Le spectre de la dette reparaît

E. Macron, interpellé dans une visite de CHU sur l’argent publique disponible, n’a pas clairement expliqué que, en fait de Trésor, la France présente un trou de caisse de 2280Md€ à ce jour. Il ne faut pas en effet afficher que l’Etat français est en faillite, car cela découragerait les Spécialistes en Valeurs du Trésor auprès de l’Agence France Trésor (de plus, cela n’a guère porté chance à F. Fillon qui l’avait mentionné).

La baisse du déficit publique 2017 (2,6% du PIB) dont s’est félicité le Gouvernement, tient essentiellement à la forte croissance mondiale, notamment européenne, et à la politique très accommodante de la BCE. Cette amélioration ne découle pas de l’actuel champ de réformes, qui n’étaient pas encore mis en œuvre en 2017. Les perspectives sont moins favorables (resserrement de la politique monétaire, croissance contrainte par des replis protectionnistes). Le déficit devrait remonter à 2,9%, voire 3% du PIB d’ici 2019.

Les objectifs fixés dans le programme d’E. Macron sont des dépenses publiques 5% en dessous du niveau actuel, permettant des prélèvements obligatoires inférieurs de 2% du PIB, et un déficit passant de 3 à 0% du PIB. Rien de tout cela n’apparaissant, la dette s’accroît à 97% du PIB (contre 60% selon le traité de Maastricht).

100% de dette sur PIB ?

Non seulement cette dette publique ne se résorbe pas, mais elle va augmenter vers 100% du PIB en raison:

  • De la reprise d’une partie de la dette de la SNCF (plus de 2% du PIB au total). Cet accroissement ne cadrerait pas avec les trajectoires fournies par la France à l’UE (Eurostat).
  • Des questions de reprise de dette de l’Unédic (38Md€), selon l’achèvement de la refondation de l’assurance chômage.
  • Des promesses qui ne sont pas encore mises en œuvre, comme le financement des fonds d’investissements promis, si les privatisations ne sont pas à la hauteur (et en cas de privatisations, l’Etat perd des dividendes à venir).
  • De la hausse du coût de la dette, si les taux remontent d’ici la fin du quinquennat, plus les déficits prévus dans cette période.

La réalité des chiffres, révélée par l’INSEE, va à l’encontre des promesses présidentielles, puisque les dépenses publiques et sociales, les prélèvements obligatoires (45,4% du PIB, un record en Europe) et la dette poursuivent leur croissance. De plus, le déficit commercial (60Md€/an) continue à se creuser.

Les dettes publiques peuvent se décomposer en, d’une part, les dettes des 3 fonctions publiques (d’Etat, des collectivités locales plombées par la disparition de la taxe d’habitation, et hospitalières) et, d’autre part, les dettes reconnues (engagements hors bilan chiffrés dans le « jaune » budgétaire, notamment plus de 1500 Md€ de valeurs actualisées probables des déficits des régimes de fonctionnaires) et celles non chiffrées (coûts du démantèlement des centrales nucléaires, des bateaux de guerre, etc).

Quelles solutions ?

Les « solutions » pour résorber ces dettes sont connues :

  • Rembourser la dette est hors de portée (il faudrait générer 2280Md€ d’excédents publics en quelques années).
  • Spolier l’épargnant en ne remboursant qu’une partie (comme en Grèce), ou en générant de l’inflation (ce qui revient au même). Pour ce dernier cas, la France ne peut plus dévaluer car la politique monétaire relève de la BCE.
  • Changer de régime (guerre, etc) pour prétexter un abandon de dettes.

Aucune de ces « solutions » n’étant acceptable, les établissements financiers et d’assurance ont intérêt a minima à proroger la fuite en avant, avec une hausse des taux (la valeur du stock de dette serait ainsi dépréciée). Surtout, il faudrait une baisse plus drastique et durable des déficits, par une baisse massive des dépenses publiques et sociales (et non pas par une hausse des rentrées fiscales comme aujourd’hui). A moyen et long termes, sauver les contribuables de demain et les établissements financiers (et donc les épargnants) passe par un changement complet de la politique budgétaire.

Les fuites en avant

Mais pourquoi être les premiers à faire des efforts, quand le problème est planétaire (les dettes publiques et privées représentent 325% du PIB mondial):

  • Les USA ont une dette en forte croissance du fait des baisses d’impôts et des dépenses lancées par D. Trump. Mais les USA peuvent émettre en dollars, aux dépens des porteurs de par le monde.
  • L’Etat nippon est historiquement surendetté, mais les créanciers sont essentiellement japonais.
  • La Chine accélère ses dettes (publiques et privées), mais sa croissance et l’autoritarisme centralisé donnent l’impression que l’ensemble est piloté.
  • Dans la zone Euro, on trouve toujours pire dans les pays dits du « Club Med ». C’est la BCE, pompier pyromane, qui continue à émettre 60Md€ par mois de liquidités à des taux nuls. Dans ces conditions anormales, l’Agence France Trésor peut encore placer annuellement 200Md€ de dettes.

Droguée aux taux bas, au quantitative easing et à la politique néo-keynesienne, la France continue la fuite en avant de sa dette, avec une 45ème année de déficits consécutifs en vue. Le Cercle Turgot vient de produire une publication alarmante. La question n’est pas de savoir si cette bulle de dettes mondiales est soutenable, mais quand la crise systémique de la dette surviendra.

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