L’épargne frileuse

Les banques centrales et surtout la BCE ont inondé les marchés de liquidités (+2600 Md€). A terme, cela se retourne contre l’économie. La politique de taux bas a enrichi les détenteurs de titres de taux fixes. Mais elle décourage l’investissement risqué.

Un mécanisme pervers

La Banque Centrale Européenne et ses thuriféraires se félicitent que les injections de liquidité n’ont pas engendré d’inflation (du moins pas au-delà des 2% d’inflation cible). Ce quantitative easing a été mené à contre temps : il est arrivé trop tard après la crise de 2008 et se finit alors que l’économie ralentit.

En conséquence, ce laxisme monétaire n’a pas boosté l’économie. La croissance n’a par exemple été que de 1,5% en France en 2018.

En effet, les liquidités ont été stockées pour partie dans le bilan des banques qui ont dû faire face aux exigences prudentielles accrues en matière de liquidités avec le LCR (Liquidity Coverage Ratio) et le NSFR (Net Stable Funding Ratio). Une autre partie a été réinvestie en titres d’Etat, et donc pas dans l’économie productive. Il y a donc eu une double « trappe à liquidité » qui a fait que ces liquidités n’ont majoritairement pas bénéficié à l’économie réelle.

Pire, avec des taux artificiellement bas, les acteurs économiques ont intérêt à emprunter mais pas forcément à investir (les taux d’intérêt sont globalement inférieurs aux risques pris).

De plus, la BCE ne dispose plus de munitions face au risque de tempête promis par la patronne du FMI. Au contraire, il faudra tôt ou tard rembourser les 2600Md€ de gonflement artificiel du bilan de la BCE, ce qui sera dépressif.

Epargne de précaution

Les Français ont continué à épargner massivement, mais majoritairement hors économie productive.

Dans ce contexte d’inondation de liquidités, puis actuellement de replacement de ces liquidités par la BCE, les taux d’intérêt, déjà très bas, baissent encore. Le taux de l’OAT 10 ans a été divisé par 2 en 2 ans à presque 0,5%, alors que les indicateurs des finances publiques se sont dégradés : déficit à plus de 3,2% du PIB, et près de 100% de dette sur PIB.

Compte tenu de ces taux extrêmement bas, la thésaurisation sur des comptes bancaires s’est massivement accrue (+37Md€ d’encours). Les livrets défiscalisés (15Md€ collectés) et les livrets bancaires et comptes à terme (+10Md€) complètent cette épargne de précaution, utile surtout aux ratios bancaires et à leurs marges nettes d’intérêts.

En assurance vie, la collecte nette a bondi de 8,3Md€ en 2017 à 22,4Md€ en 2018 (source FFA). La part des fonds garantis en euros (donc essentiellement investis en titres de taux) domine face à la prise de risques. Les investissements en unités de comptes représentent à peine 40 Md€ sur les 140Md€ souscrits. Les encours de l’assurance vie (1700Md€ à fin 2018) poursuivent leur progression dans un contexte d’incertitudes sur la réforme systémique des retraites.

Pourtant, le taux de rendement de l’assurance vie (plus de 2% pour les bons contrats, mais plutôt 1,6% avec les bancassureurs) net de l’inflation (1,75% en 2018) a été globalement très légèrement négatif pour la première fois depuis longtemps (le début de la baisse de l’inflation date de 1983). L’inflation diminuant à 1,2% en janvier compte tenu de la baisse des prix de l’énergie, on peut espérer retrouver un rendement moyen positif des fonds euros en 2019.

L’investissement en actions a pâti de la contre-performance des marchés en 2018 (-11% contre +5% en moyenne longue), notoirement en décembre. Mais n’est-ce pas au son du canon qu’il faut acheter et au son du clairon que l’on peut vendre avec profit ?

Espérons que dans cette loi Pacte, qui se finalise (enfin), l’Eurocroissance modifié et les nouveaux plans d’épargne retraite ne seront pas des usines à gaz, et rempliront leur mission d’épargne productive.

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