne soit pas des intégristes islamistes qui soient aux portes du plateau du Golan. La Russie aime occuper des morceaux de pays (Ukraine, Géorgie). Le Kurdistan irakien avance sur son autonomie (prévue dans l’accord Sykes Picot de 1916 !) au grand dam de la Turquie, de l’Iran, et de la Syrie.

L’Europe peine à se réformer

Les élections se succèdent, après celles au Royaume-Uni et en attendant celles en Allemagne, le renouvellement en France dépasse les prévisions. Les législatives en France ont donné une majorité absolue au nouveau Président, qui pourra d’autant plus réformer qu’il entend passer par ordonnance (sans débat parlementaire en pratique). La nature ayant horreur du vide, l’opposition s’exprimera dans la rue ou sur les réseaux sociaux.

La croissance du PIB de la zone Euro reste modeste (+1,8%), si l’on tient compte de l’aide apportée par une politique monétaire ultra-accommodante.

La croissance est en Asie

Malgré tout, l’OCDE vient de relever ses prévisions de croissance mondiale de PIB, tirées en 2017 par l’Inde (+7.3%) et la Chine (+6,6%), plus que par les USA (+2,1%). L’archipel nippon, comme celui britannique, devrait freiner à +1% en 2018.

L’OCDE prône la « mondialisation au service de tous », à l’inverse de D. Trump. Mais les tentations de repli sont fortes.

 

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