Le premier printemps du Nouveau monde

Tiens, v’là le printemps ! C’est inscrit sur le calendrier, pas sur le thermomètre. Le printemps est une des deux équinoxes du mouvement de la terre. Le jour et la nuit ont une égale durée. C’est aussi le retour du chaud. Saint-Thomas veut le voir avant de le croire. Mais tenons-le-nous pour dit et établi. Le printemps n’est pas toujours à l’heure prévue, apprise à l’école : le 21 mars. Le train des saisons est en avance, le train de la SNCF est en retard. Remboursez !

Au siècle dernier, il a été fixé 57 fois le 21 mars et 43 fois le 20 mars. Dans notre XXIème siècle mundinoviste, il viendra 73 fois le 20 mars et 20 fois le 19 mars, après 2044 seulement deux fois le 21 mars. Le comput du temps échappe à la rationalité logique des chiffres. L’année ne dure pas 365 jours, mais un peu plus. On créa les années bissextiles pour rattraper le retard, mais rien n’y fait, la nature est plus maligne. Je vous renvoie à un article du Figaro pour comprendre la chose en détail[1]. On retiendra de l’affaire, que le printemps n’a plus de droit acquis au 21 mars. Les saisons sont soumises à la loi de la mobilité et de la flexibilité : le temps se manage, le calendrier doit s’adapter à l’efficacité, à la rentabilité, la productivité. Le macronisme chamboule tout !

Le printemps 2018 s’annonce par un coup de froid, une dernière incursion du général Hiver. Un général qui a occupé durement le pays depuis des mois. Ce vent glacial serait-il le message de victoire électorale de Poutine à l’Occident ou bien un avant-goût de notre avenir glacé ? Europe décadente, tu vas trembler de froid ! Qu’avons-nous fait pour subir la punition du Ciel ? Dieu se fâche de l’arrogance des hommes qui se prennent pour lui. Il n’aime pas le président Jupiter de la Vème république, démiurge diabolique et cynique, un concurrent qui en veut toujours plus pour gouverner les hommes, leurs corps, leurs âmes, leurs comportements, leur conscience. Alors, il punit ce roi et ses grenouilles qui l’ont voulu en lançant ses foudres météorologiques : avec Hollande, c’était la pluie, avec Macron, il soufflera le froid glacé et le chaud brûlant afin de perturber les saisons. Hommes de peu de foi, adorateurs du Veau d’or, vous allez greloter et suer !  Le premier hiver macronien est long, très froid et douloureux. Les températures sont basses et la fiscalité est haute. On grelotte au printemps et on ne pourra pas voyager à sa guise. L’inoxydable président de la SNCF ne sera pas sacrifié au Dieu social pour calmer sa colère. Il encaisse tous les chocs, survit à tous les régimes. Indispensable, irremplaçable : la bonne blague ! Il y a longtemps que les responsables ne démissionnent plus en cas d’échec.

Les politiques n’aiment pas le printemps, surtout celui des peuples… mais les peuples occidentaux sont bien assoupis et assagis. La révolte vient du ventre et de l’idéal. Le ventre est plein et l’idéal est vide. Il n’y aura pas de révolution. Le printemps ne sera donc pas apocalyptique. Mai 68, c’est de la commémoration, du passé, de la nostalgie à bobos. Depuis qu’on baise librement dans les cités universitaires, que l’égo est traduit en droits et que l’État distribue des allocs’, il n’y a plus de raison et de saison à la révolte. Cela n’empêche pas que l’hiver démocratique s’annonce. Le pouvoir rencontre encore trop d’opposition au parlement. La réforme constitutionnelle en projet prépare la glaciation démocratique et l’omnipotence caudilliste. Les fleurs percent sous la neige et Napoléon perce sous Bonaparte. Il n’y a pas qu’en Russie que les contre-pouvoirs dérangent. Dans les temps populistes, le peuple se vautre devant l’homme providentiel, puis renâcle en catimini. La tentation technocrato-autoritaire se tient : la marche étant une pratique universelle, il faut donc rationnellement donner tous les pouvoirs aux marcheurs et aux experts de la marche (neutres et objectifs comme de bien-entendu).

Le printemps a du mal à se réveiller, l’économie aussi. En France, la reprise est lente. Après avoir fermé les usines, les industriels se plaignent de la difficulté à trouver de la main-d’œuvre.  Après des années d’apologie assumée de la fin de l’industrie, on dénonce les effets dont on a chéri les causes. Quand on a vu ce qui s’est passé dans la sidérurgie, le métier d’ouvrier-soudeur n’est pas très sexy et l’on s’étonne qu’il n’attire plus, sauf les immigrés, prêts à tout pour survivre. Encore la faute à la classe ouvrière qui ne veut plus bosser. Dirigeants, qu’avez-vous fait de nos usines… et des promesses de notre industrie ? Sacrifiée à l’idéologie de la mondialisation ouverte, du partage du travail et de la société des services, au plus grand bonheur de la croissance chinoise. Le pays du riz en rit encore ! La richesse des uns, fait la misère des autres.

