Le Macron d’Inde

E. Macron est en visite en Inde. Fidèle à sa réputation de président des riches, il y privilégiera les grands contrats (aéronautique, ferroviaire, centrales nucléaires, énergies vertes,…). Son prédécesseur à l’Elysée n’avait signé avec l’Inde ni Rafales, ni EPR, ni TGV, ni etc. Au-delà de la récupération politique de la signature de contrats commerciaux, il y aurait pourtant matière à faire beaucoup plus que les actuels 5Md€ d’exportations françaises en Inde.

L’Inde, le prochain leader mondial

L’Inde connaît une croissance spectaculaire (+7,5% de PIB pour 2018), à l’image de son dynamisme démographique. Avec déjà 1,33 Md d’habitants, et un million de plus chaque mois, l’« incredible India » sera bientôt la 1ère population mondiale, devant la Chine (qui plafonnera à 1,4Md d’habitants). Ce serait l’occasion de développer des systèmes d’assurances sociales complémentaires, maintenant que le contour du « Modicare » est connu.

Certes, le PNB indien par habitant (6570$) est encore très inférieur à celui de l’UE. Mais avec 7,5% de croissance annuelle, le PIB indien va dépasser cette année celui du Royaume-Uni et de la France. En Parité de Pouvoir d’Achat, l’Inde est estimée au 3ème rang mondial. Et encore, en termes de Bonheur National Brut comme au Bhoutan, frontalier de l’Inde, les Indiens pourraient même être leaders mondiaux. La philosophie y aide, avec les enseignements de Bouddha depuis 25 siècles, ou sous la protection de Vishnou pour les Hindous. Cependant, il reste que le pays est très inégalitaire (100 milliardaires, alors qu’il existe encore de nombreuses castes).

L’écologie en débat

L’écologie sera abordée lors de cette visite, notamment les énergies vertes. L’Inde risque beaucoup du dérèglement climatique: inondations de ses côtes et de ses îles Laquedives, pays très dépendant de la mousson, stress hydrique par prélèvements dans les nappes phréatiques (60% de l’Inde sera en situation critique en 2034 selon la Banque mondiale). En cas d’inondations au Bengladesh ou de sécheresse au Pakistan, les flux migratoires climatiques seront potentiellement en dizaines de millions d’habitants, dans un contexte de partition politico-religieuse de l’Inde (mi-août 1947) encore prégnante dans les esprits.

Une des questions est aussi la gestion des métropoles comme Delhi (27 millions d’habitants, devant Mumbai 21 millions), ce qui touche la pollution, mais aussi les transports. Espérons que cela remette la pression sur le chef d’Etat pour résorber les retards sur le Grand Paris, en lui rappelant la taille critique pour peser à l’échelon mondial.

Des sujets d’intérêt commun

Les journaux se délecteront de quelques similitudes entre Emmanuel Macron et Narendra Modi (pas d’enfants, mais ce n’est pas un problème puisque l’hindouisme inclut la réincarnation ; peu de sommeil ; réforme du droit du travail donnant lieu à des manifestations, etc). Même s’ils sont culturellement très différents (modestie, méditation, etc), de nombreux sujets de coopération pourraient être débattus :

  • La lutte contre le fondamentalisme islamique. En Inde, les Hindouistes cohabitent entre tensions et parfois syncrétismes avec les autres croyants (Bouddhistes, Jaïns, Sikhs, Chrétiens, Parsis,…), sauf avec les Musulmans. Depuis l’indépendance de 1947, plusieurs guerres ont opposé l’Inde et le Pakistan (2 pays dotés de l’arme nucléaire), sans compter les émeutes anti Musulmans sous N. Modi, ou les actuelles tensions au Sri Lanka et autour du Bengladesh.
  • Coopération. Dans l’Océan indien, la langue française reste présente (département de la Réunion, Comores, Seychelles, île Maurice,…). On pourrait même faire ranimer la coopération dans les anciens comptoirs (Karikal, Yanaon, Pondichéry, Mahé, Chandernagor), français jusqu’à leur rattachement dans les années 50.
  • Au sein des règles de l’UE et de l’OMC, de multiples accords commerciaux pourraient être trouvés (pas seulement en termes de droits de douanes, mais aussi de reconnaissance mutuelle des normes). En cette période de Brexit où le Royaume-Uni tentera de renforcer ses liens ex coloniaux, il est temps de placer ses pions.
  • L’Inde dispose de millions de programmeurs, ce qui permettrait des synergies entre les 2 pays. Comment exister seuls en économie digitale face aux USA (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, IBM, Twitter, Intel, Salesforce, Netflix, Airbnb, Uber, Tesla, etc) et à la Chine (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi, etc) ? Plus généralement, comment aider l’Inde à exister dans un monde tripolaire (USA/UE/Chine) ?

L’Inde n’est pas simplement matérialiste et N. Modi, pratiquant le yoga, peut méditer avec des Sâdhus. Si l’on sait comprendre les philosophies communes entre les 2 pays, le partenariat avec l’Inde pourrait être beaucoup plus profond que la signature de quelques contrats d’infrastructure ou d’armements.

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