L’échec des Macronomics

Les institutions françaises et internationales ont commencé à juger la situation française. La Cour des Comptes vient d’émettre un rapport accablant sur la situation des comptes publics. Le FMI laisse présager des nuages sur l’économie mondiale (tensions commerciales, Brexit, taux sans marges, ralentissement chinois), qui ne vont pas arranger le contexte.

E.Macron a hérité d’une jolie croissance de 2,3% en 2017, qui a faibli à 1,5% en 2018, avant d’être pronostiquée à 1,3% pour 2019. Non seulement la France a décéléré significativement, mais de plus, elle régresse par rapport à ses partenaires européens*.

Des indicateurs budgétaires au rouge

La dette culmine à près de 100%, quand celle de l’Allemagne descend à près de 60%. Les cadeaux octroyés à certains groupes (Areva) et la non réforme de la SNCF ont pesé (ouverture à la concurrence faite mais prévue par Bruxelles, statut et régime de retraite non transformés, grèves, et surtout, don hallucinant de 35Md€).

Le déficit budgétaire excèdera au minimum les 3,2% (contre 2,7% en 2018). La France est non seulement la lanterne rouge de la zone euro, mais elle viole plusieurs critères de Maastricht en même temps (déficit total, déficit structurel, dette accrue). L’Allemagne est encore en excédent budgétaire (après +38Md€ en 2017).

Le déficit commercial s’aggrave à 60Md€ en 2018, quand les excédents commerciaux de l’Allemagne caracolent à 228Md€.

La France décroche par rapport à l’Allemagne avec, entre les deux pays, un écart des déficits jumeaux (total des déficits budgétaires et commerciaux) de plus de 400Md€ sur une seule année ! En cas de split de la zone euro, la France serait dans le « club Med » (Italie, Grèce, Espagne, Portugal) et pas dans l’ex zone Mark (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, etc).

Des indicateurs sociaux inquiétants

Les déficits sociaux réapparaissent, alors que la Sécurité Sociale (hors FSV) aurait dû être à l’équilibre (cadeaux du 10 décembre, facture sur le reste à charge zéro, …).

La population décélère. Le nombre des naissances baisse continûment depuis 2010.

Le nombre de créations nettes d’emplois a été divisé par 3 entre 2017 et 2018, à peine plus de 100 000. L’industrie détruit à nouveau des emplois. En faisant une extrapolation linéaire en fonction de la croissance (2,3% en 2017, 1,5% en 2018 et 1,3% prévu en 2019), les créations nettes d’emplois seraient divisées par 2 à près de 50 000 en 2019.

Le chômage (près de 9%) ne baissera donc pas au niveau promis (7%).

Les déficits d’Europe : Les propositions d’E. Macron n’ont pas vu le jour faute d’enthousiasme germanique, voire se retournent contre la France (sur le budget européen, la place à l’ONU, etc). La probabilité d’un Brexit sans accord grandit chaque jour. Les tensions sont accrues avec l’Italie et les pays d’Europe Centrale et Orientale.

Pour l’instant, pas de sanction :

  • Ni des marchés financiers qui continuent à acheter goulument de la dette française (taux de l’OAT vers 0,6% quand le Bund est à 0,08%). En effet, la BCE a arrêté d’injecter des liquidités mais replace les titres venant à échéance.
  • Ni des électeurs, faute de contre-projet alternatif crédible.

Défaillance politique

Le Président est reparti en quasi-campagne électorale, repoussant les réformes de fond (retraite, institutionnel, etc). Comme ses prédécesseurs, le président est alarmé des sondages, en le niant lui aussi. Il privilégie la communication à l’action. Pire, il sacrifie les nécessaires efforts de long terme sur l’autel de la vox populi (10Md€ de dépenses supplémentaires octroyées le 10 décembre dernier).

Mais à plus long terme, les nouvelles promesses sont autant de désillusions à venir et de futurs plongeons dans les sondages. La doxa veut que les résultats demandent du temps. Mais en l’occurrence, ce n’est pas que les résultats tardent, c’est qu’ils vont dans le mauvais sens. Et le gouvernement ne dispose que des marges de manœuvre négatives (dette, budget) pour corriger le tir.

La Gazette avait explicité dès le début du quinquennat que le programme d’EM était irréaliste. Ce dernier se calait sur des économies de 60Md€ non détaillées. Or pour les mettre en œuvre, il fallait les valider explicitement lors de l’élection. A défaut, le gouvernement ne peut réduire ni les dépenses, ni les impôts, ni les déficits, ni la dette. Faute de pouvoir baisser les prélèvements obligatoires, la compétitivité ne se redresse pas et le chômage reste massif.

Les Macronomics (les mesures économiques d’E.Macron, en réalité de J. Pisani-Ferry, P.Aghion, etc) n’auraient eu une chance d’être efficaces que si on les avait mis en œuvre (véritable transformation des structures du pays, baisse des dépenses). En conséquence, la France ne parvient toujours pas à récupérer de la crise de 2008.

Si le gouvernement persiste dans les réformes paramétriques au lieu des transformations promises, les engagements de campagne ne seront clairement pas tenus. Le risque de l’émergence politique de populistes -économiquement irresponsables- sera alors maximal.

*Selon la Commission Européenne, le PIB de la zone euro ne progresserait que de 1,3% au lieu de 1,9% prévus. Pour l’ensemble des 27 (UE moins RU), la croissance n’atteindrait que 1,5%.

Partager l'article

Commenter