Le printemps du contribuable n’est pas pour demain. C’est certain ! Les historiens retiendront du nouveau monde sa phobie des classes moyennes et des propriétaires, et surtout sa boulimie fiscale. Le nouveau monde inaugure les dark ages, les âges sombres des moyens, pas assez riches, pas assez pauvres, piliers de la démocratie, vaches à lait du Trésor public. Meuh… y pas de mais ! On nous leurre avec le jeu du vase communiquant incompréhensible, dissimulé sous les éléments de langage. Suppressions d’impôt par ci et augmentations par là. Il n’y a plus d’impôt, à Saint-Germain-des-Prés, mais des redevances, des contributions, des taxes pour tous les autres. À quand le don gratuit (ça ne vous dit rien : lisez la note[2]) ? À quand la taxe payée avec amour ? Picsou sévit toujours. Ni vu ni connu…. Pas si sûr, nos ainés, qui ont subi 20% d’augmentation de la CSG l’ont dit la semaine dernière au pouvoir. Avant les cheminots, les cheveux gris sont dans la rue. Le mécontentement est en marche. Si les contribuables avaient du courage, ils organiseraient une méga Manif pour tous, tous les accablés du fisc, toutes les victimes de l’oppression fiscale… et ça ferait du monde, la revanche de l’ancien monde sur les balivernes du nouveau. Mais, comme on le sait le Français est individualiste. Ou bien serait-il devenu fataliste, résigné ? Finalement, la politique, ça ne sert qu’à nous piquer nos sous et à nous empoisonner le quotidien avec la police du comportement et de la pensée.

Eh oui, le flicage des mœurs est le printemps du Nouveau monde. Ça fleurit de toute part et de toutes les couleurs. On a même une ministre du redressage des torts, la jardinière de la dictature morale, la dictature du Bien. L’envie du pénal est insatiable avait déjà constaté le regretté Philippe Muray. Comme il nous manque… Et je vous invite à le lire. C’est pas cher, édité en poche maintenant ! Le meilleur des mondes est notre avenir. Le nouveau monde en est le printemps. On imagine alors ce que seront les chaleurs de l’été, puis l’automne résigné et l’éternité de l’hiver moralisateur.

Alors, fi des figures allégoriques du printemps ! Contentons-nous et aimons celui de la Nature. Ce miracle se renouvelle chaque année. Il est d’ailleurs le seul renouvellement qui vaille, tous les autres ne sont que des usurpations et des tentations morbides. Que Dame Nature soit louée. Les jours rallongent, les bourgeons pointent, la nature en couleur arrive. Et puis, le printemps, c’est bon pour le moral et l’amour. Sur les arbres, la grande drague à plumes a commencé : les oiseaux chantent, harcèlent et copulent. Mais la saison des amours, c’est pour les bêtes. L’homme n’y a plus droit, à l’amour bien sûr. La drague est outrage, la confusion des sentiments est un délit. J’attends les imprécations contre les fêtes de mai, la célébration traditionnelle de la jeunesse, de la virginité et de la maternité à venir (une sorte d’appel au viol). L’ancien monde était sexiste. Pouah !

D’où la nécessité de la poésie, ce plaisir de l’âme… et notre dernière liberté. Alors, pour fêter le printemps et l’immutabilité des cycles de l’ancien monde, je vous offre une poésie printanière. La belle langue excite toujours les papilles et se savoure comme un bon vin (l’abus d’alcool est dangereux, interdit aux femmes enceintes et aux mineurs, mangez cinq fruits et légumes par jour, fumer tue). J’ai choisi Théophile Gautier, un maître ancien, qui enchanta les générations de l’ancien monde avec le Roman de la momie et le Capitaine Fracasse, des héros dépassés par la technologie. Et quand le rêve est technologique, c’en est bien fini de l’humanité…

Antoine de Nesle

 

Premier sourire de printemps

Tandis qu’à leurs œuvres perverses

Les hommes courent haletants,

Mars qui rit, malgré les averses,

Prépare en secret le printemps.

 

Pour les petites pâquerettes,

Sournoisement lorsque tout dort,

II repasse des collerettes

Et cisèle des boutons-d’or.

 

Dans le verger et dans la vigne,

II s’en va, furtif perruquier,

Avec une houppe de cygne,

Poudrer à frimas l’amandier.

 

La nature au lit se repose ;

Lui, descend au jardin désert

Et lace les boutons de rose

Dans leur corset de velours vert.

 

Tout en composant des solfèges

Qu’aux merles il siffle à mi-voix,

II sème aux prés les perce-neiges

Et les violettes au bois.

 

Sur le cresson de la fontaine

Où le cerf boit, l’oreille au guet,

De sa main cachée il égrène

Les grelots d’argent du muguet.

 

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,

II met la fraise au teint vermeil,

Et te tresse un chapeau de feuilles

Pour te garantir du soleil.

 

Puis, lorsque sa besogne est faite,

Et que son règne va finir,

Au seuil d’avril tournant la tête,

II dit : « Printemps, tu peux venir ! »

Théophile Gautier (1811-1872)

[1]  http://www.lefigaro.fr/sciences/2018/03/20/01008-20180320ARTFIG00271-jusqu-a-la-fin-du-siecle-le-printemps-ne-demarrera-plus-jamais-le-21-mars.php

[2] Le don gratuit était, sous la monarchie, la contribution volontaire mais obligatoire de l’Église au Trésor royal. Il se négociait avec le roi. Comme quoi, on dit beaucoup de fariboles sur les privilèges fiscaux de l’Église. Le « volontaire obligatoire » était déjà une formulation très moderne. Une saveur de nouveau monde !

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