Les commentaires de l’actua-lettré : exclusion

Ça y est c’est fait, les Constructifs ne pourront pas construire leur annexe dans la maison des Républicains. Le parti a décidé leur exclusion. La messe a été dite. Ça suffit ! Oust ! Dehors ! Basta ! L’exclusion est l’éviction de quelqu’un ou de quelque chose, l’acte ou la déclaration d’exclure. La vie est pleine de voies d’exclusion, et la politique est souvent une voie (voix) sans issue. Puisque Najat n’est plus ministre de l’inéducation nationale, il est possible de revenir à l’origine latine des mots. Exclure vient du latin, excludere, ex et claudere (fermer, clore) : ne pas laisser entrer, ne pas admettre. Dans les dictionnaires d’autrefois, exclure c’est empêcher d’être admis dans une compagnie, d’obtenir une charge, c’est donc écarter, expulser, retrancher quelqu’un. L’exclusion est aussi morale : l’amour de l’argent et l’amour de soi excluent tous les amours (Dict. universel de la langue française, De Boiste, 1843).

Le cheminement des Constructifs les destinait à l’exclusion. Mathématiquement, les acteurs de ce psycho-policito-drame n’avaient plus rien à faire ensemble. En effet, le matheux sait que l’exclusion est la relation de deux classes ou de deux ensembles qui n’ont aucun élément commun. Les Constructifs devenaient quelque peu destructifs. Pas d’amalgame et plus de vivre ensemble possibles. La politique exige parfois des décisions chirurgicales. On ampute, on charcute, on coupe le rameau pourri ou mort. On purge, on purifie la ligne. En chirurgie, l’exclusion est l’opération destinée à soustraire du circuit gastro-intestinal un segment plus ou moins étendu. Le segment est exclu. Les méandres des Constructifs empêchait la digestion d’une nouvelle ligne politique, plus à droite. Donc, il a été enlevé.

Il ne fallait pas être grand clerc pour connaître l’issue de la messe. Ils s’attendaient à quoi, les Constructifs ! Une médaille et les félicitations du jury ? Au bon moment, ils ont abandonné le navire et les copains, et sont parvenus à se faire réélire en pactisant avec l’ennemi, alors que des dizaines de copains étaient battus par des marcheurs. La vie politique est un mélange d’aventures individuelle et collective. Les Constructifs ont brisé la solidarité collective avec le parti qui a fait leur carrière. M. Philippe et ses acolytes ont rompu les amarres et trahi en choisissant leur ambition individuelle. En droit canon, l’exclusion est un pouvoir de repousser un candidat dans l’élection du pape. C’est à ce moment-là qu’il fallait trancher. Depuis, ce ne sont que chattemites et ronds de jambes, pour faire parler de soi, occuper un petit bout de la lucarne médiatique, et surtout s’habiller du statut victimaire et se présenter ainsi à l’opinion. Oh les méchants, oh les vilains, ils nous ont chassé ! La politique c’est Dallas, et dans l’univers impitoyable, les petits et les faibles sont éliminés. Vous les Constructifs, vous êtes le maillon faible. Et hop, et à la trappe.

Le plus honnête de la bande a été Bruno Le Maire (le candidat à la présidentielle contre la hausse de la CSG, devenu ministre des finances de la hausse de la CSG) qui a assumé sa trahison et quitté le parti. Les Républicains ont choisi d’être dans l’opposition. La situation de M. Philippe, Premier ministre donc chef de la majorité, est grotesque. Il ne peut se prévaloir d’une appartenance aux Républicains et diriger le gouvernement de M. Macron. Il est vrai que la Vème République n’a rien d’un régime parlementaire (où le premier ministre est issu du parti majoritaire) et demeure un régime bonapartiste. Depuis l’Antiquité, la quadrature du cercle est une fascinante colle mathématique. De là à l’étendre à la politique… Heureusement que le ridicule ne tue plus. Jésuite, le parti a pris acte du départ de M. Philippe, n’osant pas prononcer contre lui l’exclusion. C’est malin. Cela lui aurait fait trop d’honneur.

Si elle avait encore duré, l’affaire des Constructifs aurait fini par détruire les Républicains. La situation aurait dû être clarifiée cet été (Florence Portelli, la candidate à la présidence des Républicains, le pense ainsi). C’eut été stratégiquement plus intelligent. L’été, le clapotis de l’exclusion aurait été couvert par celui des vagues estivales. Arrive l’automne. Le vent fait tomber les feuilles mortes. Qui les ramassera ? Un marcheur ? Ou bien les feuilles s’envoleront-elles pour échouer sur le tas des partis-cules ? À suivre donc…

Reste aux Constructifs, qui veulent s’accrocher aux branches de leur ancien parti, la possibilité des recours. Il y a une carte à jouer. L’exclusion n’est plus de mode dans une société qui ne veut plus exclure, ni les enfants pas sages, ni les élèves indisciplinés, ni les délinquants multirécidivistes, ni prêcheurs de haine, ni les terroristes en puissance. La postmodernité n’aime plus exclure, contrairement aux sociétés qui l’ont précédée. On n’hésitait pas alors à exclure l’individu dangereux afin de sauver la cohésion du groupe. Les Inuits l’abandonnaient sur la banquise et les Bédouins dans le désert. À la fortune ou aux dieux de résoudre l’affaire ! Le bannissement ou le bagne suivaient la même logique. Il est vrai qu’il y avait encore de dieux et des espaces d’exclusion, le désert, le grand large, les îles, les terres lointaines. En Grèce, on excluait les opposant par l’ostracisme (exclusion temporaire, pour dix ans, des individus dangereux pour l’Etat votée par l’ecclesia, l’assemblée des citoyens). Ils étaient renvoyés de la Cité. Aux heures les plus sombres de notre histoire, l’exclusion des opposants politiques était plus radicale : procès et aveux publics, camps de travail, exécutions sommaires, éliminations en tout genre. Les Constructifs peuvent donc s’estimer heureux ! L’exclusion, sous ses formes diverses et variées, a toujours été le moyen d’éloigner les marginaux et les dangereux afin de préserver l’ordre et la cohésion d’un groupe. Ces solutions de bon sens ne sont ni envisageables ni possibles aujourd’hui, tellement le dogme inclusif nous tétanise. Il faut inclure et même « inclusiviser » les exclus, les minorités, les en-dehors, les pas-dedans. L’inclusion pour tous ne serait-elle pas l’une des facettes du totalitarisme démocratique, lorsque le Tout soumet tout. Les inclusifs ont leur Bible officielle, le rapport Tuot (1), éminent conseiller d’État . Allez prêcher l’inclusion chez les Républicains ! Les Constructifs pourraient donc saisir la justice, remonter jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme, la gardienne des vertus post-modernes. Peut-être validerait-elle le principe de l’inclusion, reconnu alors comme valeur suprême. Les juges européens en seraient capables !

Antoine de Nesle

1) http://www.cnle.gouv.fr/rapport-tuot-sur-la-refondation.html

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